‹ Contribution à l'étude des manifestations rénales de la syphilis acquiseChapitre 12 sur 17 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

La syphilis se manifeste de façons tellement différentes &hez les divers sujets, ceux-ci présentent eux-mêmes des susceptibilités si diverses aux mêmes médicaments, qu'il est impossible de formuler un traitement de la syphilis régulier et méthodique applicable à tous les cas.

La difficulté du traitement s'exagère encore lorsque l'émonctoire rénal, qui, nous l'avons vu, élimine la plus grande partie du mercure absorbé, est lésé; si les lésions sont d'origine syphilitique, le mercure a des chances de les guérir, sielles ont une autre cause, elles ne peuveut qu'être augmentées et provoquer l'hydrargyrisme; en dehors du lait, il n'y a guère de diurétiques que l'on puisse prescrire sans danger, tant est à

craindre l’intoxication médicamenteuse par suite de l'insuffisance de la dépuration rénale.

Considérons d’abord la syphilis rénale de la période secondaire. Dans ce cas, la néphrite aiguë ou subaiguë n'est qu'une localisation de la maiadie générale; elle ne réclame presque pas d'autre traitement que celui de cette dernière maladie, il suffira souvent d'insister sur le régime lacté.

Nous ordonnerons donc le sublimé soit sous forme

de liqueur de Van Swieten à la dose de 1 à 2 cuil-

lerées à soupe par jour en lui associant l'opium si elle produit des désordres gastro-intestinaux, soit sous forme de pilules de Dupuytren ou de E. Vidal.

Si le tube digestif supporte mal le sublimé, et c'est ce qui arrive souvent, nous prescrirons le proto-iodure de mercure à la dose de o gr. 05 centigr. associé à o gr. o1 d'extrait thébaïque pour une pilule, 1 ou 2 par jour, pilules du professeur Fournier, on obtient de bons effets du biiodure de mercure à la dose de r cent. par jour, administré sous forme de sirop de Gibert.

Pendant tout ce traitement mercuriel et pendant un certain temps après qu'ilest terminé, nous ne saurions trop insister sur la nécessité, pour le malade, de prendre de sa bouche les soins les plus minutieux. Nettoyage des dents, frictions des gencives à la poudre de quinquina, lavages souvent répétés de la bouche avec une solution concentrée de chlorate de potasse.

Si lerégime Jacté ne suffit pas pour assurer la diurèse les meilleurs moyens de l’assurer sont les lavements froids, les bains chauds, l'absorption detisane de lac-

ae tose à 50 grammes de lactose par litre, les révulsifs sur la région lombaire autres que les vésicatoires à base de cantharidine.

Contre l'albuminurie, nous emploierons le tannin à ja dose de 1 à 2 grammes par jour, le sirop iodo-tannique du codex, le sirop d'iodure de fer.

Ce traitement est encore celui que nous emploierons dans les formes aiguës ou subaiguës des néphrites syphilitiques tardives mixtes à prédominance parenchymateuse, en y ajoutant l'iodure de potassium à doses variables selon la tolérance du sujet.

Dans les néphrites syphilitiques tardives mixtes à prédominance interstitielle, l’albuminurieest un symptome secondaire, Ce que nousdevons surtoutsurveiller c'est l'état du cœur et des vaisseaux.

Avant tout nous administrerons immédiatement le traitement mixte. Préparations mercurielles, soit, par l'intestin sous les formes indiquées plus haut, soit, sous forme de frictions d’onguent napolitain par la peau, Soit par la voie hypodermique, 10 centigrammes de calomel par exemple, tous les huit jours ; et l'iodure de potassium, à doses variables selon les tolérances individuelles, en prenant contre la stomatite tous les soins nécessaires.

À la premiére période, lorsqu'il y à polyurie et hypertrophie cardiaque, il est inutile d'instituer le régime lacté absolu ; le lait doit cependant former la base de l'alimentation ; le régime doit être très sobre; pas de viandes noires ou faisandées, pas de mets épicés, pas de boissons alcooliques, l'iodure de

MORE a"

SE SAT potassium, déjà curatif de la syphilis, diminue Ja pression artérielle.

Lorsque le cœur faiblit ; que le pouls s'accélère, que les œdèmes apparaissent, on doit donner la digitale, la caféine, la spartéine, instituer le régime lacté absolu, recourir aux purgatifs drastiques.

Le malade, atteint de l’une quelconque de ces formes de néphrites, doit se soumettre autant que possible au repos, garder le lit en cas d'anasarque, éviter les refroidissements.

Nous répéterons ici, ce que nous avons déjà dit au chapitre du diagnostic : C’est qu'il est formellement indiqué d’administrer le traitement spécifique à tous les malades atteints de néphrites dans le cours d'une syphilis, même si l'on trouvait à l'affection rénale les apparences indiquant une autre cause que la syphilis.

En résumé : traitements de la syphilis et de la néphrite combinés ; tel sera, dans la plupart des cas, la thérapeutique applicable à la syphilis rénale.

Nous avons dit, au commencement de ce chapitre, qu'il était impossible de formuler un traitement fixe, applicable à tous les syphilitiques, il en est de même pour celui des néphrites d’origine syphilitique ; celui que nous avons indiqué, est celui que la plupart des malades peuvent suivre. Û

C'est au médecin d'examiner l’état du tube digestif du malade qui se confie à lui, puis la tolérance de ce malade aux médicaments. x

OBSERVATION I (Inédite).

Consultation du Mercredi (Salle Hentie EN).

La nommée M... Eugénie, entre au mois d’août 189$, dans le service de M. le professeur Fournier, pour une éruption de syphilides psoriasiformes tuberculo-squameuses; elle présente en même temps une onyxis syphilitique au début.

À l’examen, en plus de ces lésions, on constate des symptômes de néohrite ; la malade a en effet, surtout le soir, de l’œdème des malléoles ; une légère bouffissure de la face au réveil du matin ; les urines examinées révèlent la présence de l’albumine.

La coïncidence de la néphrite et des lésions cutanées donne à penser que lon pourrait se trouver en présence d’une néphrite ayant la syphilis pour cause.

Il n’y a rien de particulier à signaler dans les antécédents héréditaires de la malade âgé de 43 ans.

Elle-même, jusqu’à l’âge de 31 ans, a joui d’une santé relativement bonne; cependant, elle s’enrhumait assez facilement, elle dit avoir eu plusieurs bronchites et une congestion pulmonaire, elle se fatiguait facilement.

Elle a eu d’abord deux enfants nés à terme, l’un est actuellement bien portant, l’autre est mort de la poitrine il ya deux ans.

Il y a douze ans, c’est-à-dire à l’âge de 31 ans, la malade dit avoir présenté une éruption d’urticaire ? Elle ne se souvient

pas si l'éruption était ou n'était pas accompagnée de prurit violent.

Deux ans après cette éruption, elle est atteinte d’une ulcération de la main, bientôt suivie d’une autre de la jambe, elle est soignée six mois à l'hôpital Saint-Antoine ; elle ne se souvient pas du traitement qu’elle a suivi. 4 ans après l’éruption urticarienne ? elle fait une fausse couche de 6 mois et ne sait pas à quelle cause attribuer cet accident.

L'année suivante deuxième fausse couche de 6 mois également.

Deux ans après elle accouche prématurément d’un fœtus macéré.

Puis elle a deux autres grossesses arrivées toutes deux à terme, et donne naissance à deux enfants bien portants actuellement.

Quoique la malade ne signale depuis dix ans aucun accident cutané pouvant être mis sur le compte de la syphilis ; l’éruption qu'elle a eue il y a douze ans, les ulcérations soignées à Saint- Antoine, les fausses couches répétées, la maladie actuelle surtout, mettent hors de doute que l’on se trouve en présence de la syphilis.

Il y a lieu de croire que cette maladie a été cause de la néphrite.

En effet, dans les antécédents rapportés plus haut, nulle part on ne trouve de symptômes de néphrite, il y a donc coïncidence entre l'apparition de cette dernière maladie et l'éruption de syphilides.

De plus, le traitement spécifique institué aussitôt produisit rapidement une amélioration des symptômes de néphrite, l'al-

neo bumine finit par disparaître ; la guérison s'est maintenue jusqu’aujourd'hui.

Trailement. — Régime lacté ; une pilule de 10 centigrammes de tannate de mercure; deux cuillerées à soupe de la solution d’iodure de potassium de l'hôpital Saint-Louis ‘66 p. 1.000).

La malade sort guérie de sa néphrite, mais l’onyxis persiste et elle reviendra à la consultation du ‘mercredi de la salle Henri IV.

Elle s'y présente en effet le 25 septembre 189$, peu de jours après sa sortie : l’albuminurie n’a pas reparu.

27 septembre. — Nouvel examen des urines, négatif en ce qui concerne l'albumine.

On constate à cette époque, sur les quatre premiers doigts de la main gauche, des taches rouges formant à l’ongle une véritable couronne ; il y a également une inflammation sous unguéale de l'extrémité de chacun des ongles malades

On observe en outre quelques taches rouges sur le médius et l’annulaire de la main droite.

On prescrit une pilule de Dupuytren et deux cuillerées à soupe de la solution d’iodure de potassium.

9 octobre. — Peu d'amélioration des lésions des ongles, on

constate qu'il y a de la couperose de la face, la langue est recouverte d’un enduit pultacé, exulcérée en certains enäroits en forme de cratère; l’amygdale droite est énorme; pas d’albumine dans les urines.

16 octobre. — Persistance de la couperose, sensible amélioration de l’onyxis, l’angine est disparue; on constate l’existence d'une plaque muqueuse érodée sur la joue gauche.

Il n'y a pas d’albumine dans les urines. On cont.nue le traitement précédent et on ordonne en outre une cuillerée de sirop 10do-tannique.

6 novembre. — Amélioration légère de la couperose et de

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l’onyxis ; on constate l’apparition de syphilides lenticulaires d’aspect purpurique légèrement squameuses par place. Syphilide tuberculo-érosive péri-anale du côté gauche. Pas d’albumine.

Même traitement.

Pansement occlusif des syphilides avec le taftetas de Vigo.

La malade revient à la consultation le 20 novembre, le 4 et le 18 décembre 180$, le 8 janvier 1896; les urines n'ont plus présenté d'albumine, mais les lésions cutanées et unguéales sont peu améliorées. :

OBSERVATION Il.

Communiquée par M. le D' P. Gastou et insérée dans les Annales de dermatologie, 1893.

Le nommé D..., boutonnier, âgé de 47 ans, est entré le 28 novembre 1893, dans le servige du professeur Fournier, pour un chancre géant de l’abdomen diagnostiqué par M. le D: Brocq qui a envoyé le malade.

Ce chancre a débuté il y a quatre mois dans les conditions suivantes : le malade, couvert de phthiriase, couchait dans un hôtel meublé et avait une légère ulcération provoquée par le grattage d’une vésico-pustule.

Cette exulcération située environ à 2 centimètres au dessus et à gauche de l’ombilic, s’enflamma, et bientôt à sa place se développa une ulcération.

Cette ulcération, à l'entrée du malade dans le service, offrait une forme elliptique de 6 centimètres de long, sur 4 de large. Le fond était constitué par des bourgeons charnus de couleur framboisée et saignant au moindre contact; les bords

étaient surélevés, durs, à pic, et l’ulcération prise entré deux doigts donnait une sensation manifeste d'induration.

Les ganglions axillaires, surtout du côté gauche, étaient indurés et présentaient manifestement les caractères d'une adénite syphilitique.

Au premier abord ce chancre, à cause de ses dimensions considérables, pouvait conduire à une erreur de diagnostic; mais la présence de l’adénite révélatrice, bientôt suivie de l'apparition d’une roséole, vint montrer qu'il s'agissait bien d’un chancre syphilitique.

En même temps que la roséole apparaissait, les urines devenaient troubles, rouges et rares. Sans autres phénomènes une anasarque généralisée se montra du jour au lendemain, ne respectant que la face et produisant, en même temps qu’une légère ascite, un épanchement séreux peu abondant dans les deux plèvres.

Les urines examinées contenaient 1 gr. $7 d’albumine par litre, et quelques rares cylindres granuleux.

Pas de céphalalgie, pas dé troubles digestifs et respiratoires,.

L'œdème était surtout accentué aux jambes. Pas de congestion ni d’œdème pulmonaire; pas de bruit de galop ni de petits signes de brightisme. Rien au foie.

Il était hors de doute qu’on se trouvait en présence d'une maladie rénale survenue brusquement. La syphilis était-elle cause de cette maladie ?

Le malade n'avait jamais eu d'accidents analogues.

Rien à signaler dans sa jeunesse, si ce n'est une orchite blennorrhagique et une attaque légère de rhumatisme. Il eut l'influenza il y a quatre ans et s’en remit parfaitement.

Il a toujours bu beaucoup d'alcool sans présenter actuellement aucune trace d’éthylisme. Soigné à l'Hôtel-Dieu à la

consultation externe, on lui mit du vigo sur son chancre. Quinze jonrs après cette application de vigo, il eut des urines rares et troubles sans autres phénomènes, mais cela ne dura pas.

Depnis qu'il est dans le service du professeur Fournier, il a pris pendant quatre ou cinq jours des pilules de Dupuytren. La veille du jour où il s’est mis à enfler il avait pris un bain tiède.

Les antécédents héréditaires de ce malade ne présentent pas grand intérêt.

Son père est mort d'une attaque d'apoplexie, à 67 ans; sa mère à 78 ans et a eu $ enfants, dont le malade est le premier. Le deuxième enfant est mort de convulsions à l’âge de 3 ans; le troisième est une fille vivante et bien portante; le quatrième, une fille, a vécu trois semaines et la cinquième vit et se porte bien.

L’albuminurie est due à une néphrite que démontrent la présence de l’albumine et des cylindres granuleux.:

Les arguments en faveur d'une néphrite secondaire précoce sont nombreux.

1° Contemporanéité, du chancre, de la roséole, de l’albuminurie et des œdèmes;

2° L'absence de tout accident rénal antérieur ;

3° La bonne influence du traitement ioduré amenant une amélioration rapide des symptômes ; en effet, sous l’influence du régime lacté et d’une dose quotidienne de 3 grammes d'iodure de potassium, les œdèmes disparaissent et la quantité d’albumine tombe de 1 gr. $7 à o gr. 30 par litre.

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OBSERVATION III Extraite de la thèse de M. Cohadon, 1882.

X... est entré pour un œdème généralisé et une ascite considérable, le 17 septembre 1881.

Il avait eu à la fin de 1878 un chancre induré dont il guérit après quatre semaines; pas de traitement interne. Bonne santé jusqu'à la fin de 1870.

A cette époque, maux de gorge, plaques muqueuses des joues et des gencives; gargarismes au chlorate de potasse. Ces plaques disparurent après trois mois. En mars 1860, elles reparurent dans la gorge, sur les amygdales, sur la langue et au pourtour de l'anus.

Pendant sept mois, elles persistent; traité en 1880 par des gargarismes au chlorate de potasse, de l’iodure de potassium et des pilules de protoiodure.

Les plaques disparaissent en août 1880.

La santé reste bonne jusqu’en mai 1881. À cette époque, accès de fièvre qui prennent le malade dans l'après-midi jusqu’au soir ; durée quinze jours.[nappétence, il sent pendant son travail une douleur dans la jambe droite, on s'aperçoit qu'elle est enflée; de jour en jour l’œdème augmente, disparaissant le matin pour reparaitre le soir; urines rares et troubles, face bouffie et paupières œdématiées; un peu de céphalalgie, sommeil agité.

Le 31, le malade se met au lits Œdème des membres inférieurs jusqu'au bas-ventre. Régime lacté, mais l’anasarque fait des progrès et remonte jusqu’au creux épigastrique. Cépha-

és à

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