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ÉTIOLOGIE
I yatout d'abord lieu de se demander si la syphilis attaque directement le rein, ou si elle n'agit que comme cause prédisposante, en diminuant la résistance de l'individu devenu syphilitique.
Nous pensons qu'aujourd'hui la question est définitivement tranchée ; il suffit de lire les nombreuses observations qui ont été publiées pour être convaincu que la sÿphilis attaque directement le rein et produit, à elle seule, des néphrites.
D'un autre côté, il est certain qu'un individu qui a eu la vérole se trouve, du fait même de cette maladie, et quelquefois du fait du traitement intempestif qu'il a suivi, dans de mauvaises conditions de résistance aux agents pouvant s'attaquer à ses reins.
Cette opinion a pour elle d'illustres patrons;
…— 160 —- Hardy (1), au sujet d'un malade atteint en même temps de roséole et d'albuminurie, se demande si ce malade « n’était pas dans une disposition morbide le « rendant plus apte que tout autre à subir l’action des < influences pathologiques ».
C'est aussi l'opinion d'Horteloup (2), de Coupland (3). Ces auteurs, tout en soutenant cette façon d'envisager l'étiologie des néphrites apparaissant dans le cours de la syphilis, admettent aussi que la syphilis peut produire à elle seule des néphrites.
Cette action de la syphilis admise, nous allons maintenant examiner de quelle façon cette maladie agit sur le rein.
Nous étudierons cette action d'abord à la période virulente de la syphilis.
Au sujet des albuminuries passagères et sans gravité qui se montrent pendant la période secondaire, Horteloup pense qu'il se passerait du côté du rein un accident comparable à ces ictères survenant au début de la syphilis, ictères dont on ne connait pas la cause, et que l'on tente d'expliquer par une roséole possible des conduits biliaires, ou par l'émotion que le malade éprouve en apprenant qu'il a contracté la syphilis.
M. Spingler (4), fait aussi observer, au sujet d'un
(i) Hardy. Lecons cliniques, 1870.
(2) Horteloup. Annales de dermatologie, 1886.
(3) Coupland. Société clinique de Londres, janvier 1880.
(4) Spingler. 2° Congrès de dermatologie et de syphiligraphies Vienne 1802,
ir malade atteint de néphrite syphilitique précoce probable, que de violentes émotions peuvent produire de l'albuminurie.
M. Mauriac (1), en 1886, se demande si la syphilis attaque directement le rein comme elle attaque la peau, où bien si elle n'agit que par l'intermédiaire du sang. En écrivant cette phrase, l'auteur semble être sous l'influence des théories microbiennes.
La proposition précédente revient en effet à se demander si le microbe inconnu de la syphilis attaque directement le rein, ou s'il ne produit son action que par suite de l’élimination par le rein des toxines qu'il produit.
M. le professeur Bouchard admet que la syphilis rénale est une maladie infectieuse, produite par une infiltration des cellules épithéliales par les bactéridies de la syphilis. $
M, le professeur Dieulafoy (2), parlant de lalbuminurie légère du début de la syphilis, résume en quelques mots l’état de la question :
« Cettesyphilis rénale atténuée, ne se traduisant que « par l'albuminurie avec ou sans œdèmes, n'a rien « quidoive nous surprendre, n'observons-nous pas au « cours d’autres maladies infectieuses, grippe, fièvre « typhoïde, scarlatine, pneumonie, n'observons-nous « pas des altérations rénales qui, pendant plusieurs
(1) Mauriac. Archives de médecine, 1886, t. XVIIT. (2) Dieulafoy. Pathologie interne, édition 1894. R. j
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« semaines et même plusieurs mois, ne se traduisent « également que par l'albuminurie avec ou sans « œdèmes ? »
Voyons maintenant l’action de la syphilis sur le rein à une période tardive de la maladie; nous pensons avec M. Mauriac (1) que le virus syphilitique subit avec l’âge des modifications qui influent sur les manifestations tardives qu'il produit. Nous ajouterons que le traitement spécifique, du moins l'expérience le prouve, est aussi un puissant modificateur du virus syphilitique.
On aurait alors affaire à un virus atténuc, agissant sur le rein de la même manière que le virus à la période secondaire de la maladie, mais d’une facon atténuée, lentément, ne produisant pas de lésions diffuses, ni généralisées, et déterminant de préférence des endartérites des vaisseaux du rein.
De tout temps, les médecins se sont préoccupés de l'action que le traitement mercuriel pouvait avoir sur le rein.
M. Lécorché (2), tout en admettant que la syphilis puisse être cause de néphrite se demande sile mercure n'aurait aucune influence sur la production de cette lésion rénale. M. Mauriac (3) ne le pense pas, et il fonde son opinion sur ce fait, que la néphrite apparaît
(1) Mauriac. Archives de médecine, 1886.
(2) Lécorché, Ouvrage cité.
(3) Mauriac, Ouvrage cité,
sm 10 souvent, lorsque depuis longtemps le traitement mercuriel est abandonné.
M. Welander (1) est au contraire très affirmatif en ce qui concerne l’action du mercure sur le rein: « Un « traitement mercuriel énergique détermine très sou- « vent la néphrite avec cylindres urinaires, parfois « aussi albuminurie, qui surviennent en même temps « que la stomatite sous une forme légère ou grave « suivant les dispositions individuelles. »
Le même auteur (2), dans un second travail publié en 1894, et se basant sur un grand nombre d’expériences faites sur des animaux, dit qu'on aurait grand tort de considérer la syphilis comme cause de l'albuminurie pendant le traitement mercuriel, c'est l’élimination du mercure par le rein qu'il faut incriminer.
Sans vouloir discuter les expériences de M. Welander, nous ferons remarquer qu'elles ont été faites sur des animaux et que le mercure a été employé à des doses plus fortes que celles qui sont en usage dans notre thérapeutique ; nous pensons donc que le « très souvent » de la phrase tirée de M. Welander et reproduite plus haut est un peu exagéré. D'un autre côté, l'opinion de M. Mauriac nous semble un peu trop optimiste ; nous savons en effet par un grand nombre de travaux, parmi lesquels je citerai ceux de Merget, Hallopeau,
(1) Welander. Nord Med. Arkiv., t. XXIIT, no 29, 1891. (2) Welander. Archiv. für dermat, ueber syphilis, 1894.
EG Balzer et Me Dejérine-Klumpke, Cathelineau, Welander, etc.,quele mercures’accumule surtout dans le foie et dans le rein, et qu'il est en grande partie éliminé par ce dernier organe, probablement à l’état d'albuminate soluble de mercure et de sodium. La filtration de ce toxique à travers le rein doit produire un certain degré d'irritation des épithéliums rénaux. Irritation portée à son maximum dans les cas d'hydrargyrisme aigu, où des autopsies ont permis de constater la dégénérescence granulo-graisseuse et la nécrobiose des épithéliums. Nous sommes donc en droit d'admettre l'absorption du mercure, comme pouvant être cause de lésions rénales.
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