CHAPITRE IV
EVOLUTION ET PRONOSTIC DES SYNDROMES PARKINSONIENS
Dans ce chapitre sur l’évolution et pronostic des syndromes parkinsoniens, nous serons bref en ce qui concerne la maladie de Parkinson sénile, car il est bien connu que son évolution est régulièrement lente et progressive et qu’elle présente rarement des complications. Par contre, l’évolution du syndrome parkinsonien post-encéphalitique nous retiendra davantage, car elle présente certaines particularités, qu’il convient de signaler. En effet, comme nous l’avons dit, la maladie de Parkinson évolue d’une manière très lentement progressive et son début est en particulier très insidieux, alors que le syndrome parkinsonien post-encéphalitique se constitue en quelques mois, « dans l’année » (Sterne).
M. le Pr. GuizLaiN et M. Pierre MoLLaRET, qui ont remarquablement étudié l’évolution de ce syndrome post-encéphalitique, estiment qu’elle peut se faire suivant différentes modalités.
Le plus habituellement, l’évolution est progressive. Le début est assez rapide, tel que le syndrome se
en
constitue d’une façon typique en quelques mois ; puis, la maladie continue à progresser inexorablement, pendant des années, pour aboutir, après un temps plus ou moins considérable, au tableau final du parkinsonien grabataire, confiné au lit, incapable de tout acte. devant être alimenté, incontinent, et finissant dans le gâtisme et la cachexie avec œdèmes et escharres.
D’autres cas évolueront très vite, en un an ou deux. Ce mode d'évolution serait surtout le fait de types cliniques où l’hypertonie est considérable et les troubles bulbo-protubérantiels importants. Elle constitue rait la forme cachectisante de G. LÉvY.
Certains cas, rares en réalité, semblent se stabiliser ou n’évoluent que très lentement.
On a signalé enfin des formes aiguës qui évoluent et guérissent avec une grande rapidité, en quelques semaines, mais ce sont là des cas vraiment exceptionnels.
Il importe de rappeler, avec MM. GuirLaiIN et Mor- LARET, que l’évolution d’un syndrome parkinsonien post-encéphalitique peut toujours être modifiée par l’'adjonction d’autres séquelles de l’affection et surtout par l'apparition d’une reprise aiguë, parfois rapidement mortelle.
Si, comme nous venons de voir, l’évolution du parkinsonisme sénile ou post-encéphalique est inévitablement progresisve et son pronostic, quoique à longue échéance, sombre et fatal, il nous semble que, pour d’autres syndromes parkinsoniens, qui recon-
er de
naissent pour cause la syphilis, l’évolution et le pronositc seraient peut-être moins sévères, car ils sont parfois grandement et heureusement influencés par la thérapeutique. En effet, dans ces deux dernières années, on a rapporté un certain nombre d’observations de syndromes parkinsoniens dont l’origine syphilitique était indiscutable, et pour lesquels linfluence d’un traitement antisyphilitique intense et persévérant a permis de voir régresser d’une façon presque complète et durable le syndrome akineto-hypertonique. C’est le cas, par exemple, pour ne citer que les plus démonstratifs, des observations de MM. GuILLAIN et MICHAUX, de BASCH et SEIDMANN, de GaAR- CIN et LAPLANE, etc.
Pareil fait présente, comme l'ont déjà souligné MM. GuizLaIN et MicHAUX à propos de leurs cas, une importance pratique évidente et c’est pourquoi ces auteurs insistent particulièrement sur la nécessité de rechercher systématiquement la syphilis dans toute maladie de Parkinson, non sénile, dont la filiation directe avec une encéphalite épidémique certaine ne peut être établie, afin que le médecin puisse substituer à la médication décevante habituellement utilisée, le traitement spécifique « qui donnera parfois d’admirables résultats ».
La connaissance d’un certain nombre d’observations publiées dans ces quatre dernières années, ainsi que des communications faites par BoUCHUT, FROMENT et GuicHARD à la Société Médicale des Hôpitaux de Lyon, en 1933, et celle plus récente de DE GENNES,
outre
Hanaur et VéricourT à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, en janvier 1936, nous amène à parler à la fin de ce chapitre, des syndromes parkinsoniens aigus survenant au cours d’une encéphalite typhique. Il se dégage des observations rapportées par ces auteurs, que l’encéphalite typhique soit capable de déterminer des syndromes parkinsoniens typiques. D’après les auteurs, ces syndromes évolueraient toujours en rapport avec la maladie causale et ils en distinguent deux modalités différentes : dans un premier mode, l’évolution serait rapide, comme si elle suivait le rythme même de la maladie causale, sans aggraver en quoi que ce soit l’évolution propre de cette affection. Dans une deuxième modalité, le syndrome parkinsonien revêt d'emblée une évolution plus lente, procédant par poussées successives ; et il semble que ce syndrome qui s’est constitué plus lentement au cours des poussées successives, marque cependant le malade d’une façon profonde.
Nous voyons donc que si, pratiquement, le pronostic d'avenir de tout syndrome parkinsonien constitué reste encore très sévère, il semble que l’on puisse espérer, pour ceux qui reconnaissent pour cause la syphilis, de les voir rétrocéder, grâce à l’application précoce d’un traitement spécifique intensif et persévérant.