‹ Contribution à l'étude des modifications du lait dans l'engorgement lacté chez la nourriceChapitre 10 sur 23 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Ces différences d'aspect n'ont point été sans frapper tous les médecins et physiologistes qui ont eu à s'occuper d'allaitement.

Quant aux nourrices elles-mêmes, il est curieux de voir qu'elles ne paraissent pas se rendre compte des modifications que subit leur lait. Le fait suivant le démontre bien.

«Je ne puis résister, dit M. Besson dans sa thèse (1), au désir de citer la manœuvre grossière que les nourrices des bureaux {le placement mettent habituellement en usage pour tromper le public inexpérimenté. Presque toujours les nourrices qui cherchent, suivant leur expression, à « vendre leur nourriture », ont un

enfant d'assez bonne mine à vous présenter, mais qui,

(1). Besson, th. Paris 1873 : Pathologie de la lactation.

très souvent, n'est pas le leur, ou n'a pas été exclusivement nourri du lait de sa mère, En même temps, elles sortent, avec beaucoup d'ostentation, des seins gonflés et durs, et font jaillir avec force un lait clair et très aqueux.…. »

«€ Pour préparer ce petit coup de théâtre, elles ont eu soin pendant quelque temps de ne pas donner à téter, ou de permettre à l'enfant de diminuer seulement l’excès de tension des seins. » |

Et un peu plus loin, le même auteur continue : « C’est ainsi que j’ai vu, dans un bureau de Paris, un enfant que depuis quinze jours les nourrices se prêtaient pour dégorger leurs seins du surplus de lait. Un médecin expérimenté ne peut se laisser prendre à cet artifice. Il faut qu’il fasse traire du lait dans une cuiller, et si ce lait est un liquide légèrement opalin, c'est une preuve que la nourrice n'a pas été tétée depuis plusieurs heures, et on ne peut rien préjuger de la raleur nutritive de son lait. Il faut exiger que la femme se fasse téter pendant vingt minutes, pour juger plus exactement des véritables qualités du laït excrété. »

Nous avons tenu à transcrire ces dernières lignes, parce que nous nous associons pleinement à ces conclusions, et que nous les faisons nôtres à la fin de ce travail. Mais, pour en revenir à notre sujet, voilà pris sur le vif le fait que ces femmes qui cherchaient avant tout à faire croire qu'elles étaient bonnes nourrices, et que leur lait était aussi nutritif qu'abondant, ne paraissaient point se douter qu'en agissant comme

elles le faisaient, elles allaient à l'encontre de leurs désirs.

Il n'en est pas moins vrai non plus que l'expérience, souvent couronnée de succès, avait dû leur montrer que le public, ignorant les faits dont nous nous occupons, s'attachait surtout à la quantité de lait et n’était point suffisamment éclairé pour se rendre compte que la qualité était moins aussi importante à considérer.

Si nous recherchons ce que les auteurs anciens ont pensé de la question, nous ne trouvons pas non plus beaucoup de renseignements.

Sans doute, Aristote lui-même à bien parlé de l'engorgement laiteux, et, soit dit en passant, c'est à lui que l’on fait remonter l’origine du nom de « Poil » donné à cette affection. L'étiologie qu'il en rapporte est au moins originale : si une femme avale un poil en buvant, il passe sous la mamelle, qui est un corps spongieux, et y engorge les canaux. D'où obstruction, au moins partielle, et rétention du lait.

Dans nos anciens auteurs français, nous n'avons point trouvé traité l'eugorgement lacté. Beaucoup se Sont occupés du lait de femme, et ont agité diverses questions qui y sont relatives. Ils s'attachent tous, en général, à prôner l'allaitement maternel, et émettent des théories qui nous paraissent aujourd'hui invraisemblables pour expliquer la sécrétion lactée, la fièvre puerpérale, les abcès du sein, ete. Mais ils n'avaient point été particulièrement frappés par les phénomènes qui accompagnent l'engorgement simple.

Il faut arriver aux temps modernes pour voir naître

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cette préoccupation, Le premier fait qui frappe ïes observateurs, c'est la différence entre le lait du commencement de la traite et celui de la fin.

IT est reconnu d'après le savant mémoire de M. Parmentier, dit Lebreton (1), que le lait d'une même traite varie en couleur, en consistance et en goût, si on le divise en plusieurs portions différentes. Le lait qui sort est d’abord séreux; le deuxième, plus consistant et aussi plus sucré; le troisième augmente de consistance et de saveur, à mesure qu'on approche de la fin de la traite. »

Donné (2) avait remarqué que dans les engorgements laiteux, le lait de femme subissait des modifications. Citant une observation sur un cas de cet ordre, il écrit que « dès le moment où l’engorgement du sein gauche se fit sentir, bon nombre de globules parurent liés et confondus entre eux par une matière muqueuse, et ce lait devint légèrement filant avec lalcali; trois jours après, le sein droit était excessivement douloureux; l'aspect physique du lait n'était pas modifié, mais les petites masses de globules agelomérés étaient plus nombreuses. »

Il cite encore une autre observation du même genre. Mais il nous semble que, quoiqu'il désigne ces phénomêènes sous le nom d’engorgement laiteux, et qu'il y décrive plusieurs phénomènes que nous retrouvons dans les cas auxquels nous donnons aujourd’hui ce

nom : rougeur et tension des seins, phénomènes dou-

(1). Lebreton, th. Paris an XI.

(2). Donné, th. Paris 1835.

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