‹ Contribution à l'étude des modifications du lait dans l'engorgement lacté chez la nourriceChapitre 9 sur 23 · ASS · texte numérisé non relu

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Il est à remarquer que, dans cette dernière statistique, la prédominance du sein gauche a été notée dans 55 0/0 des cas; chez les nourrices d'autre part, le sein gauche à été trouvé le plus volumineux dans plus de 50 0/0 des cas. Il ne faut donc pas seulement incriminer l’habitude qu'ont les femmes qui allaitent, de commencer par faire vider le sein gauche, à cause de la commodité plus grande pour tenir l'enfant dans cette position. Ou peut-être, cette pratique ayant dû, pour la raison ci-dessus, exister de tout temps, y aurait-il là maintenant une disposition devenue héréditaire,

On remarquera que cette question de l’asymétrie des seins n’est pas sans importance pour le sujet qui nous occupe. Beaucoup de femmes de la campagne, dont l’un des seins s'est énormément développé, finissent par ne presque plus fournir de lait du côté. opposé; le nourrisson, en effet, commençant toujours par vider le premier sein qu'on lui présente, y apaisant sa première faim, est ensuite beaucoup moins disposé à têter le second sein; dans ce dernier, les succions étant moins énergiques et moins fréquentes, la sécrétion lactée est également moins active, cependant qu'elle augmente de plus en plus dans le sein opposé. Vienne, pour un motif quelconque, une suspension momentanée de l'allaitement, on conçoit sans peine que le «( sein actif », Si nous pouvons ainsi nous exprimer, présentera rapidement et au plus haut degré les phénomènes de l’engorgement.

L'écoulement spontané du lait, que l’on peut observer souvent dans ces cas, est un des symptômes

qui tombent sous le sens, dès que l’on examine des seins engorgés. Le liquide qui s'écoule est clair, presque transparent quand on en recueille une goutte sur l’ongle, et n’adhère pour ainsi dire pas aux parois des verres ou tubes à essais.

On à signalé souvent, dans des circonstances différentes de celles qui nous occupent, des galactorrhées, prenant le caractère de véritables états pathologiques chez la nourrice, le plus souvent la propre mère allaitant son enfant. Ces galactorrhées peuvent durer des mois entiers, résister à toutes les médications, anémier la femme qui en souffre, et l'affaiblir parfois au point de compromettre sa vie, Nous en avons trouvé de nombreux cas dans la littérature médicale, tant française qu'étrangère.

Elles accompagnent généralement une abondante montée laiteuse. Souvent aussi il est signalé que la succion de l’un des seins détermine dans l'autre l'écoulement spontané du lait.

Nous n'en rapporterons qu'un exemple, cas personnel de M. Bidault (1). Il s'agit d'une femme qui ( sentait régulièrement ses seins se gonfler subitement, devenir douloureux, et laisser couler une quantité de lait assez abondante pour traverser les linges qu'elle porte sur sa poitrine pour se protéger; puis, peu à peu Îles seins deviennent moins durs, la douleur disparaît et l'écoulement s'arrête jusqu'à la poussée suivante ». Le

lait qui s'écoulait ainsi fut analysé et donna :

(1). Bidault, th., Paris 1900.

nor

Eau : 887,60 pour 1.000

Beurre : 27,3

Lactose : 4,42

Résidu fixe ” 112,4 Caséine, matières extractives et sels : 41.

Nous citons ces chiffres, parce qu'ils se rapprochent beaucoup de ceux que nous trouverons plus loin dans l'étude analytique du lait provenant des seins. engorgés.

Il ne saurait être question, cela va de soi, d’assimiler les écoulements que nous observons dans les engorgements simples, et où le lait qui tombe n’est cause que d’une gêne légère pour la femme, à ces galactorrhées abondantes et intarissables, qui traversent tous les linges, les draps, et parfois même le matelas du lit de la patiente: trois mois et plus des traitements les plus variés peuvent n’en pas venir à bout, tandis que dans l’engorgement lacté, la reprise régulière de l'allaitement ne tarde généralement pas à en avoir raison, Nous les citons, et nous y insistons, parce qu'ils sont une partie, intéressante et facile à constater, du tableau clinique que nous décrivons.

A priori, et sans autre examen, il Semblerait logique de penser que, lorsqu'on a affaire à un sein engorgé, le lait que l’on en retire doit être plus épais que du lait normal, et présenter, d’une façon générale, une composition moins riche en eau, et plus abondante, . au contraire, en extrait sec, particulièrement en beurre. C’est ce que nous pouvons constater dans

d'autres points de l'organisme quand il y a rétention

EC te

des produits d'excrétion d'une glande. Ainsi, pour l'urine, par exemple, la concentration est d'autant plus grande que la sécrétion rénale est moins active, et nous considérons comme un élément de pronostic favorable, pendant la période de défervescence d’une maladie fébrile aiguë, l'émission d'urines claires et abondantes, termes qui vont toujours de pair dans notre esprit.

Or voici que, contrairement à ce qu'il pouvait sembler naturel de prévoir, nous nous trouvons ici en présence d’un lait manifestement très clair, dans certains Cas presque transparent, s'écoulant presque sans laisser de traces, quand on en met une goutte sur l'ongle. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des constatations faites à l'œil nu, en clinique: nous verrons plus loin ce que nous en apprend le microscope, et l'examen chimique.

Ce lait qui, aux premières gouttes extraites du sein, était très clair, devient de plus en plus épais à mesure qu'on en tire davantage. Sa coloration se rapproche également de plus en plus de la normale, si bien que quand on à vidé complètement un sein, le lait dernier venu ne présente plus rie qui attire l'attention.

La question se pose donc, d'abord de rechercher les modifications qui donnent au lait cet aspect si différent, et ensuite de se demander quelle peut en être la

cause.

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