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POUVOIR HÉMOLYTIQUE DU SÉRUM DANS LES NÉPHRITES

Le sérum humain normal est capable dans certaines proportions d’hémolyser les globules rouges d'animal, par exemple de lapin; 1l contient donc des substances hémolysantes pour ces globules. On pourrait se demander si, au cours des néphrites, le pouvoir hémolytique du sérum est augmenté ou diminué par rapport à la normale. Pagniez, qui s'est livré à cette recherche dans un grand nombre de maladies, n’est pas arrivé à des résultats très concluants, et nous-même avons fait des recherches sur ce sujet dans quelques cas en suivant la technique de Pagniez.

Disons tout d’abord que l’on peut rechercher l’action hémolytique du sérum sur les globules rouges humains; Pagniez a vu que dans quelques maladies

ce sérum était capable d’agglutiner des globules rouges d'homme, et la même constatation avait été faite par Maragliano : mais dans les néphrites, le sérum ne pos sède pas cetle propriété et les résultats ont toujours été négatifs sur ce point. Nous n'insisterons donc pas, et nous étudierons seulement le pouvoir hémolytique du sérum sur les globules rouges du lapin, puisque c'est ordinairement à cet animal qu'on s'adresse pour ces recherches.

Pouvoir hémolytique du sérum sur les globules de lapin. — La technique qu'a employée Pagniez et que nous avons suivie est assez simple.

1° l'echnique de Pagniez. — On fait une solution de chlorure de sodium à 7 pour 1000, qu'on distribuedans une série de petits tubes, 8 à 10 environ, à la dose de 5 centimètres cubes par tube. Dans chaque tube numéroté on ajoute successivement 1, 2, 9, 4... gouttes du sérum humain à essayer. On recueille ensuite du sang de lapin par piqûre du cœur; on lave ce sang dans une solution physiologique, les globules rouges vont au fond après centrifugation ; on peut faire de même un deuxième lavage, on décante. Puis dans chacun des tubes préparés antérieurement, on met une goutte de globules rouges de lapin, on agite pour mélanger. Puis on met à l'étuve pendant deux heures, parce que la température de 37 degrés favorise l'hémolyse. On centrifuge, et on note le (tube où débute l'hémolyse. Il est bon de faire en même lemps des tubes témoins contenant chacun au lieu de 1,2, 3...... gouttes de sérum, 1,2, 3... gouttes d'eau distillée, |

Avec le sérum des sujets normaux, Pagniez a vu que l'hémolyse débutait faiblement à III gouttes de sérum, était quelquefois forte à IIT gouttes; en tous cas, elle était toujours forte et souvent complète à IV gouttes, et toujours complète à V gouttes.

Dans les néphrites, Pagniez n’a pas noté de résultats bien nets : dans les cas de néphrite et d’urémie qu'il a observés, l’hémolyse commençait à IIT gouttes, ce qui est normal, parfois à IT gouttes ; mais il faut bien dire qu'il y à des variations individuelles même chez les sujets sains. Il conclut cependant que dans les néphrites il y aurait plutôt tendance à l'augmentation du pouvoir hémolytique, c’est-à-dire de la quantité d’alexine du sérum. De plus comme on admet souvent l'origine leucocytaire de l’alexine, ce même auteur a voulu voir s'il y avait parallélisme entre le pouvoir hémolytique et le nombre des globules blancs, mais il n’en a pas trouvé.

29 Autres procédés. — Neisser et Dühring ont étudié les hémolysines du sérum humain par un procédé plus complexe. Ils mélangent dans un premier petit tube 1 centimètre cube d’une dilution de sang de lapin à 5 pour 100, et o cm°,r cube du sérum à étudier ; dans un deuxième petit tube 1 centimètre cube d’une dilution de sang de lapin à 5 pour 100 et o cm°,1 de sérum auquel on joint cette fois o cm*,3 de ce même sérum mais chauffé une demi-heure à 56 degrés. L’'hémolyse est normalement plus faible dans le deuxième tube que dans le premier ; et plus on ajoute de sérum chauffé ou inactif, plus s'accentue l'arrêt de l'hémolyse. Les auteursexpliquent ce phéno-

mène en admettant l'existence d’une anti-hémolysine existant en petite quantité dans le sérum et ne devenant manifeste que par l'emploi du procédé susdit.

Laqueur à appliqué ce procédé de Neisser et Dôbring au sérum des urémiques. Chez un néphrétique non urémique il y a hémolyse dans les deux tubes, quoique plus faiblement dans le deuxième. Mais sur le même malade devenu urémique, il y a hémolyse totale dans le premier tube, et absence totale de l’hémolyse dans le deuxième, Herlinger note le même fait chez deux urémiques : arrêt de l'hémolyse dans le deuxième tube au moment de l’urémie, et ce phénomène disparaît une fois que les phénomènes urémiques ont cessé. Wôülze, au travail duquel nous empruntons ces renseignements,

.a observé un cas semblable.

Cet auteur ajoute d’ailleurs qu'il ne peut donner une explication satisfaisante de ce phénomène d'arrét de l'hémolyse dans les élats urémiques; mais il n’a pas été observé dans d’autres maladies que l’urémie. Peutêtre faut-1l admettre l'apparition d’une antihémolysine sous l'influence de l'intoxication urémique, que le procédé susdit de Neisser et Dühring mettrait en évidence.

Sénator, chez un urémique, a noté l’augmentation du pouvoir hémolytique du sérum sur le sang de lapin dilué à 5 pour 100 dans une solution de chlorure de sodium à 0,85 pour 100; ce sérum perd par la chaleur à 56 degrés pendant 1 heure sa propriété hémolysante. Il conclut de ses recherches et des recherches antérieures que le sérum des urémiques peut subir des variations de son pouvoir hémolytique, mais que ces variations sont inconstantes même chez les urémiques

qui meurent et où l'examen anatomique des reins conforme le diagnostic.

Disons enfin que récemment Iscovesco par une technique spéciale a trouvé que le sérum des brightiques est très hémolysant pour les globules rouges du sang d'animal, et aussi un peu pour ceux du sang humain normal.

3° Recherches personnelles. — Nous avons étudié le pouvoir hémolytique du sérum dans dix cas de néphrite par la technique de Pagniez, et nos résullats sont semblables à ceux obtenus par cet auteur. Sur ces dix cas, une fois l’hémolyse commençait avec IV gouttes de sérum, deux fois elle débutait à I goutte et dans tous les autres cas à IT gouttes de sérum : elle était complète tantôt à IIT, tantôt à IV ou V gouttes.

Cela nous prouve que le pouvoir hémolytique du sérum au cours des néphrites se maintient dans les limites normales le plus souvent, que parfois cependant on peut observer une légère augmentation. Il ne nous a pas semblé qu'il y ait de rapport net entre l’augmentation de ce pouvoir hémolytique et la forme de la néphrite ou le nombre des globules blancs.

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