‹ Contribution à l'étude des mouvements de pronation et de supination: Attitudes à donner à l'avant-bras dans les fractures isolées et combinées des deux osChapitre 8 sur 14 · III. — TROISIÈME THÉORIE · texte numérisé non relu

III. — TROISIÈME THÉORIE

Duchenne (de Boulogne), Dwight, Heiberg (de Christiania), dont nous avons relaté la plupart des expériences, sont tous arrivés à cette conclusion, c’est qu’il existait trois mouvements bien nets du cubitus dans le passage de la pronation à la supination: 1° un mouvement d'extension: 2° un petit mouvement d'inclinaison latérale; 3° un mouvement de flexion.

Nous avons repris les expériences de ces auteurs de la façon suivante:

Un bras a été désarticulé au niveau de l'épaule et l’humérus cloué sur une planche: puis on désarticule la main, et on place un premier stylet dans la tête du cubitus, un deuxième au milieu de la surface articulaire du radius, enfin, un troisième stylet est planté latéralement au voisinage de la tête du cubitus. Les deux stylets qui prolongent le cubitus et le radius viennent prendre contact avec une feuille de papier placée perpendiculairement; cela fait, on imprime à l’avant-bras un mouvement de pronation. On voit alors se produire sur le carton enregistreur deux lignes courbes, l’une d'une étendue de plusieurs centimètres correspondant au radius, l'autre, au contraire, très petite, correspondant au cubitus. Cette expérience confirme de tous points celles de Duchenne, de Dwight, d'Heiberg.

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Enfin, nous avons répété l'expérience de Dumur en fixant un stylet à l'extrémité de lhumérus, en même temps qu'on en fixait un à chaque extrémité des deux os, comme dans l'expérience précédente, et nous avons pu voir que, lorsque la pronation et la supination étaient poussées un peu loin, le stylet huméral décrivait les mémes courbes que le stylet cubital.

Nous ne voyons donc aucune objection à faire aux théories énoncées par ces divers auteurs, et nous reconnaissons qu'il est parfaitement exact que le cubitus exécute, dans les conditions normales, des mouvements de flexion, de translation et d'extension; que, d'autre part, lorsque les mouvements de pronation et de supination sont poussés un peu loin, l’humérus est en jeu.

Nous partageons pleinement l'opinion de ces auteurs quant aux expériences qu'ils donnent, mais nous ne saurions admettre leurs conclusions. Il est vrai que Duchenne a soin de dire que le mouvement latéral du cubilus, bien qu'incontestable, est difficile à interpréter, et il ajoute: « Il suffit du plus petit mouvement latéral du cubitus dans son articulation avec l'humérus pour qu'à l'extrémité de cet os, qui devient ainsi un long levier, ce mouvement ait d’un centimètre à un centimètre et demi »

Comment interpréter ce mouvement de translation du cubitus ? C'est là le point qui est toujours resté obscur et qui, en réalité, a créé toutes les difficultés rencontrées par les auteurs. Nous allons voir dans un instant comment ce faible mouvement de latéralité du cubitus peut ètre interprété dans des conditions physiologiques normales sans faire intervenir aucun des arguments invoqués jusqu’à ce jour.

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PHYSIOLOGIE NORMALE. — La théorie que nous allons exposer résulte de l'étude préalable des os, de leurs articulations supérieures et inférieures, des muscles, des ligament et espace interosseux.

Au sujet de la forme et de la direction du radius comme du cubilus, nous ne voyons à signaler que la courbe que décrit la diaphyse du radius et qui permet à l’espace interosseux d'acquérir une dimension assez importante dans certaines positions de ces os.

Quant aux articulations, elles méritent d’être étudiées avec le plus grand soin en ce qui concerne leurs ligaments.

Articulation huméro-cubilale. — Cette articulation est non seulement intéressante à étudier parce que l’on constate l'engrènement parfait de la cavité sigmoïdienne du cubitus avec la trochlée humérale, mais parce que, d’un autre côté, on voit très nettement qu'il existe un angle huméro-cubital ouvert en dehors de 160° environ, appelé par les auteurs le cubitus valgus normal. Cet angle a, au point de vue qui nous occupe, la plus haute importance et c'est à nos yeux la véritable clef des mouvements d'inchinaison latérale du cubitus. Rien, en effet, n'est plus facile à saisir: prenons un avant-bras dont nous enlevons la main; fixons dans la petite tête du cubitus un stylet, puis fléchissons l’avant-bras sur le bras; nous voyons le stylet décrire sur le carton enregistreur une ligne AA’ oblique de dehors en dedans. Si nous projetons un point supérieur (B') de cette ligne sur un plan horizontal passant par son extrémité inférieure (A), nous voyons qu'en projection le cubitus aura subi un mouvement de translation (AB), de dehors en dedans de

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plusieurs centimètres. Il en sera de même, mais en sens inverse, dans le mouvement d'extension.

C'est donc ce déplacement latéral du cubitus, combiné à ses mouvements de flexion et d'extension, et dû à l'existence de l'angle huméro-cubital, qui est la véritable explication du mouvement de translation de cet os, et nous ne l'avons vu relatée Jusqu'ici par aucun auteur (1). Arliculation radio-cubitale supérieure. — Nous n'en-

visagerons celle articulation qu'au point de vue de ses RUN DER RE TRE

(1) Toutefois, nous croyons devoir citer l'opinion de M. Jaboulay; cette auteur pense que, le bras étant en extension, l’axe autour duquel se font les mouvements de pronation et de supination passe à 2 centimètres au-dessus du cubitus, et par suite « l'extrémité supérieure du cubitus servant d'axe de rotation à l'extrémité inférieure et se déplacant sur place, verra cette dernière décrire autour d'elle, je veux dire sur son axe prolongé, une circonférence ayant *# centimètres de diamètre, Il n’est donc pas besoin d'invoquer, pour expliquer cette évolution de l'extrémité cubitale, une mobilité qui n'existe pas dans l'articulation huméro-cubitale en extension. La simple situation de la tête cubitale au-dessous de l'extrémité supérieure suflit pour cette explication, et les projections sur un plan

horizontal du cubitus tenu Perpendiculairement à lui en rendent facilement compte, »

RONA ligaments d'union, et, parmi ceux-ci, nous n’aurons en vue que le ligament carré ou de Denucé.

Nous avons cherché à nous rendre compte de l'importance de ce ligament au point de vue de la pronation et de la supination, el nous avons pu constater qu'il Jimitait les mouvements de pronation. En effet, sur un avantbras dénudé, nous avons sectionné le ligament annulaire et mis à nu le ligament de Denucé, et nous avons vu que dans la supination normale ce ligament n'était nullement traillé, tandis qu'au contraire, si l'on exécutait un mouvement de pronation un peu exagéré, ce ligament entrait aussitôt en tension et limitait ainsi les mouvements de pronation.

Les expériences qui ont été faites par Brossard (1) ont démontré que si l’on produit un mouvement de pronation forcée extrêmement violent, on obtient des fractures du radius dont la forme varie, mais qui revêtent souvent le caractère spiroïde. L'interprétation de ces faits ne peut se baser que sur l'arrêt du mouvement de rotation du radius à son extrémité supérieure, car il ne peut être question ni de l’action directe du radius sur le cubitus, ainsi que le soutenait Tillaux, puisque, comme nous le verrons plus loin, l'espace interosseux ne diminue pas sensiblement en pronation forcée: n1 de l’action des ligaments radio-cubitaux inférieurs, car, dans ce cas, l’action se transmettrait directement au cubitus et non au radius, et celui-là céderait toujours le premier, ce qui n'a pas été constaté dans les expériences de Bros-

sard.

(1) Brossann, — Thèse de Lyon, 1884.

op

I résulte donc de ces faits que l'articulation radio-eubitale supérieure préside surtout aux mouvements de pronation et en détermine les limites.

Arliculalion radio-cubilale inférieure. —- En ce qui concerne cette articulation, nous devons insister un peu sur les surfaces articulaires qui présentent un point par-üculier: la surface articulaire radiale est d’un rayon de courbure bien plus important que celui de la surface articulaire cubitale. Aussi, dans cette articulation le radius ne tournera pas sur place, mais décrira de véritables mouvements de translation allant de la face postérieure à la face antérieure du cubitus.

Au point de vue des ligaments, nous aurons surtout en vue le ligament triangulaire; celui-ci permet, dans une cerlaine mesure, des mouvements de pronation et de Supination. Mais nous avons pu constater qu'il entre en jeu dans la limitation des mouvements de supination.

En effet, dans la supination forcée, Brossard a montré que le cubitus se fracturait à sa partie moyenne. Les raisons de cette fracture, données par Brossard, sont que les deux os arrivent à se toucher par leur face postérieure, un peu au-dessus de leur partie moyenne et que le mouvement de supination tend à exagérer ce contact el produit par suite la fracture du cubitus. Cette théorie énoncée par Brossard est cependant en partie combattue par ses propres expériences où l’on voit surtout des frac- Lures spiroïdes du cubitus assez analogues aux fractures spiroïdes que l'on décrit sur les os de la jambe. Ces fraclures du cubitus peuvent donc relever soit du mécanisme indiqué par Brossard, soit encore du mécanisme par Lorsion que nous croyons être plus exact dans la ma]o-

AO de rité des cas. La fracture spiroïde du cubitus se produit parce que cet os est fixé à sa partie supérieure et que le mouvement de rotation imprimé à la main exerce un mouvement de torsion analogue à celui que nous avons décrit précédemment pour le radius. Or, ce mouvement de torsion, en supination, est transmis au cubitus par l'intermédiaire des ligaments de l'articulation radio-cubitale inférieure; 1! s'ensuit donc que cette articulation joue surtout un rôle dans les mouvements de supination.

Ligament inlerosseux. — Les deux os de l’avant-bras sont réunis intimément par le ligament interosseux auquel on fait jouer un rôle important comme moyen d'union. Ce rôle ne paraît pas devoir être maintenu d'une façon aussi exclusive. Il résulte, en effet, d’expériences faites par M. Gallois (1), au sujet du mécanisme des fractures du radius, que ce ligament n’a pas la résistance qui lui est attribuée. D'autre part, dans un article du Journal d'Analomie et de Physiologie, 1903 (2), de MM. Gallois et Cade, ces auteurs tendent à conclure à une diminution du rôle accordé Jusqu'ici à cette membrane fibreuse comme moyen d'union et à ne plus la considérer que « comme une membrane de séparation intermusculaire qui prend dans la suite du développement une épaisseur el une résistance plus considérable ».

Muscles. — Les muscles pronateurs sont au nombre de trois: « Deux de ces muscles, dit Duchenne (de Boulogne (3), le-rond pronateur et le carré pronateur, sont

(4) GazLois. — Thèse de Lyon, 1898.

(2) GazLois et Cane. — Journal d'anatomie et de physiologie, 1903. (3) Ducuenne, de Boulogne. — De l'électricité localisée.

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