TRAITEMENT
Nos constatations bactériologiques ont aussi été confirmées par les faits thérapeutiques. A la suite de nos analyses et du diagnostic de laboratoire démontrant une infection mycosique indubitable, le Docteur Marcel Meyer a dirigé son traitement médical dans ce sens.
Le traitement consistait en doses élevées de Iodogénol (60 gouttes par jour), irradiations quotidiennes de rayons U. V. et pansements salins humides pendant la nuit. Sous l'influence de
ce traitement, les plaies se nettoyèrent très vite, la congestion des tissus mous diminua, l'écoulement de pus cessa peu à peu et nous n'hésitions pas à permettre à l'enfant un séjour de quelques semaines à la campagne. Au début, l’état des plaies était excellent, elles commençaient déjà à se fermer, lorsque subitement le pied recommença à enfler et à devenir douloureux. L'enfant nous fut ramenée au début du mois de septembre et la radiographie faite à cette date montra une condensation osseuse très marquée du deuxième métatarsien. Tandis que les autres os du pied étaient décalcifiés, ce métatarsien avait augmenté de volume, il était fusiforme, le périoste se dessinait des deux côtés comme deux traînées d'os condensé de la largeur d’un millimètre.
Le traitement à la lampe de quartz calma bientôt ce nouveau foyer et tout semblait rentrer dans l’ordre, lorsque subitement à Noël, l'enfant fit une mastoïdite aiguë avec poussée fiévreuse qui nécessita l’'évidement petro-mastoïdien. L'os était ramolli, mais on ne trouva pas de pus franc. La culture des débris osseux donna le même parasite que celui retrouvé dans le pus du pied. La guérison fut obtenue en quelques semaines et en même temps les plaies du pied s'étaient cicatrisées.
Depuis le mois de mars 1934, l'enfant est complètement rétablie. Elle marche normalement. Le pied est posé en planovalgus, pas enflé, les cicatrices fermes et indolores (fig. 4). La radiographie montre encore la condensation osseuse du deuxième métatarsien, le scaphoïde a complètement disparu, la tête de l’astragale touche directement le premier et dexième cunéiforme. Il persiste encore une légère « brume » par suite de la densité plus grande des tissus mous (fig. 5 et 6).
Ce cas est intéressant à plusieurs points de vue.
1. En premier lieu, il confirme la règle de pathologie générale qu'une même lésion — en l'occurrence la condensation osseuse du scaphoïde tarsien — peut être due à des causes différentes. On la retrouve à la suite- d’un traumatisme, d’ostéomyélite atténuée d'infection tuberculeuse. La voici produite par une infection mycosique.
Malgré une première image radiographique des plus caractéristiques, ce cas ne doit pas être rangé parmi les « scaphoïdites tarsiennes des jeunes enfants », les « maladies de KŒuLER ». En effet, cette affection montre une évolution clinique très distincte et bien précisée par les travaux de MoucnerT et ROEDERER, que nous ne retrouvons pas dans notre cas.
Tandis que l'affection classique est une maladie bénigne, ne produisant aucune fistule, dans laquelle après un temps plus ou moins long l’image normale ou peu changée du scaphoïde réapparaît à la radiographie, on assiste dans notre cas à une destruction complète de l’os avec fistulisation, Tandis que dans l’affection classique les tissus mous ne sont pas lésés, notre cas montrait une infection très prononcée de tous les tissus.
Il s'agissait donc non d’une scaphoïdite tarsienne des jeunes enfants, mais d’une ostéïte du scaphoïde tarsien chez un enfant.
>. Notre observation offre un deuxième intérêt en raison de la nature de l’ostéite et de son évolution.
En effet, les cas de mycétomes du pied sont assez rares en Europe. Dans les cas classiques, ils se développent à la suite d’un traumatisme du pied, d'une épine qui, en pénétrant dans la plante du pied, fournit une porte d’entrée au parasite. Dans notre Cas, l'origine de l'affection est restée inconnue, la peau étant complètement indemne et aucun traumatisme n'ayant précédé le début des phénomènes douloureux.
Le deuxième foyer dans le métatarsien s’est développé de façon classique, l’ostéite primitive localisée au scaphoïde s’étendant par contact direct de proche en proche à travers les tissus mous, et a infecté le périoste du deuxième métatarsien formant une périostite engainante et condensante qui a été décrite par de nombreux auteurs.
En ce qui concrne le troisième foyer qui s’est manifesté sous forme de mastoïdite, son mode d'infection est tout-à-fait différent. Il ne peut s’être produit que par la voie sanguine.
Il est d’ailleurs possible qu’un premier foyer resté inconnu malgré toutes nos investigations ait infecté par la même voie, et le scaphoïde et le processus mastoïdien. Cette dernière. localisation paraît assez rare, nous n’avons pu retrouver dans la littérature aucune autre observation de mastoïdite mycosique.
3. En ce qui concerne le traitement, le résultat montre que si l'action combinée des Rayons U. V. et du traitement iodé interne à doses assez élevées pour un enfant a pu finalement juguler l'infection, il a dû être continué pendant un temps assez prolongé et n'a pu empêcher au début la propagation de l'infection et la formation de nouveaux foyers. Cette constatation se trouve d’ailleurs confirmée par une récente communication du Professeur OMBREDANNE à la Société de Chirurgie.
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Etude d’un Actinomyces nouveau isolé d’une Actinomycose généralisée chez un jeune homme
Ce cas que nous avons pu étudier au point de vue botanique et expérimental appartient au Docteur ALLENBAcH et à Mlle le Dr. Zimmer de l’Hospice Stéphanie de Strasbourg qui ont eu l'amabilité de mettre à notre disposition le matériel pathologique et les observations cliniques. Nous leur exprimons ici notre vive gratitude.
Le malade, L. Aloyse, un garçon de 16 ans, est un travailleur qui est occupé dans les mines, Il ne présente rien de particulier dans ses antécédents héréditaires.
L’affection actuelle débute par une «soi-disant » entorse du cou de pied gauche en juin 1931. Les douleurs ne se calment pas par la suite et il existe une enflure qui ne cède pas au traitement habituel,
En janvier 1932, on immobilise le pied dans un plâtre, puis, étant donné l’évolution de l’affection et la progression des lésions, on fait admettre le malade à l’Hospice Stéphanie pour tuberculose du pied. Le malade est donc soumis au traitement des médecins susnommés, fin février 1932.
A son entrée à l’hôpital, le jeune homme présente un très mauvais état général. Les symptômes locaux sont les suivants : l'articulation tibiotarsienne et la région astragalienne sont fortement tuméfiées et très douloureuses. La peau n’est pas altérée.
Les organes internes ne présentent à ce moment rien de particulier. La réaction de déviation du complément et les réactions de floculat ont donné des résultats négatifs en ce qui concerne la syphilis.
La cuti-réaction de PrRQUET est positive, mais la sédimentation se montre sensiblement normale.
C'est dans ces conditions que les Docteurs ALLENBACH et Zimmer effectuent le curettage du pied et, en outre, d’un abcès sous-cutané qui s'était formé à la partie antérieure du thorax. Les deux curettages ont été recueillis séparément et mis à notre disposition.
Nous avons, d'après les principes émis antérieurement et élaborés dans les laboratoires de notre Cher Maître, réparti ces prélèvements en cinq lots destinés à la recherche du Bacille de Kocx d'un côté, des mycoses de l’autre.
Nous mentionnerons de suite que ni l'examen direct, ni l’inoculation au cobaye n'ont fourni la moindre indication positive pour le bacille de Kocx.
Les cultures effectuées pour la recherche des Sporotrichées et des agents des Blastomycoses restèrent de même stériles.
Les prélèvements traités au moyen de l'acide sulfurique à la concentration de 8% et ensemencés sur milieux maltosés liquides placés à +37° nous ont permis d'isoler un organisme rentrant dans le groupe des Microsiphonées, dont nous exposerons maintenant l’étude.
Action pathogène : Nous avons jugé utile d'examiner en première ligne l’action pathogène de l’organisme ; ces expériences devaient nous renseigner sur les propriétés parasitaires réelles de notre champignon et sur l'absence du Bacille de Kocx. On a utilisé à cet effet les prélèvements du curettage du pied et du crachat. Le tout a été pour chaque cas traité afin d'obtenir une émulsion aussi homogène que possible dans du sérum physiologique.
Quatre cobayes ont été employés dont deux furent inoculés par voie sous-cutanée au moyen de 4 cc. chaque fois. Les deux autres animaux ont reçu par injection chacun 2 cc. d’émulsion pathologique.
Les deux animaux soumis à l'épreuve sous-cutanée n’ont présenté aucun symptôme de maladie. Il en a été tout autrement pour les deux autres.
L'animal N° 3 a présenté à partir de la 24° heure des signes de prostration avec des tremblements nerveux. Il ne mangeait guère et il a succombé le 8° jour après l'injection mycosique, après avoir subi un amaigrissement extrême. À l’autopsie, nous avons pu constater au niveau du point d’inoculation, sur l’abdomen du côté gauche, un abcès de la grosseur d’une pièce de 1 fr. Celui-ci renfermait un pus séro-hémorragique présentant une odeur putride, fungique assez prononcée.
Les organes internes de l'abdomen, tels que rate, foie, reins et tube digestif ne manifestent aucun signe pathologique. Le système lymphatique, à part une adénopathie peu prononcée au niveau du train postérieur, n’était pas hypertrophié. Les poumons, par contre, étaient parsemés de petits nodules de la grandeur d’une tête d’épingle ; les plus petits avaient l’apparence d’un grain microscopique, L'ensemble présentait l'aspect d'une granulie tuberculeuse.
Les frottis que nous avons effectués à l’aide des prélèvements pulmonaires nous ont permis de constater au moyen de la méthode de Gram et de la technique panoptique de PAPPENHEIM, la présence de filaments fins richement ramifiés.
Le plus souvent ces éléments avaient subi une sorte de fractionnement et présentaient, par suite de leurs granulations endogènes un aspect streptococcique.
Le pus qui s'était produit dans l’abcès abdominal montrait à l'examen direct de très rares filaments mycéliens ramifiés et
fortement granuleux. Nous avons constaté d'autre part une flore bactérienne d'infection mixte constituée principalement par des coccis.
À partir des prélèvements pulmonaires, nous avons pu obtenir facilement des cultures pures sur le milieu de SABOURAUD maltosé solide, en pratiquant les ensemencements d’après la technique énoncée par nous dans le premier chapitre de nos recherches personnelles.
Le cobaye N° 4 inoculé au moyen d’un broyage des prélèvements osseux, à survécu pendant 12 jours à l'infection. Il présentait à l’autopsie les mêmes caractères que son partenaire. Nous avons utilisé les poumons de cet animal pour réinoculer une série d’auires cobayes et des lapins. Nous exposerons ces recherches cidessous après avoir donné les détails de nos examens microscopiques et culturaux.