ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Macroscopique.
Les abcès, qu’ils soient uniques ou multiples présentent le même aspect; ils sont collectés dans le muscle mais sans qu'il y ait à proprement parler de membrane pyogène limitante.
Le pus est circonscrit par le tissu musculaire plus ou moins déchiqueté et mortifié.
Dans les abcès pneumococciques pourtant, on trouve une paroi propre; les lésions du tissu noble n’en dépassent guère les limites.
Le pus : En quantité très variable, de quelques centimètres cubes à une demi-cuvette (Riou), le pus peut être jaune ou vert, bien lié; mais presque toujours il a une couleur chocolat, râclure de foie et renferme des débris musculaires plus ou moins sphacélés.
Microscopique.
Nous décrirons séparément les lésions du tissus musculaire par le bacille d’Eberth et par les autres germes. 19 Lésions dans la lyphoïde!.
Elles intéressent surtout la fibre musculaire et débutent bien avant la formation de l’abcès. Nous rappellerons brièvement ces lésions.
Le sarcoplasme persiste pendant toute la durée de la maladie mais il s’hyperplasie et mobilise ses noyaux.
Les fibres se dissocient d’abord en leurs faisceaux fibrillaires, se vacuolisent au contact des noyaux, puis dégénèrent dans la suite. ‘
1. Nous nous sommes inspiré pour la rédaction de ce paragraphe du travail du professeur Sabrazès (Myosites aiguës, typhoïde et p:ratyphoïde).
Cette dégénérescence sera triple : granuleuse, graisseusé, cireuse; cette dernière étant peut-être la première en date (Zenker).
La transformation cireuse encore appelée vitreuse par Cornil et Ranvier, granulo-vitreuse par Hayem, réduit les fibres et les transforme en une masse informe qui prend une apparence Jaune : vieille cire.
Le muscle n’est touché que de place en place, pas uniformément; certains muscles le sont plus que d’autres (grandsdroits, psoas, pectoraux, adducteurs).
Les segments musculaires malades se boursouflent, perdent leur contractilité et sont exposés à des ruptures.
Le tissu conjonctif (perimysium interne et gaine des vaisseaux) réagit aussi. Il y a prolifération du tissu conjonctif interfasciculaire et hyperplasie cellulaire des parois (adventice et tunique interne) des vaisseaux.
Déchirure et formation de l’abcès : l'hémorragie musculaire, produite par la rupture du muscle dégéné'é, peut aller de la toute petite ecchymose au gros hématome.
Celui-ci est formé, en plus des hématies déformées, par des traînées de leucocytes, de la fibrine et des cellules conjonctives.
Les parois de l’hématome sont constituées par des fibres musculaires plus ou moins rompues et dégénérées.
Par la suite l’hématome s’infectera pour faire place au pus.
Lésions dans les abcès non éberthiens :
Chauffard et Fiessinger en 1909 ont éludié ces lésions à propos des abcès à gonocoques: en voici d’après eux l’évoluton chez l'animal :
Quelques heures après avoir inoculé dans la cuisse du lapin une émulsion de gonocoques, ils constatent un épaississement des fibrilles avec multiplication des noyaux du sarcoplasme. La striation transversale diminue, puis disparaît ; les fibres se fragmentent après être devenues en partie granuleuses ou cireuses.
Entre ces fibres le tissu conjonctif est infiltré de polynucléaires neutrophiles renfermant des gonocoques.
Fe EE
Les débris musculaires sont phagocytés par des macrophages.
Cette description correspond à peu près à ce qui se passe chez l’homme; mais là les germes amenés par voie sanguine touchent d’abord le tissu conjonctif; la fibre musculaire ne réagit que secondairement, parfois très précocement, il est vrai.
Durante résume ainsi les lésions :
1° Dilatation des vaisseaux sanguins et envahissement du issu conjonctif par des cellules migratrices et de la fibrine.
2° Dégénérescence de la fibre musculaire (dégénérescences granuleuse, cireuse, ou tuméfaction trouble).
3° Envahissement des fibres dont la gaine a été rompue par les microbes et les cellules migratrices avoisinantes.
Griffon.
PATHOGENIE
Porte d’entrée.
Elle est variable pour chaque germe. Elle passe souvent inaperçue; nous l’avons trouvée 37 fois sur 123 observations soit 30 0/0,
Voici suivant les germes, les lésions qui semblent, être à l’origine de la myosite aiguë suppurée.
19 Slaphylocoques. — Furonculose, panaris, folliculite, ostéomyélite, impétigo du cuir chevelu, abcès dentaire, ectyma à staphylocoques; varicelle (Hutinel et Labbé).
29 Slreplocoques. —— Accouchement ou avortement septiques, abcès à streptocoques.
39 Gonocoques. — Traumatismes de l’urèthre ou de la
vessie chez un gonococcique urinaire (cathétérismes, instillations uréthro-vésicales, uréthrotomie, ete).
49 Pneumocoques. — Ce sont les inflammations des muqueuses respiratoires qui semblent être cause des abcès à pneumocoques.
Ouzilleau pendant la campagne du Cameroun eût l’occasion d'observer une véritable épidémie de myosites'en même temps qu'une épidémie d’affections pulmonaires.
9° Colibacilles. — Dans une des deux observations que nous rapportons ayant eu le colibacille comme agent pathogène, nous trouvons dans les antécédents immédiats une entérite.
Voie d’invasion.
Elle est sanguine; c’est une pyohémie, mais une pyohémie atténuée (Lejars).
L’hémoculture est parfois positive, le plus souvent négative.
Il n’y a pas bactériémie continuelle, mais décharges micro-
not —
biennes successives. Il se forme dans le muscle un véritable « abcès septique de fixation ».
Localisation des abcès.
Nous avons déjà, à propos de l’étiologie, donné les raisons expliquant l’affinité des germes pour certains groupes musculaires.
Le bacille d'Eberth affectionne particulièrement les grands droits de l’abdomen puis viennent successivement, d’après le professeur Sabrazès, les psoas, les adducteurs des cuisses, les transverses de l’abdomen, les triceps suraux et brachiaux, les pelvi-trochantériens, les fessiers, les gastrocnémiens et soléaire, les pectoraux, les intercostaux, les sous-scapulaires, les biceps.
Pour les autres germes il en va autrement. Nous trouvons par ordre décroissant : le quadriceps crural surtout, puis les adducteurs, le grand pectoral, les muscles de la région lombaire, les biceps et triceps brachiaux, le deltoïde, le grand droit.
Myotropisme des germes.
Certains auteurs disent avoir isolé des germes doués d’une affinité particulière pour le tissu musculaire.
Rosenow et Asbhy en 1921 déclarent avoir isolé un streptocoque doué d’un tropisme positif pour le tissu musculaire; ils auraient injecté une culture de streptocoques (ayant comme souche un abcès musculaire) à des animaux; le plus grand nombre aurait présenté dans la suite des abcès musculaires, Martinotti, puis Chauffard et Fiessinger auraient fait une découverte semblable à propos d’un staphylocoque.
Ces faits admissibles en eux-mêmes demandent confirmation ; ils pouvaient présenter un gros intérêt thérapeutique ; les stocks-vacc ns actuels sont en effet particulièrement inopérants dans les myosites aiguës suppurées et il serait intéressant de voir les résultats obtenus avec des vaccins ayant pour origine des germes issus d’abcès musculaires,