ETUDE CLINIQUE
Après avoir donné les caractères séméiologiques particuliers à cette affection et les moyens de les mettre en valeur; nous ferons l'étude des myosites aiguês suppurées les scindant en trois parties : 1° Myosites typhiques; 20 Moncmyosites ; 30 Polymyosites.
Avant-propos.
Nous voulons rappeler brièvement les grands caractères susceptibles d'orienter le clinicien vers un diagnostic exact.
Inlerrogatoire. — Il est de la plus haute importance; c’est lui, qui révèlera l'existence antérieure d’une furonculose, d'un panaris, d’un abcès dentaire, d’une amygdalite, d'un accouchement ou d’un avortement avec suites septiques locales; ce sera l’interrogatoire presque à lui seul qui permettra de poser le diagnostic de myosite aiguë suppurée wonococcique lorsqu'un « Chaude-pissard » aura subi des traumatismes de l’urèthre ou de la vessie (cathétérisme, instillations uréthro-vésicales, uréthrotomie).
Ce sera encore l’interrogatoire qui mettra sur la bonne voie le chnicien en lui révélant, dans les antécédents immédiats du malade des accidents pulmonaires, qu'ils soient étiquetés bronchite aiguë, congestion pulmonaire, broncho-pneumonie ou pneumonie.
A la période d’état, l’interrogatoire aura encore son importance en révélant divers foyers métastatiques dans d’autres organes (ostéomyélites, phlegmons périnéphrétiques, arthrites suppurées, foyers pulmonaires et épanchements pleuraux
1. Pour ia rédaction de ce chapitre, nous avons fait de nombreux emprunts
à la publication de M Huard : myosites et pseudo-myosites en milieu colonial (Ann. de méd, et pharm, coloniales, 1032, PP: 5.à30)
purulents, endocardite végétante, abcès cérébraux et ménin-
gites aiguës).
Exploration des muscles.
Elle comportera l’étude fonctionnelle de ces muscles et l'appréciation de leur consistance (amyotrophie, collections purulentes). |
10 Etude fonctionnelle des muscles. — La technique la plus simple est celle de Ducroquet. Elle consiste à rechercher dans chaque muscle sa fonction propre tout en palpant son tendon ou son corps charnu. «Ce procédé permet d’examiner toute la musculature d’un membre en moins de 10 minutes» (Ducroquet).
20 Apprécialion de la consistance des muscles. — a) Amyotrophie : elle est en général peu marquée et localisée au segment de membre, touché par l'infection.
b) La recherche du pus : très difficile, doit être faite suivant les conditions énoncées par Huard : 1° Prendre une très large surface d'appui cutané avec les paumes de la main appliquées à plat sur la peau (Gosselin); cette manœuvre permet de déplacer l’æœdème très fréquent et d’amincir les parties molles séparant les lésions des mains de l’opérateur.
20 Palper avec les deux mains éloignées le plus possible pour ne pas être trompé par le refoulement des tissus recouvrant la collection et pour bien apprécier l’étendue du foyer (Chasaignac).
30 Placer les mains parallèlement à l’axe du membre et en imprimant à la masse musculaire un mouvement oscillatoire dans le sens de la longueur et non de la largeur (Nélaton). On réduit ainsi au minimum la sensation de fausse fluctuation.
49 Enfin si la contracture empêche l'exploration manuelle ne pas hésiter à recourir à l’anesthésie. Celle-ci triomphe de la contracture musculaire; c’est la grande justicière des diagnostics trompeurs (Trélat).
Toutes ces manœuvres étant correctement faites on à très rarement la sensation nette de flot, mais plutôt celle de
robes
résistance, élastique, de rénitence, de boule élastique enchâssée dans le muscle.
De plus, les tissus avoisinants peuvent être indurés et avoir la dureté du bois, du zinc (Sarrailhé), du cartilage (Fischer). Le seul recours dans ce cas sera la ponction exploratrice faite profondément avec un gros trocart; ponction qui, en plus de son intérêt diagnostique, permettra d’agir chirurgicalement lorsque le pus sera formé et rien que dans ce cas.
Laboratoire.
Rechercher l’agent pathogène :
1° Dans le pus : par examen direct et par cultures.
20 Dans le sang; si l’hémoculture est positive, la refaire plusieurs fois pour éviter les erreurs. Lorsqu'elle est positive, signifiant une bactériémie active, le pronostic sera sombre non pas du fait de l’abcès musculaire en cause, mais parce qu’elle fera craindre des métastases aux autres muscles ou à d’autres organes.
3° Dans les urines : la recherche du germe préconisée dans les staphylococcémies est entachée de nombreuses causes d'erreurs malgré toutes les précautions voulues; elle n’est pas à recommander.
49 La formule leucocytaire et la numération globulaire montreraient une hyperleucocytose élevée avec polynucléose neutrophile.
Radiographie.
La radiographie parfois pourra être utile lorsque le foyer suppuré juxta-osseux fera croire à une ostéomyélite.
Les résultats sont presque toujours négatifs mais Pales et Laigret et Lefrou cependant ont pu faire un diagnostic exact grâce à elle.
Le premier dans un abcès du grand pectoral vit « à la hauteur du hile droit une plaque opaque de la surface d’une petite paume de main se dessinant en transverse. Elle se présente comme très antérieure, précostale »
a) Myosites aiguës éberthiennes.
L'abcès musculaire chez un typhique est une éventualité rare. Hôlscher sur 2.000 autopsies de ces malades n’en a trouvé que 7. La littérature médicale en renferme une trentaine d'observations.
La collection purulente se forme chez des typhiques avérés vers la fin de la maladie (troisième ou quatrième septennaires), et presque toujours à la suite d'une rupture musculaire plus ou moins apparente.
Chez un malade en convalescence de typhoïde, 8 ou 15 jours en général après sa rupture musculaire, alors que l’ecchymose est à peu près totalement disparue, survient une forte poussée thermique à 39-40, accompagnée de frissons. Le foyer de rupture devient douloureux il se forme une induration croissante avec souvent empâtement œdémateux des téguments.
Le muscle se contracte, et prend des attitudes particulières, fixes (adduction du bras si Île grand pectoral est lésé; flexion, abduction et rotation externe de la cuisse si c’est le psoas). La température locale s’élève un peu.
Les signes généraux augmentent : quelques sueurs, température 37-399 avec clochers vespéraux.
Localement les douleurs sont plus vives, rythmées par le pouls; la fluctuation ou tout au moins la sensation de rénitence se perçoit; parfois au centre, si c’est un muscle superficiel, on peut apercevoir une saillie: mais la peau glisse bien sur l’aponévrose et les plans profonds.
Les mouvements spontanés ou provoqués sont en général douloureux.
L'incision étant pratiquée tout rentre dans l’ordre en quelques jours.
Gi l'intervention n’est pas faite en temps utile, des désordres graves peuvent survenir ; le pus peut se diriger vers la surface cutanée en jet comme dans l'observation ci-après que nous résumons :
« Pendant la convalescence d’une typhoïde un malade est pris de frissons; douleurs et gêne dans l'épaule gauche. On découvre une tuméfaction au niveau de son grand pectoral;
on incise : un jet de pus jaillit avec force, la suppuration avait fusé vers l’aisselle. Un trajet fistuleux persiste, le malade se cachectise, puis apparaissent des complications pulmonaires (pneumonie gauche et pleurésie droite) qui l’emportent » (Barot, th. Paris, 1876).
D’autres fois suivant le muscle atteint le pus pourra gagner le péritoine ou la plèvre.
Observation 1 (Kiefer, Des ruptures musculaires spontanées dans
la fièvre lyphoide
Un homme de 28 ans présente, à l’acmé d’une typhoïde grave, vers la partie inférieure de l'abdomen, une ecchymose apparue insidieusement et rapidement, allant de l’ombilic à la racine de la verge.
On porte le diagnostic de rupture du muscle grand droit gauche. Peu à peu l’ecchymose s’efface.
Une dizaine de jours après, dans la gaine du muscle grand droit, à gauche, à 5 cm. environ au-dessous de l’ombilic on sent de l’empàtement. La rupture a dû se produire là. Puis la zone empâtée augmente; elle glisse facilement sous la peau. Dans les dix premiers jours d’apparitior de ces troubles, la température oscillait de 370 2 à 390. À la phase d’empâtement elle remonte à 380 06-390 2; puis elle se maintient aux confins de 370 4 Vingt-quatre jours après le début, on constate encore une légère teinte ecchymotique au pourtour de la région ombilicale et sur la ligne médiane Jusqu'au pubis. Une saillie molle, non fluctuante, s’est développée à la place de l'empâtement. Comme elle est réductible, on écarte l’idée de hernie ventrale, A la percussion superficielle, matité; à la per- Cussion profonde, son intestinal, ce qui permet d'éliminer l’idée de vessie distendue par l’urine. La tuméfaction siège à 11 cm. du pubis et à 5 cm. de l’ombilic. Latéralement, son point culminant est à 4 cm. dela ligne blanche. Son volume est celui d’une orange, Cette tuméfaction devient. plus apparente quand le malade, faisant
un effort pour s'asseoir sur le lit, contracte les muscles grands droits. Les bords sont indurés.
On diagnostique un hématome du grand droit consécutif à une rupture musculaire. Peu à peu l’ecchymose disparait complètement. Le malade n’accuse aucune douleur au niveau de la rupture. La tuméfaction reste stationnaire. Quinze jours après, on sent de la fluctuation. On pense à un abcès. On incise le lendemain sur une longueur de 5 à 6 cm. parallèlement à la ligne blanche. On ramène 200 grammes d'un liquide chocolat, formé de sang et de pus, et quelques caillots fibrineux. La température ne s’élève pas anormalement. La cicatrisation s'opère rapidement.
Ce malade était convalescent depuis trois mois lorsqu'il succomba à une syncope en se tirant du lit.
L’autopsie montre des lésions classiques de fièvre typhoïde. Les ulcérations des plaques de Peyer sont en majeure partie cicatrisées. Il s’est formé, en deux points, des adhérences entre l’iléon et la paroi abdominale; il en résulte une petite anse longue de 10 cm. environ, en fer à cheval dont les extrémités sont solidement fixées à la paroi. Ces adhérences se trouvent exactement au-dessous du foyer de rupture du muscle grand droit gauche. À l’incision de ce muscle, on constate une infiltration sanguine s'étendant surtout vers l’extrémité inférieure. Le foyer de rupture cst situé à quelques centimètres au-dessous de l’ombilic. Il a une forme irrégulière, déchiquetée, du volume d’une noix. Quelques petits caillots noirâtres, très rétractés, adhèrent encore aux fibres musculaires rompues. La paroi postérieure du foyer est formée par la gaine du muscle. Sur les côtés la continuité des faisceaux n’est pas interrompue. En avant, l’excavation n’est séparée de la gaine que par une couche très mince de tissu musculaire. L'examen microscopique fait par M. Gombault montre que les fibres du muscle, au niveau de la rupture, sont atrophiées. Elles ne présentent pas les caractères de l’altération vitreuse, mais presque toutes sont finement granuleuses. La striation n’est apparente que sur un très petit nombre de fibres. Les royaux musculaires sont diminués de nombre c& de volume. Les artères sont saines; quelques veinules ont des lésions phlébitiques:
Le tissu conjonctif inter-fasciculaire est épaissi, sclérosé.
Dans le liquide hémato-purulent recueilli lors de l’incision intravitam on a constaté la présence de staphylocoque doré et de coli-
bacille(Mangin).
Observation II (inédite) due à l’obligeance de M. le Professeur Duvergey. Abcès intramusculaire du muscle quadriceps droit, d’origine éberthienne
Il s’agit d’un homme de 28 ans qui, après évacuation des armées, rentre en novembre 1914 à l'hôpital Février de Châlons-sur-Marne pour fièvre typhoïde évoluant depuis une dizaine de jours. Signes classiques d’une dothiénentérie : température élevée aux environs de 390 5, lange sèche, stupeur.
Vers la fin de sa maladie, au moment de la défervescence, je malade présente un abcès intramusculaire du muscle quadriceps droit. Le muscle augmente rapidement de volume. La température remonte.
Sitôt la fluctuation observée, au moment où cet abcès présente le volume d’une mandarine, l’incision est pratiquée.
Le pus recueilli renfermait du bacille d’Eberth à l’état pur.
La guérison à partir de ce moment se poursuit jusqu’à l'évacuation
de ce militaire à l’intérieur.
b) Monomyosites aiguës suppurées
Cette forme un peu plus fréquente que la polymyosite suppurée est surtout celle qui sévit en Europe.
Due le plus souvent au staphylocoque doré (62 ©‘), elle peut être causée par les autres germes.
On décèle souvent la porte d'entrée des microbes et parfois on peut préciser la date du traumatisme localisateur comme dans l’observation de Bazy, résumée ci-dessous
€ Un homme porteur de lésions staphylococciques de la face, reçoit sur la partie antérieure de la cuisse une pièce de viande congelée. Le muscle quadriceps fémoral pris entre ce corps dur et le fémur présente un large foyer de contusion qui secondairement s’infecte. Ainsi qu’il était aisé de le prévoir, et, comme je l’avais effectivement supposé, la suppuration du muscle était due à un staphylocoque qui présentait les
Rss
mêmes caractéristiques bactériologiques que celui des lésions de la face. »
L'intervalle libre séparant le traumatisme des premiers signes de l'affection pourra être précisé. Il varie de un jour à un mois.
Le début est très variable, parfois insidieux chez un individu jusque-là bien portant, le plus souvent brusque avec une forte température accompagnée de frissons.
Localement le malade ne ressent rien qu’une simple sensation de gêne, une lourdeur, quelques élancements; puis la douleur va apparaître plus ou moins vive, diffuse dans toute une région, dans tout un membre, mais un examen superficiel ne révélant rien ou presque.
À cette période de début va faire suite la période d’éfal :
Localement on aperçoit parfois une légère voussure diffuse, rarement une augmentation marquée du volume du membre; la peau est intacte, sauf parfois un peu d’œdème.
A la palpation profonde en suivant les indications de Huard on sentira une induration musculaire spéciale que les auteurs se sont ingéniés à représenter par les images de muscles en bois, en zinc.
L'induration limitée au début, s’étend dans la suite à toute une partie du muscle. Elle est fixe quand le muscle se contracte, mobile quand il se relâche.
Cette palpation, en général fort douloureuse, est parfois impossible, à moins que l’on ne recoure à l’anesthésie générale.
Les muscles sont souvent contracturés donnant des attitudes spéciales aux malades : le psoas portant la cuisse en rotation externe, abduction et flexion, le deltoïde immobilisant le moignon de l’épaule; le grand pectoral mettant le bras en adduction.
Ces mouvements sont irréductibles sans narcose.
Quelques jours plus tard, une semaine en moyenne, la collection purulente est formée.
L’induration ligneuse est souvent disparue et la palpation pourra donner des résultats.
Si les douleurs ne sont pas trop vives, si l’abcès n’est pas trop profond et assez volumineux, si les muscles ne sont pas
soie
trop contracturés, on pourra percevoir la sensation de boule élastique enchâssée dans le muscle et très rarement une fluctuation profonde.
La peau œdématiée est mobilisable sur les plans profonds.
La douleur est en général intense, diffuse, parfois localisée ; cette douleur est profonde et a fait commettre bien des erreurs, avec l’ostéomyélite aiguë en particulier, ou avec une affection abdominale (appendicite, abcès périnéphrétiques) lorsque les lésions siègent dans les muscles de la sangle abdominale ou de la région sacro-lombaire.
La lempéralure n’est pas très élevée; elle oscille le plus souvent aux environs de 389 avec maximum le soir.
Le pouls suit la température.
L’élal général est touché, mais beaucoup moins que dans les polymyosites. Le malade a les traits un peu tirés, la langue est saburrale mais humide.
Si le diagnostic est hésitant il faudra faire une ponction exploratrice avec un gros trocart. Certains ont reproché à celte méthode d’infecter les plans superficiels; cette objection ne tient pas puisque s’il y a du pus, il faudra inciser et alors infecter forcément les tissus coupés.
Observation III Commes. La pyomyosile.
Moussa Koué, de race bambara, 30 ans, environ, cultivateur, se présente à la visite avec une volumineuse tumeur à la partie supérieure du bras droit.
Le malade raconte que, il y a trois jours, il s’est aperçu d’une difficulté dans les mouvements du bras, sans qu'il ait reçu de coup el sans avoir eu de plaie. Rapidement une tumeur s’est formée, et c'est devant la gêne et la douleur que cause son volume qu'il est venu se faire soigner.
Cette tumeur de la grosseur d’une orange occupe la région deltoïdienne; tous les mouvements du bras sont douloureux. La peau tendue est intacte, on ne trouve pas la moindre trace de plaie. À la palpation on a la sensation d’une masse consistante, ferme. La pression produit une douleur assez vive.
ra
Le malade déclare qu’il a la fièvre depuis quelques jours et que son appétit a diminué, symptôme que les indigènes malades n’oublient Jamais de noter.
Nous pratiquons une incision au niveau de la tumeur et, après avoir constaté que les divers plans superticiels sont intacts, nous tombons sur le muscle. Les fibres du deltoïde sont séparées à la sonde cannelée et nous faisons sourdre un pus rougeâtre.
Divers prélèvements aseptiques sont faits pour examens microscopiques et ensemencements (on trouve des cocci Gam négatifs du genre pasteurella).
L'examen du sang ne montre pas d’hématozoaires de Laveran:
à noter de la polynucléose.
Observation IV
Picot : Abcès des muscles.
Un enfant de 5 ans entre dans le service le 18 janvier 1933 pour une douleur de la cuisse droite. Ces douleurs qui datent de quelques jours ne sont pas très marquées, puisque l’entant se promène.
Sa mère raconte que 30 jours auparavant cel enfant est tombé sur la cuisse droite. Il n’en a, cependant, sur le moment, ressenti aucune douleur, ni aucune gêne. Le mois précédant sa chute cet entant avait fait une poussée de furonculose.
Quinze à vingt jours après l’accident, l’enfant commence à boiter et à souffrir.
Lorsque j’examine cet enfant qui présente, à la face externe de la cuisse droite, une tuméfaction assez dure, mais fluctuante, ma première pensée est qu'il s’agit d’une ostéomyélite du fémur, car la température est à 380 5. Mon interne, M. Marx, incise cette collection qu’il trouve en plein muscle et loin du fémur. Elle contient un pus rougeâtre, épais, avec, en suspension dans le pus, quelques débris musculaires sphacélés. La cicatrisation se fait rapidement et l'enfant quitte l'hôpital le 29 janvier, soit douze jours plus tard, complètement cicatrisé.
Je viens de revoir cet enfant ainsi que sa radiographie. Il reste guéri et le film montre que le fémur est intact (Picot, Bull, Soctélé
nat. de chirurgie, 22 mars 1933.)
Tr
Observation V Yovlchich et Vassilch. Abcès des muscles.
J... (Joseph) douze ans, garçon, est amené pour douleurs abdominales violentes datant de huit jours, accompagnées de phénomènes généraux accusés; température à 390 5, pouls rapide, vomissements, diarrhée profuse. Une tuméfaction para-ombilicale a été remarquée par les parents 4 jours après le début des premiers signes.
L'examen montre en effet l'existence d'une tuméfaction paraombilicale droite intéressant même les plans céllulo-cutanés sous forme d’un placard de dimensions d’une paume de main. La peau déjà rouge est indurée dans la zone périphérique, fluctuante au centre. Pas de modification de consistance décelable, lors de la contraction musculaire.
On signale également une chute d’un lieu élevé (un arbre) datant de trois ou quatre mois.
Intervention le 22 janvier 1931 sous-anesthésie générale. Une incision verticale para-ombilicale droite ouvre une collection purulente, fétide, ayant déjà envahi les plans cellulaires et à point de départ intramusculaire. Curettage, mèche
Suites opératoires sans incidents. L'enfant sort guéri le 2 février 1951:
L'examen du pus montre des streptocoques associés au colibacille.
Observation VI Mondor, in thèse de Pergola.
Homme 37 ans.
Antécédents lointains : typhoïde à 20 ans. À 26 et à 28 ans, deux épisodes pulmonaires pneumococciques vérifiés par le laboratoire.
Antécédents récents : fatigue, surmenage. Le 20 juin 1934 : signes de grande infection. Adynamie, prostration, température élevée.
Malgré un point de côté violent, rien de pulmonaire ni cliniquement, ni radiologiquement. Pendant quelques jours, la température oscille entre 380 et 400, Une hémoculture pratiquée est négative.
Six jours après le début apparaît une voussure du grand pectoral en même temps que de l’omoplate. La douleur est vive. Abduction et rotation externe du bras sont impossibles.
Mondor, appelé, fait le diagnostic de myosite du grand pectoral.
Dans la nuit, le malade fait une vomique fractionnée (examen bactériologique négatif) à la suite de laquelle la température tombe à 380.
Au septième jour, le grand pectoral droit tout entier est douloureux et infiltré, il n’est pas ligneux:; il réalise un véritable plastron.
Au dixième jour Mondor ponctionne en plein muscle et retire du pus (staphylocoque à l'examen direct et à la culture).
Au treizième jour, incision sous-anesthésie générale, drainage. La collection est bien située dans le muscle grand pectoral, sous l’aponévrose. On retire environ 100 cm3 de pus d’une cavité ayant les dimensions d’un œuf de poule.
Drain pendant quatre jours. Suites éloignées : convalescence lente, le malade reste longtemps fatigué. Pas d’atrophie du grand pectoral, mais la cicatrice reste douloureuse.
Observation VII
Frœlich et Couet : Abcès des muscles.
Gaav. André, 13 ans.
Entre au service en septembre 1929, pour une tuméfaction siégeant dans la paroi abdominale du côté droit.
Cette tuméfaction de forme oblongue, très douloureuse, siège au niveau du muscle droit.
L'enfant marche à demi-courbé en deux.
Depuis une quinzaine de jours, il avait de l’entérite; diarrhée avec mucus et membranes dans les selles. Le 28 septembre, on incise la gaine du droit et de l'intérieur du muscle s'écoule du pus grisâtre que le laboratoire identifie (colibacilles).
c) Polymyosites aiguës suppurées.
Cette forme un peu moins fréquente que la précédente est surtout celle qui sévit en dehors d'Europe.
Due comme la monomyosite le plus souvent au staphylocoque (54 %,), elle peut comme elle être causée par les autres germes.
PDT
Elle est caractérisée anatomiquement par la multiplicité de ses foyers dont une partie peut être extramusculaire et cliniquement par l'atteinte de l’état général ainsi que par le nombre et la durée des rémissions qui peuvent se produire au cours de son évolution.
On peut assez fréquemment découvrir la porte d'entrée du germe.
Le débul peut être variable, quelquefois très brutal, mais beaucoup plus rarement que nombre d'auteurs l’ont soutenu.
Ce qui domine d’emblée le tableau clinique, c’est l'atteinte si rapide et si profonde de l’état général,
Le malade maigrit brusquement, ses traits sont tirés la langue est rôtie, les lèvres sèches, la peau rugueuse.
La température oscille aux environs de 3805 sans qu'il y ait eu le plus souvent d’invasion à grand fracas.
Localement comme dans la forme précédente les signes sont peu nets el permettent rarement de faire le diagnostic.
À la période d’élat, les signes généraux sont toujours alarmants et sont le plus souvent proportionnels au nombre des foyers.
Chaque abcès pris séparément évolue comme une monomyosite.
Plusieurs abcès musculaires peuvent évoluer en même temps comme dans les observations 9 et l2-fcitées àMa fin du cha pitre).
Plus fréquemment les abcès seront séparés par quelques jours d'intervalle (obs. XI); parfois comme dans l’observalion de Riou (ob. X) des abcès pourront $e produire tous les ans, le malade reprenant ses occupations entre temps.
D’autres fois les abcès intéresseront en dehors du tissu musculaire, le tissu cellulaire sous-cutané, les os ou n'importe quel organe {obs. XIIT). Cette forme est plus grave, elle dénote une véritable septicémie et sa terminaison est le plus souvent, mortelle.
En voici un exemple typique extrait d’une observation de Courtois-Suffit et Beaufumé ! |
« Malade à la suite d’une intervention sur l’urèthre et de plusieurs cathétérismes, présente un état infectieux grave.
Fe
Il fit successivement des abcès au niveau des triceps brachial et sural droits, de la face postérieure du sternum, de la cuisse gauche, ainsi qu'au niveau du testicule et de l’épididyme gauche. Mort.
Dans les abcès : gonocoques et staphylocoques.
Dans le sang : staphylocoques. »
Saraillhé a rapporté d’assez nombreux cas de phlegmons glandulaires (parotides, testicules, etc.); Laigret et Lefrou ont observé deux phlegmons parotidiens, une ostéomyélite et une infection méningée qui termina leur seul cas mortel.
Après l’incision des collections purulentes, 1l arrive parfois (obs. XII) que la température se maintienne pendant 8 ou 15 jours aux environs de 38°. On suspecte une nouvelle localisation, mais rien ne se déclare et tout rentre dans l’ordre.
L'évolution totale de la maladie dure en moyenne de un à trois mois.
L'évolution totale de la maladie peut être fort longue, avec des rémissions prolongées. Nous avons relevé (obs. X) le cas d’un indigène qui, pendant six ans et toujours à la même période de l’année, a présenté une ou plusieurs localisations purulentes musculaires (sauf une ostéopériostite du frontal). Entre temps il reprenait ses occupations. C'est la plus longue évolution que nous ayons trouvée signalée dans la littérature médicale.
Observation IX
Seriba : Eliologie de la myosile aiguë.
Un homme de 33 ans a eu dans ses antécédents récents une poussée de furonculose: il vient consulter pour des douleurs vives de la cuisse droite et du grand pectoral droit. Le tout est accompagné de signes infectieux.
En examinant ce malade, on décèle l’existence d’une myosite aiguê du grand pectoral droit. Le muscle est quatre fois plus gros qu’à l’état normal, mais il n’est pas déformé. Téguments normaux, se mobilisant facilement sur la tumeur.
La tuméfaction est dure et douloureuse. Les mouvements, surtout l’abduction font souffrir le malade.
Griffon. 3
Du côté du muscle grand adducteur de la cuisse droite, se trouve un foyer de myosite bien cotlecté.
La température cscille entre 399 et 400 plusieurs jours de suite. Après apparition de la fluctuation, on incise cette collection purulente.
Il sort un pus mêlé à des fragments musculaires nécrosés.
Aucune impotence fonctionnelle dans la suite.
Observation X
lPiou : Un cas de pyomyosile tropicale à abcès multiples et récidivants-
Bloussène $.., sujet indou est venu s'installer à Madagascar en 1900 à l’âge de 10 ans.
Pas d’antécédents héréditaires ou collatéraux à signaler.
Lui-même jouit d’une santé parfaite jusqu’à la fin janvier 19922. À cette date il fait une pneumonie avec pleurésie parapneumonique qui dure un mois.
Après une courte convalescence, il retomba gravement malade au début d'avril. La température atteignit 40-419 en quelques jours et dura telle pendant 20 à % jours; puis elle redescend très lentement. Etat général très touché, malade cachectique, avec œdèmes des membres inférieurs, escharres fessières, petits abcès au talon droit et aux jambes. Puis apparut à la hanche droite une volumineuse collection purulente qui ponctionnée et incisée donna issue à plus d’un
litre de pus.
Le malade se rétablit assez rapidement et reprend ses affaires en août 1922,
En janvier 1923 apparition à la cuise droite d’un nouvel abcès qui, à l’incision, donna une demi-cuvette de pus.
Depuis, chaque année, formation de nouvelles localisations
purulentes, parfois plusieurs en même temps. Ces abcès siègent aux
cuisses, aux lombes, aux fesses, récidivant aux mêmes end
sieurs années après, Ces abcès évoluaient tous de la même facon.
de lassitude avec ét
roits plu-
Après quelques jours
at subfébrile, apparition de douleurs rhumatoïdes
vagues, diffuses, profondes, légères puis augmentant peu à peu
d'acuité en même temps qu’elles se localisaient en une région. Celle-ci se tuméfiait, la température augmentait en prenant le type hectique avec grandes oscillations s’élevant à 39-400 Je soir. Etat général très touché avec amaigrissement, asthénie, inappétence oligurie.
La tuméfaction locale, dure, profonde, douloureuse, augmentait lentement pour atteindre la grosseur d’une tête d'enfant. L’empâtement et la fluctuation n'apparaissent qu’au bout d’un mois.
Puis rapidement ouverture de l’abcès donnant issue à des quantités de pus parfois énormes (2-3 litres en une Journée) de couleur, vert franc, bien lié avec quelques trainées de sang, mais le plus souvent rougeâtre, de teinte chocolat.
La suppuration se tarissait rapidement ; au bout de 5 ou 6 Jours le liquide était séreux et l'ouverture de l’abcès était cicatrisée en deux semaines.
Le malade peu après se levait, conservant avec un peu de fatigabilité à la marche, de l’amyotrophie de la région atteinte. Mais l’impotence fonctionnelle n’était pas en rapport avec la fonte musculaire énorme produite.
Les abcès siégeaient dans les masses musculaires; il y eut une seule localisation spéciale : une ostéopériostite de la face externe du frontal qui se résorba en une quinzaine de jours.
En dehors des signes de pleurite sèche que l’on relevait à sa base (suite de sa pleurésie) on ne relevait rien d’anormal chez lui du côté des autres appareils; pas de syphilis, pas de microfiaires dans le sang. La formule leucocytaire était banale, pas de sucre dans les
urines.
Observation XI
Bujard : Gonorrhée chronique; abcès musculaires mélastatiques
mulliples ; examen baclériologique.
N..., 36 ans, atteint de gonorrhée chronique, a subi un traitement par des instllations dans l’urèthre et la vessie. Deux jours après la dernière introduction de la sonde, il a de la fièvre 380 5, 399 avec frissons. Quelques jours après, il ressent des douleurs aux membres
qui sont prises d’abord pour du rhumatisme, mais deux jours plus
Hard, se sont formés quatre points douloureux avec gonflement, au bras droit, à la jambe, aux creux poplité et au mollet gauche. À l'incision, on trouve des abcès avec un pus brunâtre, siégeant tous les quatre dans les muscles, indépendants des articulations.
Au microscope on trouve quelques granules qu’on peut prendre pour des microcoques, sans qu'on puisse toutefois les reconnaître. Les cultures faites sur gélose et dans du sérum donnent en deux jours des colonies peu abondantes mais tout à fait pures el carac-
téristiques de gonocoques sans la moindre trace d’une autre espèce
de microbes. La culture à l’abri de l'oxygène n’a pas donné de bacté-
ries anaérobies.
Observation XII
Laigret el Lejrou : Pyohémie staphylococcique ; quatre abcès musculaires
(région lombaire, cuisse, région delloidienne et fesse)
Samba, indigène d'environ 30 ans, travailleur au chemin de fer. Evacué sur l’hôpital d2 Brazzaville le 7 décembre 1921 avec le diagnostic : bronchite et faiblesse générale.
Accuse une douleur cn ceinture qu'il précise assez mal; aucun trouble fonctionnel du côté du poumon. Mais, en auscultant le malade, nous remarquons dans la région lombaire gauche une large voussure diffuse dont la palpation éveille une douleur assez vive, C'est, alors que le malade attire notre attention du côté de sa cuisse gauche; celle-ci est douloureuse également à la palpation; on y sent, sur la face externe, les masses musculaires fortement indurées, d’une dureté de bois; mais c’est à peine si on peut noter une légère augmentation de volume du membre.
La ponction de la région lombaire donne à 3 cm. de profondeur un pus fluide, bien lié, de couleur chocolat. [ncision large. Environ 300 gr. de pus.
A la cuisse, après trois ponctions négatives Jusqu'à l'os, on trouve une collection très profonde du mêm? pus, dont, après incision sur le trajet de l'aiguille, on retire environ 400 cm.
L'examen de ce pus montre de très nombreux staphylocoques à l’état pur.
Le cinquième jour après son entrée à l'hôpital, le malade nous fait
AU
remarquer, au niveau des attaches humérales de son deltoïde gauche: une petite tumeur très dure, un peu douloureuse, tout à fait comparable à un œuf de pigeon qui serait inclus dans le tendon deltoïdien : La température quiavait passé 38° les jours précédents est retombée à la normale L'état général s'aggrave, les lèvres et la langue sont sèches, les traits tirés.
En 24 heures se développe du côté de la région deltoïdienne malade une grosse collection purulente, qui s'étend tout le long du bord postérieur du deltoïde. L’incision conduit dans une vaste poche remplie d’un pus identique à celui des deux autres abcès.
La température reste normale. Cependant une quatrième collection purulente apparaît dans la nuit du 16 au 17 (10e jour d’hôpital) au niveau de la fesse gauche. La fesse est un peu douloureuse, à peine augmentée de volume. Une ponction à travers le grand fessier ramène un pus couleur chocolat extrêmement riche en staphylocoques à létat pur. Incision large, drainage.
Pendant quinze jours le malade présente tous les soirs une légère élévation thermique aux environs de 38€ qui fait suspecterune localisation nouvelie. Pourtant un examen attentif journalier n’a
pas permis de découvrir de nombreux abcès.
Observation XIII
Huard, in thèse de Pergola.
Un homme de 30 ans entre le 4 mai 1933 pour tumeur douloureuse de la base du cou. Dans les antécédents réeents du malade, on note un abcès du pied gauche, incisé en mars 1935.
A l'examen, outre les symptômes banaux d'infection aigué, on constate l'existence d’une tuméfaction du volume d’un œuf de pigeon, située à la base du cou, immédiatement en dedans du chef claviculaire du sterno-mastoïdien gauche. Une ponction est pratiquée à ce niveau. Elle est négative. Le 10 juin, la fluctuation apparait. On incise : le pus contient du streptocoque. Le 15 juin une hémoculture est pratiquée, elle est positive au streptocoque.
Ensuite, de nombreux foyers de suppuration apparaissent; phleemon de la fesse gauche, phleemon du bras gauche, arthrite
suppuiée du genou gauche incisée le 10 juillet.
Ho
Le 25 juillet, examen permet de découvrir une myosite à streptocoques du biceps droit.
Le 6 août, nouveau foyer de myosite, situé à la face postéroexterne de l’avant-bras droit (extenseurs). Incision. De nombreuses fibres musculaires sphacélées s’éliminent.
Ce sera le dernier foyer infectieux avant la guérison complète,