‹ Contribution à l'étude des myosites syphilitiques diffuses et gommeusesChapitre 15 sur 31 · FOURNIER · texte numérisé non relu

FOURNIER

Myosite généralisée avez douleurs dans la téle, les arliculalions, el les os.

Femme jusqu'alors bien portante, passe son temps à se plaindre de sa faiblesse générale. Vraisemblablement un

(1) Dupcay. Archives générales de médecine, 1880, (2) FouRNIER. Zeçons sur la syphilis,

—. ÿl, —

mois après l'infection, myosite généralisée avec douleurs dans la tête, les articulations et les os. Avant sa syphilis la lorce constatée au dynamomètre est de 31 kgr.; pendant sa myosile 19 kgr. et après sa guérison 42 kgr.

Guérison par le traitement mixte.

Fournier (1).

Myosite diffuse des muscles de la jambe, des mollets, du dos, de la nuque, de l’avant-bras et du deltoïide, avec une sorle de courbalure douloureuse de presque tout le syslème musculaire.

8° Rapports entre les professions et les muscles atteints. — Existe-t-il un rapport entre la profession d’un malade et le muscle atteint? Les 8 malades menant une vie sédentaire, sans grand travail musculaire, sont les

suivants :

US { SE gauche.

Triceps gauche.

Rentier — Biceps gauche.

Muscles de la jambe droite.

Chapelier / Muscles du bras droit.

Biceps gauche.

: Biceps.

à, | Grand pectoral.

Garçon de banque : TRE | Deltoide.

Gouvernante — Sphincter externe de l’anus.

Employé — Sphincterexterne de l’anus.

Fille publique — Jumeaux.

Fille publique — Deltoïde.

(1) Fournier. ZLecons sur la syphilis.

On ne voit aucune relation entre les muscles malades et les professions sédentaires.

Les 12 malades, qui mènent une vie active, fournissant presque toujours un certain travail musculaire, sont :

Domestique —Muscles du bras.

... ( Muscles de la hanche.

Epicier { Triceps.

Epicier —Biceps gauche.

Bi droit.

Servante | IPS Fois , | Long supinateur droit.

Serrurier { Biceps gauche.

| Long supinateur gauche.

See | Biceps droit.

Vaste interne droit.

Manœuvre —Muscles extenseurs du bras gauche.

Masséter.

Restaurateur { Temporal.

Ptérygoidien interne.

Masséter.

Tailleur

Sterno-cleido-mastoidien.

Serrurier —Grand pectoral.

Cocher —Biceps gauche.

Dresseur —Biceps gauche.

Les résultats sont semblables aux précédents ; on ne peut en tirer aucune conclusion. Car, si l’on admet, par exemple, que le cocher est atteint d’une myosite du biceps gauche parce que son bras gauche et particulière ment son biceps sont fatigués de tenir les guides, comment expliquera-t-on la myosite des muscles extenseurs de la jambe chez un manœuvre ? Il ne fatigue certainement pas plus sa jambe gauche que sa jambe droite, ni ses muscles extenseurs plus que ses muscles fléchisseurs.

Jo Causes occasionnelles. — Elles sont niées généralement par tous les auteurs. Cependant nous avons trouvé dans nos 51 observations 9 cas où elles sontcitées ; malgré leur petit nombre, qui ne peut évidemment pas nous permettre de conclure à l'existence constante de causes occasionnelles, nous devons cependant admettre, tout d’abord, qu’elles existent, et qu’en outre, peut-être seraient-elles citées en plus grand nombre si elles n'avaient pas échappé à l’observation des médecins.

OBSÉRVATION 38.

Dupzray (1).

Myosite diffuse du grand pectoral gauche, survenue après un emploi longtemps prolongé d'un vilbrequin, et à la suite d'un adéno-phlegmon de l'aisselle. — Traitement spécifique. — Amélioralion. — Atrophie consécutive.

Br... (Ch.), 32 ans, serrurier, entre le 10 mars 1879 à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Honoré, service de M. Duplay, pour un abces à l’aisselle, qui s’est ouvert spontanément, deux jours avant son entrée. Il se servait d’un vilbrequin, dont il appliquait la poignée contre sa poitrine au niveau de son grand pectoral gauche. Il attribue son apcès à cette cause. Il eut, eu effet, toute une journée à percer des trous dans des boiseries, et il fit un usage un peu prolongé de cet instrument. En rentrant de son travail il ressentit une légère douleur au niveau du muscle ; il ne s’en occupa pas ; le lendemain il avait une grosseur dans l’aisselle, roulant sous le doigt.

(T) Duprav, Archives de médecine, 1879, p. 731,

Les jours suivants, cette grosseur devint douloureuse, rous t ; il eut des accès de fièvre et la tumeur perça. Du pus en assez grande quantité s’écoula par l'ouverture. Devant ces renseignements, le diagnostic fut porté d'adéno-phlegmon suppuré de l’aisselle,et dont l’origine était, très probablement, celle indiquée par le malade. Aucune trace d’ancienne écorchure sur les doigts ne nous permettait de faire remonter l’origine de cet abcès à la cause habituelle des abcès de l’aisselle, une lymphangite, qui aurait débuté au niveau de la main.

On aggrandit l'ouverture au bistouri, de manière à faciliter l'écoulement du pus, et on se contenta de mettre des cataplasmes.

22 mars. — Tout alla très bien ; la plaie ne suppurait presque plus, elle tendait à se refermer ; on supprima les cataplasmes, et on fit un pansement à l’acide phénique avec un peu de compression ouatée.

26 mars. — Le soir le malade a eu un frisson, du mal de tête ; autour de la plaie il y a un peu de rougeur érysipèlateuse. On fait son pansement avec de la tarlatane imbibée d’alcool ; est-ce sous cette influence que toute trace de rougeur avait le lendemain disparu ?

Toujours est-il que la plaie continuait à bien aller, était presque fermée et ne suppurait plus, lorsque le 3 avril on s'aperçoit d’une rougeur violacée au niveau du grand pectoral, et occupant toute la superficie du muscle. A ce niveau il y a un peu d'œdème. Les mouvements sont douloureux, quand on essaye de rapprocher ou d’éloigner le bras du corps. À l’état de repos il n’y a pas de vives douleurs, si ce n’est un sentiment de tension insolite.

6 avril. — Cet état s'’accentue de plus en plus. La rouæeur violacée occupe toujours la même place, limitée à la région du grand pectoral. À ce niveau il y à à la main une légère élévation de température, ainsi qu’on le constate en comparant avec le côté sain.

L'œdème s’est accru ; mais cet œdème diffère de l'œdème ordinaire par sa dureté. Les doigts, qui palpent là région,

— Où —

y laissent leur empreinte comme dans de la cire à modeler. On recherche inutilement la fluctuation. Du côté de Ja plaie il y a plus de suppuration ; la peau est décollée à ce niveau. Les mouvements deviennent impossibles. Le bras est accolé contre le thorax

8 avril. — L'œdème s'est accru ; on sent cependant le muscle qui a la dureté du bois, et dont on limite parfaitement les contours. C’estalors que M. Humbert se demanda si ces phénomènes inflammatoires ne pouvaient pas tenir à une rétention du pus, et bien que ne percevant pas de fluctuation il se décida à passer un drain.

Il agrandit l'ouverture fistuleuse de l’ancien abcès, passa un trocart sous la face profonde du grand pectoral, et le fit ressortir à la partie supérieure du muscle. Pour passer son trocart il fut obligé de déployer assez de force, à cause de la dureté du grand pectoral. En même temps il constata que le muscle était augmenté d'épaisseur. Par l'ouverture supérieure il ne s’écoula que du sang; tous les tissus malades semblaient en effet très vasculaires.

10 avril. — Ainsi que l’avait pensé M. Humbert, le tube à drainage n’a produit aucune amélioration. L'’œdème est toujours aussi considérable, la dureté ligneuse du muscle toujoùrs la même. Frappé de cet état de choses M. Humbert enleva le drain, et rechercha s’il n’y avait pas quelque cause pouvant expliquer cette induration musculaire, cette myosite diffuse, qui ne semblait pas avoir de tendance à la suppuration. Ce fut alors qu'on remonta aux antécédents, que devant la marche si simple de la maladie au début on avait négligés.

Or ce malade nous apprend qu'il y a quatre ans, à l’âge de 28 ans il a eu un chancre qui fut soigné au Midi par M. Horteloup. Pour cet accident, on le traita par des bains de sublimé, des pilules de protoiodure, et plus tard l’iodure de potassium. Il prit peu de pilules, une quinzaine au p'us, mais pendant trois mois il ne cessa pas les bains de cublimé. 11 n’eut jamais de plaques muqueuses, de maux de gorge ; il sait ce que signifient ces mots. Mais à la jambe

an

il eut une éruption qui laissa des traces bronzées caractéristiques. Au bout de trois mois il quitta le Midi ; il continua néanmoins pendant près d’un an à prendre del’iodure: de potassium, On voit que les antécédents syphilitiques sont très nets.

Il n’a pas d’antécédents scrofuleux ; à 12 ans il eut une affection de poitrine ; on lui ordonna de l’huile de foie de morue et du vin de quinquina. À l'heure actuelle il ne tousse pas et on ne lui trouve aucun signe thoracique.

Il est pâle, amaigri ; il a l’aspect cachectique, ce qui peut tenir à son séjour à l’hôpital.

Devant ces antécédents et l’état actuel du malade M. Humbert porta le diagnostic de myosite syphilitique, et le mit immédiatement aux pilules de protoiodure et à l’iodure de potassium, 4 gr.

20 avril. — Le malade a pris depuis le 12 avril des pilules de protoiodure et l’iodure de potassium ; on a supprimé les cataplasmes. Le traitement local consiste en un morceau de diachylon appliqué sur la plaie de l’aisselle.

Sous l'influence du traitement général, une amélioration très grande s’est produite. La rougeur violacée de la peau a disparu ; la plaie de l’aisselle est presque cicatrisée ; elle n’a plus de bords fistuleux décollés. L’œæœdème est moins considérable, le muscle paraît moins dur, et ce que le malade constate lui-même, les mouvements sont plus faciles: il peut éloigner un peu le bras et le rapprocher du corps, ce qu’il était incapable de faire il y a dix jours.

28 avril. — Le traitement est continué; la plaie de l’aisselle est cicatrisée complètement ; l’œdème a presque disparu. On peut alors mieux constater l’état du muscle ; il est moins dur, mais il semble atrophié.

4 mai. — Le malade continue à aller mieux au point de vue des phénomènes inflammatoires, qui ont complètement disparu. L’atrophie a continué de se produire ; au niveau du grand pectoral, la peau n’est plus soulevée comme du côté sain, elle est déprimée. Cette atrophie notable, qu’on constate à la vue, est également facile à percevoir par le

ER

toucher, si on prend entre les doigts le bord inférieur du muscle grand pectoral. Le muscle n’a plus sa consistance dure, ligneuse comme au début, mais il ne donne pas celle d’un muscle sain ; il est beaucoup plus ferme, et se rapproche un peu de la consistance d’un tendon.

Il est évident que nous sommes en présence d’une atrophie et d’une sclérose du muscle.

Le malade nous quitte alors, ne voulant plus rester à l’hôpital.

Pour cette observation, l’on peut nous faire une objection : est-ce une myosite syphilitique, ou simplement inflammatoire ? M. Duplay répond qu’elle est d’origine spécifique puisqu'elle a cédé très rapidement au traitement antisvphilitique. En outre elle est provoquée bien probablement, soit par la pression prolongée du vilbrequin, soit par l’adéno-phlegmon voisin.

L'observation suivante (que nous n'avons pu nous

procurer plus détaillée) nous montre une myosite consécutive à une inflammation voisine.

La

Page 1