FROIDURE
A la suile d'un léger traumatisme, myosite du biceps gauche, survenue un mois après l'apparition du chancre. — Traitement ioduré. — Guérison.
Le nommé L..., âgé de 24 ans, cuisinier, célibataire, est entré à l'hôpital de la Charité le 22 avril 1882, salle Sainte- Vierge, lit n° 48, pour s’y faire soigner d’une tumeur qu’il porte au bras gauche et dont l’apparition remonte à quinze jours.
C’est un alcoolique ; a eu la rougeole dans son enfance. Son père est mort à 77 ans d’un cancer.
(1) VERNEUIL. Mémoires de chirurgie, t. IV, p. 594. (2) FrorDurRE. Thèse de Paris, 1882.
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Le malade a contracté un chancre induré de la verge, le 10 mars dernier ; il s’est soigné en prenant tous les jours deux pilules de protoiodure de 4 centigr. Il a éprouvé de la céphalée, laryngite ct coryza.
La tumeur dont il est porteur lui est survenue à la suite d’une légère contusion du bras n'ayant occasionné qu’une douleur de quelques minutes sans ecchymose à la peau. En descendant de l'impériale d'un tramway le pied lui ayant manqué, il s'était trouvé retenu par le bras gauche qui avait embrassé la rampe de l'escalier, Il ne se souvient avoir entendu aucun craquement ni ressenti de dou'eur vive. Le lendemain il continua à faire usage de son bras comme à l'ordinaire, il ne présentait nituméfaction ni douleur, aucune trace de la violence de la veille.
La nuit suivante,quelques douleurs nocturnes, trop faibles pour l’empêcher de dormir.Le 3° jour, son bras lui parait lourd, et le fait souffrir comme pendant les nuits précédentes. Le 4° jour, son bras est plus gros; il travaille néanmoins, il remarque alors qu’il est fléchi et qu'il est douloureux de le redresser même avec le secours de l’autre bras. Le 12 avril, bras en écharpe, douleurs nocturnes. Le ?1, la flexion, la tuméfaction et les douleurs augmentant, il entre à l'hôpital.
L'avant-bras est fortement fléchi sur le bras ; il forme avec celui-ci un angle plus petit qu’un angle droit dont le sinus mesure approximativement, de l’acromion au pli carpien, 39 centim.
Faisant fléchir le bras sain au même degré : une circonférence de 25 cent. et de 23 sur le bras droit à l'endroit le plus saillant de la tumeur. Les mouvements d'extension sont fort douloureux, l'extension complète impossible.
L'articulation scapulo-humérale et celle du coude sont saines, point de tuméfaction des ganglions de l’aisselle. La peau est normale, le derme sous-jacent est un peu épaissi et empâté, il adhère à la partie superficielle de latumeur.
Avec le pouce ct lPindex on circonscrit la tumeur qui n’adhère pas aux parties profondes, elle est dure, de con-
sistance fibreuse, non crépitante, douloureuse à la pression. La surface en est inégale, mais ne présente pas de nodosités séparées, la limite d'avec les parties musculaires situées au-dessus et au-dessous se fait assez difficilement. Elle occupe toute la largeur du muscle et au niveau de sa position supérieure, elle se divise en deux prolongements, verticaux, aplatis, se continuant sur une longueur de 4 cent, avec les deux chefs supérieurs du biceps. Le corps dur de la tumeur, jusqu’à la naissance de ces prolongements, mesure une hauteur de 4 cent. La contracture ne détermine aucune sensation à la main.
La force musculaire est conservée.
M. Gosselin posa le diagnostic de myosite syphilitique et institua immédiatement le traitement à l’iodure de potassium à dose croissante.
Sous l'influence de ce traitement les douleurs nocturnes s’apaisèrent ; le 1°’ mai le sinus de l'angle de la contraction était diminué de 3 centim,
Le 7. — L’infiltration sous-cutanée s’est résorbée, la peau glisse facilement su: les parties profondes.
Le 10. — Le sinus n’est plus que de 40 cent.; la dose d’iodure est diminuée.
Le 24. — L'extension du bras est normale et il ne reste plus qu’une légère induration au niveau du corps du biceps. Le malade demande à sortir.
LE DENTu (i).
Après un effort, myosile du jumeau externe droit. — Amélioration par le traitement spécifique.
Le 28 septembre 1874, au n° 2 de la salle Kainte-Margucrite, service du D' Richet, suppléé par M. Le Dentu,
(1) FROIDURE. ZJ'hèse de Paris, 1882.
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est entré un homme de 38 ans, porteur au mollet droit d’une tumeur d'aspect particulier.
Cet homme est vigoureux et ne présente sur le corps aucune trace de scrofule.
Il y a environ deux mois,en soulevant avec un cerlain effort un panier de vin, il sentit tout à coup un craquement se faire dans son mollet. Cette douleur persista sans être assez forte cependant pour l’empêcher de continuer son ouvrage. Cet homme regarda de suite le point qui lui semblait atteint par le mal, il n’y avait rien d’anormal, ni gonflement ni tumeur.
Les jours suivants, il continua à travailler et, trois ou quatre jours après l’accident, en touchant sa jambe, il s’aperçut pour la première fois qu’il portait une tumeur grosse comme le pouce, indurée, siégeant dans un point qui, d’après les indications du malade répondait exactementau centre charnu du jumeau interne. Inquiet, et quoique n'éprouvant pas de douleurs, le malade se décida à entrer à l'hôpital.
A la visite, M. Le Dentu constate à première vue un gonflement considérable de la portion interne du mollet droit. La palpation montre qu’il existe en ce point une tumeur dure, allongée, reproduisant exactement la forme du centre charnu hypertrophié du jumeau externe, oblique comme lui en bas et en dedans, de la partie externe du creux poplité à la partie médiane de la face postérieure de la jambe.
Cette tumeur était longue de 14 centimètres et large de 10. La circonférence du mollet au point où la saillie était le plus prononcée, mesurait 28 cent., tandis qu’au côté sain on n’en trouvait que 25.
Au niveau la peau est un peu empâtée et épaissie ainsi que les tissus sous-cutanés, mais elle n’adhère nullement à la tumeur parfaitement mobile sur la partie profonde.
Enfin, pour compléter l’examen et bien déterminer les rapports, M. Le Dentu dit au malade de résister au mouvement de flexion provoqué à la main, et l’on peut alors
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parfaitement sentir avec l’autre main que, sous l'influence de la contracture énergique du jumeau, la tumeur devient plus dure et surtout complètement fixe. Pas d’alopécie ; en découvrant le malade on aperçoit sur le membre inférieur droit deux taches pigmentées, brunâtres, cuivrées, arrondies, légèrement squameuses. Interrogé à leur sujet, le malade prétend que la première des taches siégeant au niveau du tibia, au-dessous du cou-de-pied, était due à la pression de la chaussure. Quant à la seconde, il l’attribuait à un furoncle qui persistait depuis une semaine. Sur la première tache on n’a rien à dire, et on accepte l’explication du malade, mais pour ce qui regarde la seconde tache, comme elle présentait une teinte cuivrée, M. Le Dentu supposa une lésion syphilitique de la peau, et par suite diagnostiqua une myosite syphilitique par infiltration plastique.
Depuis que le malade est dans le service, la tumeur à augmenté de volume.
Le chirurgien administra comme traitement de l’iodure de potassium à la dose de 1 gr. par jour, à partir du 3 octobre, et quelques jours après elle fut élevée à 2? gr. |
Sous l'influence de ce traitement la tumeur diminua rapidement de volume.
Le 10 octobre, la circonférence du membre au point le plus saillant ne mesurait que 35 centimètres au lieu de 38.
Le 18,les dimensions de la tumeur étaient de 9 centimèetres pour le diamètre vertical, de 7 pour le diamètre transversal et de 34 four la circonférence.du membre.
À partir de ce moment, la tumeur reste à peu près stationnaire, et, le 1 novembre, il n’y a plus aucune déformation.
Cependant, on peut constater encore dans l'épaisseur du muscle une masse indurée qui parait ne plus avoir de tendance à diminuer de volume.
MYOSITE GOMMEUSE
L. Sypuiiis ACQUISE. — Les myosites gommeuses sont plus fréquentes que les myosites interstitielles, et leurs observations sont {trop nombreuses pour être entièrement rapportées ici. Nous er emprunterons à différents auteurs quelques-unes pouvant avoir plus d'intérêt que Îles autres.
1° Sexe. — Les hommes généralement sont plus souvent atteints que les femmes. Cependant Mauriac dit qu'il n’en est pas de même pour les gommes du sternocleido-mastoïdien : «sur 13 cas, 9 appartiennent à des sujets féminins de 20 à 50 ans (1). »
20 Age. — Nos 23 cas recueillis se décomposent ainsi :
Dans la ["’année 1 cas de syphilis héréditaire
10 à 20 ans 3 cas (dont ? héréditaires) 21 à 30 ec: |
ol à 60 3
La plus grande fréquence se rencontre entre 20 et 40 ans. Ces résultats concordent avec toutes les statistiques des auteurs.
(1) Mauriac. Syphilis lerliaire, page 455.
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3° Professions. — Toutes les myopathies gommeuses dont nous donnons les observations appartiennent à des ouvriers, ou à des manœuvres,
4° Antécédents. — Dans plusieurs observations on constate que les malades pendant la période secondaire de leur syphilis, se sont soignés rationnellement. Malgré ce lraitement antisyphilitique ils out vu apparaître des sommes, ce qui semble prouver qu’elles appartiennent à une syphilis maligne.
ORSERvATION 50.
Mauriac (1).
Myosite gommeuse du biceps droit à son insertion sur le tendon. — Traitement mixte. — Guérison.
Un boulanger, âgé de 26 ans, contracta en 1841 un chancre infectant suivi d'accidents constitutionnels de moyenne intensité qui se reproduisirent à diverses repri ses jusqu’en 1846, bien que toujours traités par des préparations hydrargyriques. En 1847 (6€ année de la syphilis), ce malade éprouva dans le bras droit des douleurs qui augmentaient la nuit, et il s'aperçut 15, jours après, d’une raideur inaccoutumée de ce membre. Depuis lors, l’avant-bras s’est fléchi graduellement sur le bras sans qu'aucune force ait pu l’en empêcher. Contracture très prononcée du biceps. On sentait au point de jonction des parties charnuëés et tendineuses, tout près de l’attache inférieure du muscle sur le tendon, une corde, un épaississement fusiforme très volumineux, empiétant à la fois
(1) Mauriac, S'yphilis tertiaire, p. 454.
sur le muscle et sur le tendon. L’angle formé par le pli du coude, l’avant-bras étendu autant que possible, était de 140°. On administra de l’iodure de potassium et on fit envelopper le bras et l’avant-bras de bandelettes d’emplâtre de Vigo cum mercurio.
Au bout d’un mois le malade était à peu près guéri.