RHODES
nuus avons vu et interrogé la mère, qui est peu intelligente, et ne nous a pas donné de renseignements précis sur leurs maladies anicrieures.
8 enfants et 3 pertes ; la l'® grossesse a été normale, régulière ; l’enfant, qui est actuellement une jeune fille de 23 ans, était fort bien constitué. Les 3 grossesses qui ont suivi se sont terminées par des avortements, l’une à 3 mois 1/2, les autres vers 7 mois ; quant aux autres elles ont été menées jusqu’à terme, mais les enfants naissaient chétifs et sont tous morts en bas âge, la plupart avant leur première année. L’avant-dernier seul a survécu : c’est lui qui fait le sujet de cette observation.
Antécédents personnels. — Le malade est né à terme ; à sa naissance il était très petit, et dans son enfance il aurait toujours été chétif et difficile à élever.
Il n'a marché qu’à 18 mois, aurait eu une fièvre typhoïde {?) à 10 mois.
Plus tard, nous relevons des laryngites fréquentes, un coryza ayant duré plusieurs mois, de l’otorrhée chronique et une pleurésie vers {0 ans.
Enfin l’été dernier, en juillet, il entrait à l’hôpital pour une affection du coude droit, qui datait de plusieurs mois et qui nécessita plusieurs interventions successives. Nous ne savons malheureusement pas quel fut le diagnostic porté. Quoi qu’il en soit, le malade, après un séjour de deux mois à l’hôpital, en sortait à peu près guéri, mais avec une ankylose à peu près complète du coude.
Un mois environ après sa sortie, c’est-à-dire en septembre, apparurent successivement, d'abord au niveau du 1/3 inférieur de la face postérieure de l’avant-bras droit, puis un peu plus haut, deux ou trois grosseurs, peu douloureuses du reste, mais qui s'accrurent progressivement. Au début, la peau conserva ses caractères normaux, tous les mouvements de la main et des doigts étaient intacts, mais bientôt certains d’entre eux devinrent moins faciles, moins étendus, tandis que la peau s’ulcérait au niveau des nodosités, laissait échapper par
ces ouvertures, non du pus, mais des « mauvaises chairs jaunâtres », selon l’expression du malade.
Depuis lors, les ulcérations, d’abord bien limitées, s’étendirent progressivement malgré divers traitements, institués par le médecin traitant qui, finalement, proposa l’amputalion.
Etat actuel. — 26 février, le malade, de petite taille, peu musclé, entièrement glabre, est extraordinairement peut développé pour son âge. Quoiqu'il ait {8 ans révolus, à le voir on lui donnerait plutôt 12 ans. Voix grêle, testicules petits, atrophiés. Teint grisâtre, terne, facies assez intelligent. Pas de difformité cränienne, ni nasale. Dentition à peu près régulière. Pas de cicatrices commissurales; à la face externe de la cuisse gauche, on remarque un large placard de coloration cuivrée, à contours polycycliques et prurigineux, datant déjà de plusieurs mois
La face postérieure de l’avant-bras droit est le siège de vastes ulcérations occupant presque toute la surface du membre.
1° Tout d’abord au 1/3 inférieur existe une ulcération très étendue et très caractéristique :
Cette ulcération dont le grand axe parallèle à celui du membre, mesure plus de 10 cent., occupe toute la largeur de la face postérieure et empiète même sur la face antérieure de l’avant-bras. Les bords sont très élevés, à pic, nullement décollés, pas de coloration violacée. Le bord interne de l’ulcération affecte une forme assez régulièrement ellipsoïde, mais il n’en est pas de même du bord radial qui est très nettement polycyclique ; on distingue encore les contours d’une ulcération plus récente qui est venue se réunir aux autres. Le fond de l'ulcère est formé par les muscles et les espaces intermusculaires ; tous les autres tissus, la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, l’aponévrose anti-brachiale ont entièrement disparu ; sur ce fond irrégulier, raviné, on remarque plusieurs saillies à bourgeons exubérants, parallèles à l’axe du membre, qui
ne sont que les vestiges de groupes musculaires profondé- Z
ment altérés, Du berd interne au bord radial. nous trouvons successivement les saillies parfaitement reconnaissables que forment le cubital postérieur et: le groupe des muscles épicondyliens ; des mouvements appropriés de la main et des doigts déterminent des changements de volume dans ces différentes saillies.
Entre ces deux saillies, on remarque une gouttière profonde au fond de laquelle on aperçoit une lamelle blanchâtre, assez résistante, qui n'est autre qu’un tendon, probablement de l’extenseur commun.
Dans l'intervalle des bourgeons saillants, existent de petites cavités remplies par une matière jaunàtre, molle, assez adhérente, d'aspect bourbillonneux.
20 La région olécrânienne est le siège d’un second ulcère moins vaste que le précédent. Son grand axe est parallèle à celui de l’avant-bras et mesure 7 cent. ; sa largeur est de 6 cent.; la forme générale en est arrondie, légèrement ovalaire ; les bords sont peu élevés, non violacés, nullement décollés et présentent des traces manifestes de festons, provenant de lésions qui, primitivement isolées, sont devenues confluentes.
3° Enfin, entre les ulcérations précédentes, existe un dernier groupe d’ulcérations, formé de plusieurs lésions encore incomplètement confondues. À la partie la plus interne, se voit une dépression infundibuliforme, profonde, mesurant environ 4 à 5 cent., autour de laquelle se rangent plusieurs ulcères circulaires, en partie confluents, présentant les mêmes caractères que les précédents. mais moins profonds, moins ravinés. L'ensemble de ces ulcérations nettement circulaires et en partie confondues, présente un aspect festonné caractéristique.
Pour être complet, ajoutons que sur la limite de la face antérieure, à quelques centimètres du dernier groupe de lésions, existe une gomme sous-cutanée, de la grosseur d'une noisette.
Toutes ces ulcérations sont absolument indolores , elles sont le siège d’un suintement très abondant. Les mouve-
ments d'extension des doigts de la main, ainsi que les mouvements de latéralité du poignet, sont fort limités.
L'aspect particulier de ces vastes ulcérations, leurs bords polycyeliques, leur fond jaunâtre bourbillonneux, leur mode de début, leur évolution ne laissent aucun doute sur leur nature. Il était évident qu'il s'agissait là de gommes syphilitiques, développées au sein des masses musculaires de l’avant-bras.
Restait un second point à élucider : étions-nous en présence d’une syphilis acquise ou au contraire de manifestations tardives d'une syphilis héréditaire ? Malgré l’insuffisance des renseignements anamnétiques en ce qui concernait les parents du malade, M. Derville, s'appuyant sur les avortements successifs de la mère, sur la polymortalité effrayante, sévissant sur les enfants de cette famille, et en outre sur l’infantilisme si marqué chez le malade, porta le diagnostic de syphilis héréditaire tardive.
Comme traitement, M. Derville prescrivit : à l’intérieur 3 centigr. par jour de sublimé en 2 pilules ; iodure de potassium, en solution dans la dose quotidienne de 4 gr.
Les ulcérations saupoudrées de poudre d’iodoforme furent recouvertes de bandelettes imbriquées d’emplâtre de Vigo. Ce pansement fut renouvelé tous les deux jours au début ; plus tard, on se contenta d'appliquer un pansement iodoformé.
L'amélioration fut rapide ; deux mois environ après, le malade pouvait être considéré comme guéri ; il ne restait plus qu’une petite ulcération de la grandeur d’une pièce de 50 centimes, au niveau de l’olécrâne ; tous les mouvements du poignet et des mains se faisaient normalement.
Le 3° cas de gomme musculaire, d’origine syphilitique héréditaire est reporté dans le chapitre de l’anatomie pathologique (obs. 69).
Dans les deux observations précédentes, les gommes se sont développées sans traumatisme, ni aucune cause extérieure, Pune à 13 et l’autre à 18 ans.
*La’syphilis ne peüt être mise en doute, puisque le traitement, dans lesdeux cas ci-dessus, à été spécilique, et que pour la 3° l’autopsie a démontré amplement l'origine syphilitique de la tumeur.
6° Manifestations syphiliiques simultanées. — Les myopathies gommeuses précoces sont accompagnées d’accidents tels que chancre, céphalée, plaques muqueuses, alopécie ; les myopathies tardives se rencontrent en mème temps que des gommes sous-cutanées, ulcérées ou non, des syphilides ulcéreuses, des plaques d’ecthyma. Quelquefois, d’autres complications plus graves, pouvant même amener la mort (obs. 60) peuvent exister avec les gommes musculaires : phtisie syphilitique, paralysie générale (obs. 39).
. Comme pour les myosites interstitielles, nous pouvons conclure que les myopathies gommeuses appartiennent à une syphilis maligne.
T° Muscles atteints. — Le plus fréquent des muscles atteints est sans contredit le sterno-cleido-mastoïdien. Voici d’ailleurs la liste des rauscles relatés dans nos observations :
Sterno-cleido-mastoidien g.etdr. 8 fois RICODS S2/0E Or AL eu STRESS 3 Grand pectoral g...... LU NT re Scalènes sg, et dr. sun 5. ais Jumeaux! guet dri. sf, bin «x Ie Sus-scapulaire g....... LE ARE Fe co Triceps femoralo. et dr... SAR Muscles extenseurs du brasg.... 1
— épitrocléens g......,... 1
— + AUPMOIlEE EUR PACE 1
ET re
Muscles des fesses g. et dr....... 2 fois — du cou {côté droit)....... Il Jambierhantérieur(g.nts.sct. At Couturnieidriaefra us 1. iddoisirne Triceps duwbras(idrs.nu senes ss d Lopadorsalit ana itubee doses
Nous reproduisons deux observations de gommes du couturier et du long dorsal : localisation extrêmement rare.