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M:X..., avocat, âgé de 29 ans, contracta, le 25 juin 1871, un chancere infectant qui fut suivi d'accidents consécutifs, légers et superficiels. Je le traitai dès le début de sasyphilis par des préparations hydrargyriques, plus tard il prit aussi un peu d’iodure de potassium.
Ce malade n’avait eu aucune poussée depuis le mois de janvier 1872, et il avait cessé tout traitement depuis le mois de février, lorsque, le 3 juillet de la même année (122 mois de la syphilis), il fut pris sans aucune cause, et tout à coup, étant à sa table de travail et écrivant, d’une douleur très grande et d’une sorte de commotion douloureuse dans le membre supérieur gauche. Cette attaque toute locale et qui n'avait point son origine dans le cerveau, rendit lies mouvements difficiles ; il lui était même impossible de lever le bras et de l’écarter du tronc. Deux ou trois jours auparavant il était survenu une douleur dans la jambe droite ; mais elle avait rapidement disparu.
Le 7, le 8 et le 9 les mêmes phénomènes persistèrent. Il n'existait aucune lésion apparente dans les articulations du membre malade, des douleurs irradiantes, paroxystiques, plus vives la nuit que le jour, le parcouraient dans toute son étendue.
Pendant les crises, qui étaient surtout nocturnes, il était parfois difficile et même impossible d'étendre et de fléchir complètement l’avant-bras sur le bras.
Le 4° jour, les phénomènes s’atténuèrent. Le 10, j’examinai toutes les articulations avec le plus grand soin, sans y rien découvrir d’anormal. Le biceps n'était pas en état de contracture ni les autres muscles non plus. Il semblait an contrai’e, par moments, que tout le bras était paralysé. Le malade ne pouvait pas l’écarter du tronc. Sensibilité cutanée intacte. La main serrait avec force. Les douleurs irradiantes se propageaient depuis l’épaule jusqu’à l’extrémité des doigts. Il n'existait aucune manifestation syphilitique.
Je fis prendre immédiatement des pilules d’hydrargyre et de liodure de potassium. L'amélioration fut rapide: au
bout de 4 à 5 jours, le malade put se servir de son bras; au bout de 10 jours il était guéri.
En analysant cette singulière névro-myopathie, je finis par démêler que la douleur avait débuté par le deltoïde et qu'elle y revint toujours très intense.
À côté de ces contractures et de cette impotence musculaire, nous devons signaler le seul cas de paralysie que nous avons pu rencontrer.
OnservarTion 11 (inédite).
Service de M. le Professeur SPILLMANN.
Deux ans après infection, myosite des muscles exten seurs de l'avant-bras droil, avec paralysie des extenseurs. — Gommes sous-culanées mulliples. — Traitement antisyphililique. — Guérison des gommes et grande amélioralion de la myosite ? mois après.
Le nommé Ma..., manœuvre, âgé de 58 ans, entre au service de M. le Professeur Spillmann le 2 juillet 1898, salle XII, lit n° 3. Comme antécédents héréditaires ne présente rien de particulier.
Antécédents personnels. — Rougeole dans son enfance. N'a pas fait de service militaire à cause d’un trouble de parole. Ethylisme notable.
Il y à deux ans, le malade dit avoir bu dans le verre d’un individu qu’il a su ultérieurement être atteint de syphilis. Une dizaine de jours après, serait apparue sur la pointe de la langue une exulcération surélevée recouverte d’une pseudo-membrane blanchätre, que, sur le conseil d’un pharmacien, il a cautérisée avec du nitrate d’argent, Le malade ne se rappelle pas combien de temps cette lésion a duré, ni si les ganglions correspondants étaient engorgés.
sels
Depuis, le malade a eu sur la langue et la lèvre inférieure (face postérieure) des syphilides érosives qu’il a continué à cautériser. 11 n’a jamais vu de médecin. Il prétend n'avoir pas eu d’autres accidents secondaires.
Le malade est marié, a une fille; il n’a pris aucune mesure de prophylaxie 4ans sa famille, mais, d’après son dire, personne de son entourage n'aurait contracté cette affection.
Il y a 8 mois, le malade à eu de grands chagrins à la suite de pertes d'argent, qui l’ont beaucoup affecté.
Etat actuel. — Malade bien constitué primitivement. Actuellement pâle, amaigri. Hernie inguinale droite. Varices aux membres inférieurs; traces d’ulcères variqueux à la jambe gauche. Légère hernie ombilicale. Nez déformé, dévié à droite ; cette déformation serait congénitale. Depuis une dizaine de jours, manifestations cutanées suivantes :
Au niveau du bras gauche, face antérieure, 4 gommes cutanées ; les 2? supérieures, situées à la partie moyenne du bras, ont la grosseur d’une petite noix, sont régulièrement arrondies, saillantes, indolores, sans engorgement ganglionnaire, de coloration rouge cuivré, dures à la palpation, adhérentes à la peau, qui ne peut être mobilisée au-dessus d'elles, et plongeant dans le tissu cellulaire ; elles sont nettement délimitées.
A la jonction du 1/3 moyen et du 1/3 inférieur du bras droit, lésion analogue mais ulcérée, actuellement recouverte d’une croûte noirâtre adhérente, enchâssée, autour de laquelle existe un petit liseré blanchâtre, puis une zone rouge cuivré, puis une collerette épidermique en voie de desquamation. Sa dimension est celle d’une pièce de ? fr. Un peu en dedans, ? lésions analogues aux précédentes, non ulcérées, dont la grosseur est celle d'une pièce de 20 centimes. |
Sur la partie supérieure de la région postérieure de Pavant-bras gauche, petites papules cuivrées, indolentes, non prurigineuses.
Au niveau de la moitié de l’avant-bras droit, dans la région postérieure, petite gomme non ulcérée de la grosseur d’une pièce de 50 centimes. j
Dans le 1/4 supérieur de l’avant-bras droit, dans la région postéro-externe, tuméfaction diffuse, ovoide, douloureuse à la palpation, de 6 ems de longueur environ sur 4 de largeur. Le malade ne peut étendre la main droite, qui est tombante. Cette paralysie des extenseurs s’est produite en même temps que les gommes cutanées du bras gauche. Les doigts sont fléchis etne peuvent pas être étendus. L’index est moins fléchi que les autres doigts qui sont d'autant plus repliés dans la paume de la main qu’il s’agit d’un doigt plus interne. La supination est possible, mais difficile, lente et beaucoup moins étendue que du côté sain. Dans les autres muscles du corps, pas de formation analogue. Rien d'appréciable dans les os ni dans les tendons.
Au niveau de l’aisselle droite, deux papules rouges, saillantes, squameuses. Trace d’abcès ouvert chirurgicalement au niveau de la fosse sous-épineuse gauche.
Quelques nœvi disséminés.
Quelques cicatrices brunes, arrondies, sur les flancs et la colonne lombaire, dont la malade ne peut indiquer l’origine.
Deux cicatrices blanches, un peu gaufrées, près du rebord costal gauche, en avant.
Au niveau des tibias, cicatrices déprimées, brunâtres, en voie de desquamation, auxquelles la malade attribue une cause traumatique.
Au {3 inférieur de la jambe gauche, tubercule cutané, rouge cuivré, recouvert de squames épaisses, de la grosseur d’une pièce de 50 centimes. Trois lésions analogues un peu plus bas mais avec des croûtes épaisses d’un gris verdâtre, peu adhérentes.
Sur la malléole interne gauche et sur la région sousmalléolaire, on trouve une lésion, dont les dimensions sont celles d’une paume de main, à bords polycycliques, dont le centre est pigmenté, et dont la partie périphérique est
recouverte d’épaisses croûtes verdâtres arrondies, assez adhérentes, larges comme une pièce de 50 centimes. Le malade dit que cette lésion n’a jamais donné lieu à aucun écoulement.
Quelques cicatrices pigmentées, petites et disséminées.
Au niveau du membre inférieur droit, sur l’interstice qui sépare le gros orteil du second, rhagade recouverte de croûtes.
Emphysème, artériosclérose.
La langue, après les cautérisations répétées, est déformée ; la pointe est étalée, un peu hifide ; le frein s’attache très près de l'extrémité libre de la langue et contribue à gêner .la parole, qui est déjà difficile par vice congénital. Digestion bonne. Rien de particulier dans le tube digestits
Pas de céphalée, ni d’insomnie. Léser mouvement fibrillaire de la langue ; réflexe patellaire un peu exagéré ; troubles trophiques des ongles des orteils, caractérisés par un épaississement considérable.
On fait au malade une injection d'huile grise, qu’on répètera toutes les semaines ; de plus 6 gr. d’iodure de potassium par jour.
Le 6 juillet on constate à l'exploration électrique :
: Examen faradique. — Excitabilité normale du nerf cubital droit, au coude et au poignet. Excitabilité des muscles extenseurs légèrement diminuée.
Examen galvanique. — Normal.
10 juillet. — La tumeur peut être palpée et même comprimée sans douleur. Pas de changement du côté des gommes du bras.
15 juillet. — Les deux gommes du bras deviennent fluctuantes. L’empâtement des muscles extenseurs est notablement moindre ; le malade peut relever le poignet, et pêut le maintenir assez longtemps dans cette position ; mais il ne peut encore étendre les doigts que très faiblement : l'index peut faire un angle droit avec le métacarpien.
19 juillet. — Le malade peut relever le poignet et le laisser dans cette situation. Les trois derniers doigts peuvent faire un angle droit avec les métacarpiens ; les deux premiers peuvent être étendus complètement.
Le volume des gommes du bras a beaucoup diminué. La saillie que formait la gomme de l’avant-bras droit n’est pluë visible ; au palper son volume n’est plus que celui d’une noix environ.
4 août. — Les gommes du bras se résorbent de plus en plus. Les croûtes qui recouvrent les deux gommes inférieures du bras gauche ont un aspect ostréacé, ressemblant à des croûtes de rupia. L'extension des doigts n’a pas fait de progrès ; elle est comme au 19 juillet.
12 août. — Les injections d’huile grise sont supprimées. L’iodure est porté à la dose de8 gr. par jour. 20 août. — Depuis quelques jours, œdème du dos de la
main droite (main parésiée) et de la joue droite. Pas d’albumine dans les urines, pas d’iodisme.
30 août. — Le malade quitte l’hôpital.
Les gommes cutanées du bras gauche font à peine saillie. Les deux gommes supérieures sont encore légèrement fluctuantes, mais le liquide se résorbe graduellement.
Les croûtes ostréacées sont tombées, et les gommes qu’elles recouvraient sont en voie de cicatrisation.
L'extension des trois derniers doigts ne peut pas dépasser l’angle droit ; celle des deux premiers peut être à peu près complète.
Le dos dé la main droite et la joue droite sont légèrement œdématiés. La tumeur musculaire ne fait plus qu’une très légère saillie qu’on ne perçoit qu’en faisant glisser les téguments sur les plans profonds ; elle ne fait aucune saillie au dehors.
Les petites gommes cutanées, disséminées sur le corp, se réduisent à des cicatrices pigmentées.
La rhagade et la lésion cutanée du pied droit sont guéries ; l’ulcère variqueux s’est légèrement amélioré.
LA
Cette observation est intéressante surtout au point de vue suivant : la paralysie des extenseurs n’est pas provoquée par une affection du nerf cubital, l’examen électrique l’a prouvé, mais bien par une affection des muscles extenseurs.
A côté des contractures, et de cette paralysie, nous trouvons quelquefois des spasmes musculaires. Ainsi, dans les observations de Neumann (40, 41, 42, 43, 44), relatives à des myosites du sphincter externe de l’anus, il y existe toujours du ténesme rectal avant et pendant la défécation.
20 Troubles de sensibilité. — « L’intensité de la dou- « leur, dit Lœwin (1), est toujours en rapport direct « avec la vitesse du traumatisme : une compression « à développement lent se ressent à peine, une compres- « sion plus rapide se manifeste avec plus d'intensité. » Or le processus syphilitique, s’accroissant lentement, ne déterminera pas de troubles violents de sensibilité.
M. EuTHYyBouLE (2).
Myosile des muscles du mollet droit avec ulcération. — Trailement spécifique. — Guérison.
La malade, âgée de 35 ans, blanchisseuse, est venue à nos consultations pour un gonflement et pour une ulcération
(1) LŒwIN. Zoco citato.
(2) Congrès de dermatologie et de sypliligraphie, 1889.
ovalaire qu’elle présentait au niveau de la partie charnue du mollet. Le début du gonflement remontait à 4 ans 1/2 ; l’ulcération était survenue depuis 2 mois seulement. Au premier abord on aurait dit des lésions d'origine variqueuse. L’ulcération était superficielle, rouge, granuleuse comme une plaie de vésicatoire, à bords plats, de niveau avec la peau environnante st le fond de l’ulcération, bords déchiquetés et sinueux de contour.
Il y avait quelques veines apparentes à la partie inférieure et interne du genou, quelques veinosités bleuâtres, étoilées au-dessus de la malléole interne, des placards squamo-croûteux tout autour de i’ulcération, la peau était épaissie, colorée avec des poils, développée comme si c'était une jambe d'homme.
Malgré cela, le siège de l’ulcération à la région du mollet, qui n’est pas un fait habituel dans les ulcères variqueux et qui dénote plutôt une origine syphilitique, nous engage à rechercher l’existence de la syphilis que nous ne tardons pas à découvrir avec l’évidence la plus formelle (boutons aux parties il y a 13 ans, maux de gorge, séjour à l’hôpital municipal des vénériennes).
D'ailleurs pas de douleurs profondes gravatives, pas d’ergourdissement comme cela a lieu dans le cas de varices profondes. Au lieu de la mollesse spongieuse qu’on rencontre dans ces conditions, induration ligneuse particulière.
Le traitement spécifique amène au bout de quelques jours seulement la cicatrisation complète de l’ulcération : le mollet commence à diminuer de volume, à devenir plus souple, et, 12 jours après le début de la médication, il a repris sa consistance normale et perdu les 4 cm. qu'il avait en plus que celui du côté gauche comme circonlérence mesurée à la partie l4 plus épaisse du mollet, le jour de la première consultation.
Bouissox {l).
Myosite des sterno-cleido-mastoïdiens chez un homme débile plusieurs années après le chancre. — Perforation du voile du palais. — Traitement spécifique. — Amélioration notable de la myosite.
J.-B. Sér...i de Montpellier, âgé de 55 ans, d’une constitution détériorée par des privations, des chagrins prolongés et par des maladies successives, s’est présenté à mon observation le 23 juin 1845. II m’a raconté que dans son enfance il avait été affecté d’une hématurie qui avait disparu après une durée de plusieurs mois. Dans sa jeunesse, il eut une blennorrhagie, qui fut imparfaitement traitée et qui se compliqua d’abord d’épididymite, et plus tard d’une irritation très douloureuse et prolongée du col de la vessie.
Pendant plusieurs années, le malade rendait avec difficulté des matières glaireuses et présentait les symptômes rapportés au catarrhe vésical. Délivré de cette indisposition par divers moyens dont il n’a pu me rendre compte, Sér...i s’exposa de nouveau à contracter la syphilis et fut atteint de blennorrhagie et de chancres au gland. Un traitement abortif ayant fait disparaitre promptement ces symptômes, Sér...i se crut guéri et ne subit aucun traitement général.
Plusieurs années après surviennent une éruption syphilitique sur le cuir chevelu, une ulcération considérable au voile du palais et des douleurs ostéocopes. Le malade se décida à entrer à l'hôpital général de Montpellier, où il fut méthodiquement traité par la liqueur de Van-Swiéten,
(1) BouISSoN, Tribut à la chirurgie.