CHAPITRE PREMIER
Anatomie pathologique.
Le rein des tuberculeux est rarement tout à fait sain. Bien souvent, il est vrai, ses altérations sont légères et peuvent passer inaperçues, mais il n’en est pas toujours ainsi, et plusieurs de nos malades sont morts avec des signes absolument nets d'insuffisance urinaire.
Comme dans toutes les néphrites infectieuses, les lésions portent à la fois sur les divers tissus du rein, et les aspects variés que la glande présente à l’autopsie dépendent moins d’une localisation exclusive des altérations sur telle ou telle partie de l'organe que de l’intensité et de la rapidité du processus dont elles dérivent (1). On ne saurait donc distinguer dans les néphrites consécutives à la tuberculose une forme interstitielle et une forme épithéliale, puisque le glomérule, le tissu interstitiel, les épithéliums et les vaisseaux sont simultanément altérés, comme nous allons nous en rendre compte par l'examen des préparations microscopiques.
Pour pratiquer cet examen et éviter les erreurs d’interpré-
(1) Braurr, Traité de médecine (Charcot, Bouchard), 1893, t. V, article néphrite.
BRauLT, Congrès de Moscou et Presse médicale, août 1897, n° 63, 67 et 68.
CoRniL et BRAULT, Pathologie du rein. Paris, 1884.
tation si faciles à commettre quand les lésions sont légères, nous avons comparé chaque coupe à d’autres coupes de rein normal pris chez des animaux parfaitement sains. Tantôt l'organe était enlevé immédiatement après la mort, tantôt nous le laissions en place vingt-quatre heures afin de pouvoir tenir compte des altérations cadavériques. Celles-ci nous ont toujours paru avoir une importance minime, même par les temps les plus chauds, et au simple examen des coupes il était impossible de distinguer les uns des autres, les reins recueillis de suite et les reins restés en place vingtquatre heures après la mort.
L'alcool dont nous nous servions ordinairement comme agent fixateur a une influence plus manifeste : il produit sur les épithéliums un certain degré de rétraction, de sorte que le revêtement cellulaire paraît un peu moins épais qu'après fixation par l’acide osmique, par exemple. Mais là encore les modifications sont assez faibles, et il est facile d’en tenir compte.
Enfin, notre maître, M. le docteur Caussade, a bien voulu prendre la peine d’examiner chacune de nos pièces et de vérifier l'exactitude des descriptions; nous pouvons donc considérer l’étude anatomique qui va suivre comme répondant exactement à la réalité des faits.
Alors même que pendant la vie les symptômes de néphrite font absolument défaut, on peut trouver après la mort des altérations manifestes, mais celles-ci sont toujours faibles et restent localisées à un petit nombre d'éléments. Il y à donc,
au cours de la tuberculose, à côté des néphrites confirmées qui se révèlent par des symptômes cliniques, d’autres néphrites, les néphrites latentes, dont nous aurons plus tard à
apprécier l’importance.
SI
Néphrites latentes.
Ces néphrites ne se révèlent guère que par des lésions histologiques, et ces lésions elles-mêmes sont ordinairement légères. Cà et là quelques glomérules sont atteints d’une sclérose légère ou présentent une quantité anormale de cellules jeunes que les réactifs colorent vivement. Le tissu intertubulaire est, par places, un peu épaissi. Sur les tubes contournés, certaines cellules épithéliales ont perdu leur affinité pour les matières colorantes et prennent un aspect granuleux; elles se vident, par leur sommet, dans la lumière des tubuli, au milieu desquels on retrouve les débris de leur protoplasma; tantôt leur noyau est encore bien visible, tantôt il est décoloré ou même disparaît totalement. Mais les cellules ainsi atteintes d’une dégénérescence profonde sont rares, et ce que l’on observe le plus communément, c’est un état frangé très marqué du bord libre de l’épithélium dont tout le sommet est abrasé. Dans ce cas, la partie basale persiste et conserve son aspect ordinaire, et le revêtement cellulaire dans son ensemble paraît encore très suffisant pour accomplir la part de travail qui lui revient dans la dépuration sanguine.