CHAPITRE III
Toxicité urinaire.
Les résultats fournis par les recherches expérimentales sur la toxicité urinaire méritent d’être examinés avec soin, car ils ont pour nous la plus grande importance. Ils peuvent nous renseigner en effet sur la façon dont s’accomplit la fonction capitale du rein, c’est-à-dire la dépuration du sang. Nous avons donc cherché à rendre cette étude aussi claire que possible en la divisant en deux paragraphes : le premier uniquement consacré à l'exposé des résultats obtenus par les auteurs qui nous ont précédé et par nous-même; le second consacré à la discussion de ces résultats.
SI
Exposé des résultats obtenus dans la recherche de la toxicité urinaire chez les tuberculeux.
Plusieurs observateurs ont signalé chez les tuberculeux une diminution presque constante de la toxicité urinaire. M. le docteur Chrétien (1), qui a recherché cette toxicité dans
(1) CaréTren, Essai clinique et expérimental sur la fièvre des tuberculeux. Thèse de Paris, 1896.
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vingt cas, l’a trouvée douze fois très faible, et Cantieri (1), dont il cite les conclusions, est arrivé avant lui au même résultat.
Malheureusement, MM. Chrétien et Cantieri se contentent d'indiquer dans leurs travaux le nombre de centimètres cubes nécessaire pour tuer le lapin d’un kilo, ce qui est tout à fait insuffisant pour donner une idée exacte de la façon dont se fait la dépuration urinaire. Il faut tenir compte, en effet, non seulement du pouvoir toxique de l'échantillon des urines examinées, mais aussi de la quantité totale de ces urines et du poids de l'individu. Or, M. Chrétien a négligé ces deux derniers facteurs, et comme il n'indique pas le poids de ses malades, il nous à été impossible d'établir pour chacun d’eux le coefficient urotoxique, selon la méthode du professeur Bouchard (2). De plus, M. Chrétien a poussé ses injections avec une si grande lenteur, que les animaux ont eu tout le temps d'éliminer, par des mictions abondantes, une bonne partie du liquide introduit dans leur circulation, et l’on remarque, en effet, sur le tableau des expériences que, dans la plupart des cas, la toxicité est inversement proportionnelle à l'abondance des mictions du lapin.
Les expériences de M. le docteur Lenoir (3) sont, au contraire, beaucoup plus précises, car il a pris soin d'indiquer le coeflicient urotoxique. Il est arrivé au chiffre moyen de 0.245, notablement inférieur au coefficient normal (0.550).
Dans nos expériences personnelles, nous avons trouvé un nombre un peu plus élevé (en moyenne 0,380), mais qui reste
(1) Canriert, Ulteriori experienze sulle urine dei tuberculosi inoculati colla linfa di Koch. Rivista clinica. 1894.
(2) Boucuarp, Aulo-intoxications.
(3) LexorR, Albuminurie chez les phtisiques. Thèse de Paris, 4890.
cependant au-dessous du coefficient des personnes bien portantes.
Il paraît donc bien démontré que dans la tuberculose la toxicité urinaire est notablement diminuée. Reste à savoir, maintenant, quelle interprétation il convient de donner à ce résultat expérimental.