‹ Contribution à l'étude des néphrites consécutives à la tuberculoseChapitre 28 sur 34 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Personnelle.)

Résumé. — Tuberculose pulmonaire diffuse. Aucun symptôme d’altérations rénales pendant la vie. A l’examen histologique, sclérose légère du rein et ulcération superficielle de la plupart des épithéliums sécréteurs. Conservation de la partie basale de ces épithéliums.

C..., Louis, 36 ans. Employé de chemin de fer. Entré le 17 janvier 1897 à l'hôpital Necker, salle Bouley, n° 16. Mort le 12 mars 1897.

Le malade paraît avoir été contagionné par sa femme, morte de tuberculose pulmonaire en novembre 1896. Il tousse depuis le mois de juillet de la même année.

Il se décide à entrer à l'hôpital le 17 janvier 1897 et présente à ce moment des signes nets de tuberculose.

Lorsque nous l’examinons pour la première fois, au mois de mars, nous constatons dans les deux poumons des râles sous-crépitants diffus qui prédominent aux sommets, mais nousne trouvons pas chez lui de phénomènes cavitaires.

Les bruits du cœur sont bien frappés, un peu rapides. Il n’existe pas de bruit de galop, pas d’hypertrophie cardiaque.

Il n’y a rien dans les antécédents ni dans l’état actuel qui puisse faire songer à une lésion des reins. La quantité des urines est un peu au-dessous de la normale (900 cce.), mais il n’y a pas trace d’albumine.

Il n’existe pas de diarrhée, mais le malade se plaint de transpirations abondantes.

La température est constamment élevée, avec légères oscillations.

L'état général est mauvais : le malade, très amaigri, pâle et cyanosé, présente un degré avancé de cachexie.

L'examen de la toxicité urinaire nous montre que le coefficient urotoxique est de 0.380, inférieur par conséquent au coefficient urotoxique normal.

Autopsie. — Le malade succombe le 12 mars, et à l’autopsie nous constatons des tubercules confluents dans les deux tiers supérieurs de chaque poumon. Dans le tiers inférieur, surtout à droite, le parenchyme est peu altéré.

Le foie est de volume normal, et présente à la coupe l’aspect du foie muscade. Il résiste à la pression et paraît légèrement sclérosé. On ne constate pas de dégénérescence graisseuse.

Les reins ont leur volume ordinaire, mais la capsule est par places légèrement adhérente. La substance corticale présente une teinte blanc jaunâtre, les pyramides sont légèrement rétractées. Il n'y a pas de dégénérescence amyloïde, mais on rencontre, dans la substance corticale, quelques rares granulations tuberculeuses.

Examen histologique. — Les glomérules présentent un léger épaississement de leur membrane d’enveloppe : on note également un léger épaississement des espaces intercanaliculaires.

Sur un grand nombre de tubuli le revêtement épithélial est réduit à une mince couche protoplasmique, qui suffit à peine à loger les noyaux. Sur ces tubes, toute la partie supérieure des cellules s’est abrasée dans la lumière du canalicule, où l’on retrouve le protoplasma cellulaire sous forme de granulations, dessinant des arborisations très fines et à peine colorables. Sur d’autres tubes, le revêtement cellulaire est beaucoup moins aminci; mais, sauf en de certains points où les cellules sont complètement desquamées, tous les épithéliums, qu'ils soient abrasés ou non, continuent à prendre énergiquement la matière colorante.

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NÉPHRITES CONFIRMÉES

OgsERvATION VI

(Personnelle.)

Résumé. — Néphrite subaiguë ayant entraîné la mort par urémie comateuse. Légère hypertrophie du cœur. État cirrhotique du foie. — Tachycardie, æœdèmes étendus, albuminurie légère et oligurie très marquée. — Ni sueurs, ni diarrhée.

B..., Jean-Baptiste, 48 ans, tonnelier. Entré le 4° mars 1895 à hôpital de la Pitié, salle Monneret, n° 6. Mort le 24 mai 1895.

B... n’a pas dans sa famille d’antécédents tuberculeux; son père est mort de pneumonie, sa mère est morte de paralysie. Lui-même s’est toujours bien porté jusqu’en 41891; mais, à ce moment, il a commencé à tousser, à maigrir, à perdre l’appétit.

Lorsque nous l’examinons (3 mai 1895), il existe aux deux sommets des signes d’induration pulmonaire avec quelques râles humides, et les crachats contiennent une grande quantité de bacilles de Koch. La dyspnée est considérable, le pouls faible et irrégulier. Les membres inférieurs sont œdématiés, et nous trouvons un peu d’albumine dans l’urine (0 gr. 20 centigr. d’albumine par litre).

À partir du 15 mai, la quantité des urines commence à diminuer : le 17 mai, le malade n’émet que 800 grammes d'urine, et l’œdème remonte jusqu’à la région lombaire. La quantité d’albumine reste la même.

Le 18, le taux des urines tombe à 650 grammes; l’albumine augmente un peu (0 gr. 50), et la respiration prend le type de Cheyne- Stokes.

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Le 19, la quantité des urines est de 500 grammes seulement; la respiration, qui le matin était assez régulière, quoique rapide, reprend dans la soirée le type de Cheyne-Stokes qu’elle garde jusqu'à la mort. Le pouls est très faible, et bat cent vingt fois à la minute. Les téguments sont pâles, la langue blanche et humide. Les signes sthétoscopiques ne se modifient pas.

Du 20 au 22 mai, l’état reste le même, mais le taux des urines tombe à 300 grammes. La quantité d’albumine varie de 0 gr. 30 à O gr. 50.

Le malade meurt le 24 mai.

Autopsie. — À l'ouverture du thorax, on trouve dans la plèvre droite 500 grammes environ de liquide citrin. Le poumon droit présente une sclérose étendue à tout le lobe supérieur. Entre les bandes scléreuses se trouvent des tubercules de grosseur variable, la plupart du volume d’une lentille; le lobe inférieur est le siège d’un œdème assez prononcé.

Les lésions du poumon gauche sont très analogues aux précédentes ; même induration scléreuse du sommet, même œdème de la base. Mais la sclérose est un peu moins étendue, et les tubercules moins nombreux.

Le cœur est augmenté de volume, le muscle cardiaque un peu pâle, toutes les valvules et la crosse aortique sont saines.

Le foie, plutôt petit et de couleur pâle, résiste à la pression du doigt. On constate, au microscope, qu’il existe dans les espaces porto-biliaires de larges bandes de sclérose.

Les reins sont légèrement augmentés de volume et pèsent respectivement 170 et 180 grammes. Ils sont blanchâtres, se décortiquent facilement, et l’on constate à la coupe que la substance corticale est augmentée de volume; les pyramides paraissent saines.

Examen histologique. — L'examen histologique montre des lésions assez avancées. Il existe une sclérose manifeste qui atteint à la fois les vaisseaux sanguins, les glomérules et leur capsule, les

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espaces intertubulaires sans prédominance marquée au niveau de l’un de ces systèmes. Il semble pourtant, en certains points, que les artérioles soient le centre de productions conjonctives plus épaisses.

Les épithéliums sont altérés surtout au niveau des tubes contournés. Le revêtement cellulaire de ces tubes est réduit, dans certaines parties, à une bande de protoplasma granuleux à peine coloré et privé de noyaux. A côté de ces cellules, fusionnées entre elles et profondément altérées, on en rencontre d’autres plus légèrement atteintes, mieux colorées, ayant conservé leurs contours et possédant un noyau très net, quoique généralement pâle. Enfin d’autres cellules, peu nombreuses, il est vrai, paraissent intactes. Ces cellules ont un noyau ordinairement plus petit que les cellules précédentes, mais fortement coloré. En somme, il s’agit dans ce cas d’une néphrite subaiguë, dans laquelle les altérations interstitielles et les lésions épithéliales semblent à peu près également développées.

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