‹ Contribution à l'étude des néphrites consécutives à la tuberculoseChapitre 29 sur 34 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Personnelle)

Résumé. — Néphrite chronique, avec lésions épithéliales et sclé-

rose considérables.

Mort par urémie. — Pendant la vie : œdèmes très étendus, polyuric, albuminurie légère. — Pression artérielle égale à 12. — Coefficient urotoxique très faible (0.250). |

S..., Charles, 66 ans, matelassier. Entré le 4% septembre 1897 à l'hôpital Necker, salle Bouley, n° 7. Mort le 25 septembre 1897,

Ce malade, qui arrive à l'hôpital avec de grosses lésions cavitaires du sommet gauche et un ramollissement étendu du poumon droit, fait remonter à dix-huit mois environ le début des accidents. Il avait toujours joui auparavant d’une excellente santé.

et ne présentait, en particulier, aucun symptôme de néphrite.

Lorsqu'il entre dans le service, on note un œdème considérable qui remonte à l’épigastre, et existe depuis un mois. Il n’y a pas d’ascite, mais les urines, dont le taux atteint 2 lit. 1/2 au moins, sont légèrement albumineuses et assez hautes en couleur.

Le malade n’a pas de sueurs, pas de vomissements, pas de diarrhée, et la température reste normale.

L'état ne se modifie pas pendant les quinze premiers jours de traitement, malgré le régime lacté absolu.

A partir du 18 septembre, le malade se plaint d'étouffer, et cette oppression continue les jours suivants en présentant de temps à autre des paroxysmes.

Le 20 septembre, le pouls bat 110 et paraît plus régulier que les premiers jours. La pression artérielle est faible; elle atteint à peine 12, et nous trouvons comme coefficient urotoxique 0.250.

Le 23, le malade tombe dans le coma et présente à partir du 24 de la respiration de Cheyne-Stokes. Le pouls est faible et assez rapide. La mort survient le 25.

Autopsie du 27 septembre. — Nous n'avons pu enlever que les reins. Leur volume est à peu près normal. La substance corticale, légèrement épaissie, présente une teinte blanchâtre. Les pyramides sont saines. Lorsqu'on essaye de détacher la capsule d’enveloppe, on remarque une certaine adhérence et un état chagriné de la surface de l’organe.

Examen histologique. — Autour de tous les glomérules on constate une sclérose très marquée. Les bouquets glomérulaires sont pour la plupart rétractés, le tissu intertubulaire est, lui aussi, fort épaissi. Mais c'est autour des vaisseaux, et surtout autour des vaisseaux d’un certain calibre, que la sclérose atteint son maximum de développement : elle se présente alors sous forme de larges îlots qui rayonnent dans les parties voisines du parenchyme et en compriment les éléments.

Sur les préparations à l'acide osmique, on constate que certaines

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cellules des tubes contournés renferment des granulations graisseuses, mais la lésion la plus appréciable consiste dans une fonte de ces épithéliums, qui, en certains points, sont complètement exfoliés. La lumière des tubuli est remplie de détritus granuleux qui résultent de la destruction des cellules, et on ne voit qu’exceptionnellement, en des points très localisés, un épithélium présentant des caractères à peu près normaux. En somme, ce qu’il y a de plus frappant dans l’examen des coupes, c’est une sclérose énorme et un abrasement considérable du revêtement épithélial des tubuli contorti.

Ogservation VIII

(Personnelle.)

Résumé. — Tuberculose pulmonaire à forme scléreuse. Mort dans une crise violente de dyspnée. À l’autopsie, léger œdème de la base des poumons. Gros reins blancs. Pendant la vie, légère albuminurie et un peu d’œdème lombaire.

T..., Paul, 45 ans, infirmier. Entré le 25 février 14894 à l'hôpital de la Pitié, salle Monneret, n° 3. Mort le 8 mai 1895. Autopsie.

Ce malade, dont les antécédents héréditaires sont bons, a toujours eu une santé satisfaisante jusqu’en 1894; sauf une fièvre typhoïde à l’âge de 18 ans, il ne se rappelle pas avoir eu une maladie sérieuse. Il était infirmier à l’Hôtel-Dieu lorsque les premiers symptômes de tuberculose apparurent, six mois environ après son entrée dans le service. À cette époque, il fut pris brusquement de malaises, de frissons répétés et, quelques jours plus tard, d’une hémoptysie assez abondante.

Après avoir été dans plusieurs hôpitaux, il arrive à la Pitié, le 25 février 1894. Au moment où nous l’examinons pour la première fois, le 4e mai 1895, nous lui trouvons une caverne au sommet droit et des signes de ramollissement encore peu accentués à gauche.

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Les urines renferment un peu d’albumine (0 gr. 50 par litre), et il existe un léger œdème de la région lombaire. Bientôt la quantité des urines diminue en même temps que l’œdème augmente.

Le 6 mai, la quantité des urines émises en 24 heures ne dépasse pas 250 grammes, et la respiration devient un peu saccadée.

Le 8 mai, l’œdème augmente encore, les urines restent rares, et le malade a ce jour-là une crise violente de dyspnée. Quelques ventouses scarifiées amènent une légère rémission, mais dans la soirée un nouvel accès de dyspnée survient et emporte le malade.

Autopsie. — A l’autopsie on constate des ecchymoses du péricarde et de la dilatation du cœur droit sans lésions valvulaires notables.

À la base des deux poumons, il existe de l’infiltration œdémateuse. Le poumon gauche ne contient pas de tubercules, mais tout le lobe supérieur du poumon droit est transformé en un bloc scléreux d’une grande dureté. Dans l’épaisseur de ce bloc scléreux se trouvent plusieurs cavernes dont la plus grosse a les dimensions d’un œuf de pigeon. On trouve enfin dans le lobe moyen quelques tubercules disséminés.

Le foie est très congestionné.

Les reins sont volumineux : l’un pèse 200 grammes, l’autre 250 grammes. Ils sont lisses et blanchâtres et se décortiquent facilement. La substance corticale, très épaissie, atteint 2 centimètres. Les colonnes de Bertin participent à cette hypertrophie, et la substance médullaire paraît très réduite.

Il s’agit, en somme, de gros reins blancs typiques.

OBsERVATION IX

(Personnelle.)

Résumé. — Tuberculose pulmonaire. Mort dans le marasme. Durant la vie, albuminurie, œdèmes et urines rares. A l’autopsie, tuméfaction et dégénérescence granuleuse des épithéliums. Sclérose glomérulaire et intertubulaire peu prononcée.

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R..., Élisa, 30 ans. Entrée le 3 mai 4895 à l'hôpital de la Pitié, salle Cruveilher, n° 15. Morte le 8 septembre 1895.

Cette malade, dont les antécédents héréditaires sont bons, présente à son entrée des signes cavitaires au sommet des deux poumons. Les lésions sont plus marquées à droite. R... est atteinte, en outre, de phtisie laryngée. Le début de la tuberculose parait remonter à un an. Actuellement, l’état général est mauvais. Les digestions sont difficiles, et souvent surviennent des vomissements alimentaires. Il n’y a pas de diarrhée. Les urines sont d’abondance et de coloration normales, mais assez fortement albumineuses (50 centigrammes par litre, en moyenne).

Le 15 juillet, on remarque au niveau des jambes un léger œdème qui persiste et augmente même les jours suivants.

L'état général s'aggrave de plus en plus, et le 8 septembre la malade meurt dans le marasme.

Autopsie. — Au sommet du poumon droit on constate l’existence d’une volumineuse caverne. Une seconde caverne se trouve au sommet du poumon gauche, mais elle est beaucoup plus petite. Dans toute l’étendue des deux poumons existent des tubercules disséminés en voie de ramollissement.

Le cœur est normal.

Le foie est volumineux et gras.

Les intestins présentent un grand nombre d’ulcérations.

Les reins, plutôt petits (rein droit, 110 grammes, rein gauche, 180 grammes), se décortiquent facilement. Ils présentent une teinte pâle, surtout au niveau de la substance corticale, qui paraît un peu épaissie.

Examen histologique. — L’examen histologique permet de constater des lésions portant à la fois sur le tissu conjonctif et les épithéliums. A un faible grossissement, on constate que la lumière des tubuli a disparu presque partout. Ces canalicules sont remplis par une masse protoplasmique peu colorée, d'aspect homogène, qui

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est due à la tuméfaction des cellules fusionnées les unes avec les autres. En augmentant le grossissement, on voit que ces cellules tuméfiées et troubles ont conservé leurs noyaux. Mais ceux-ci sont eux-mêmes peu colorés. En certains points des préparations, il existe des zones dans lesquelles les cellules ne sont plus troubles, mais granuleuses et vacuolaires. En ces points, le protoplasma n’est pour ainsi dire pas coloré. Cependant les noyaux sontencore bien visibles.

On remarque que, dans les points où les cellules sont granuleuses, elles sont uniformément décolorées dans toute leur étendue, tandis que dans les points où elles ont subi la tuméfaction trouble, la partie basale reste toujours plus colorée que la partie qui est située près de la lumière du tube contourné.

Le tissu conjonctif intertubulaire est altéré. et ses travées sont épaissies. Il en est de même de la membrane qui circonserit la cavité glomérulaire. Les glomérules eux-mêmes sont peu sclérosés.

Quant aux vaisseaux sanguins, ils ne paraissent pas avoir subi d’altérations, et leurs parois ne sont pas hypertrophiées.

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