OBSERVATION X
(Personnelle)
Résumé. — Phtisie galopante. Mort par hémoptysie foudroyante. Pendant la vie, petite quantité d’albumine. Altérations du rein très légères.
F..., Édouard, 34 ans, chiffonnier. Entré le 47 mars 1897 à l’hÔpital Necker, salle Bouley, n°16. Mort le 28 mars 1897.
La tuberculose paraît avoir débuté chez ce malade au mois de Janvier dernier. Il a eu à ce moment une série d’hémoptysies, et l’état général a commencé à devenir mauvais.
À son arrivée dans le service, nous constatons des signes cavitaires aux deux sommets, et dans toute la hauteur des poumons des râles de bronchite très abondants.
Le
Les autres organes ne présentent pas de grosses lésions.
Les digestions sont régulières, il n’y a pas de diarrhée.
Les urines sont d’abondance normale, mais elles contiennent un léger disque d’albumine en même temps qu’une quantité assez notable d’acide urique. Elles sont claires et sans dépôt.
Il n'existe aucun autre signe de néphrite : pas d’œdèmes, pas de céphalée, pas de troubles de la vue, pas de petits signes de brightisme.
Les bruits du cœur sont masqués par les sibilences pulmonaires : Je pouls est rapide et dicrote.
Le foie et la rate paraissent sains.
La température est élevée et oscille entre 39 degrés le matin et 390,5 le soir.
19 mars. — Le malade à eu une nouvelle hémoptysie et crache encore un peu de sang.
22 mars. — L’hémoptysie, qui s'était arrêtée hier, reparaît aujourd'hui. Les lésions pulmonaires semblent faire de rapides progrès et les signes cavitaires sont beaucoup plus étendus. On trouve en outre dans toute la hauteur des poumons des râles sous-crépitants fins. L'état général s’est notablement aggravé.
Le malade a des transpirations abondantes, mais pas de diarrhée.
Dans l’urine on constate toujours la même quantité d’albumine.
29 mars. — La mort survient par hémoptysie foudroyante.
Autopsie. — Les deux poumons sont remplis de tubercules en voie de ramollissement, et l’on constate dans tout le parenchyme de nombreuses cavernules.
Le cœur est surchargé de graisse, et le myocarde est très pâle.
Le foie, notablement hypertrophié, présente une consistance molle et a subi la dégénérescence graisseuse.
Les reins ont leur volume normal, mais leur coloration est pâle. Ils ne paraissent pas notablement altérés à l’examen macrosco-
pique.
Examen histologique. — On remarque au niveau de certains
ns (ie
glomérules une infiltration embryonnaire abondante. Un grand nombre de tubes contournés sont remplis de détritus granuleux résultant d’une fonte très superficielle des cellules. Mais dans l’ensemble le revêtement épithélial conserve une épaisseur suffisante, le protoplasma et les noyaux prennent bien les matières colorantes. Les lésions du rein sont donc en somme très légères.
OBSERvATION XI
(Personnelle)
. Résumé. — Cavernes pulmonaires. Albuminurie abondante (6 gr. par litre), sans autre symptôme d’altération rénale. A l’autopsie, lésions épithéliales légères des tubes contournés, sclérose modé-
rée des capsules glomérulaires. Hypertrophie notable du tissu conjonctif périvasculaire.
P..., Jules, 54 ans, couvreur. Entré le 9 mai 1897 à l'hôpital Necker, salle Bouley, n° 35. Mort le 10 mai 1897.
P... arrive à l'hôpital dans un état d’affaiblissement extrême. Tout ce que nous pouvons apprendre en l’interrogeant, c’est qu’il tousse depuis le mois de janvier de cette année; que depuis cette époque il s’amaigrit et perd ses forces; qu'il a eu de grandes privations, et que depuis quinze jours il a dû cesser tout travail. Il se plaint surtout de gêne de la respiration, et nous constatons en effet chez lui une dyspnée assez considérable. Sa langue est sèche, il a de la fièvre, et nous lui trouvons au sommet droit une grosse caverne. Le poumon gauche paraît au contraire très peu lésé. Les urines sont peu abondantes, troubles et foncées en couleur. Elles contiennent une grande quantité d’albumine : le dosage par le réactif d'Esbach indique 6 gr. 1/2 par litre. Elles ne renferment pas de sucre. Nous ne constatons pas le moindre œædème. Le sys-
tème circulatoire paraît en bon état, et les artères sont remarquablement souples.
Autopsie. — Le malade succombe le lendemain de son entrée, et l’autopsie nous montre au sommet droit du poumon plusieurs cavernes dont la plus grosse a le volume d’un petit œuf de poule. Dans le reste du parenchyme, quelques granulations tuberculeuses disséminées et une infiltration assez abondante de liquide spumeux qui s’écoule à la section.
Le poumon gauche présente la même infiltration séreuse, mais nous ne constatons dans ce poumon aucune trace de tubercule. A sa surface, des fausses membranes assez épaisses indiquent une ancienne inflammation pleurale.
Le foie est pâle et a subi la dégénérescence graisseuse.
Le cœur ne présente pas de grosses lésions : ses valvules sont saines, l’aorte est absolument normale.
Les reins sont petits, de couleur pâle. Ils se décortiquent assez facilement, mais la substance corticale est peu épaisse et paraît atrophiée. Enfin, l’on constate la présence d’un petit kyste à l’extrémité du rein droit.
Examen histologique. — On constate autour des vaisseaux une notable hypertrophie du tissu conjonctif. Quelques capsules glomérulaires sont très légèrement épaissies.
La plus grande partie des tubes contournés ont un épithélium absolument sain; sur quelques-uns d’entre eux, pourtant, il existe un léger degré d’abrasement des cellules, et dans ces points la lumière des tubuli renferme quelques amas granuleux.
OBsERVATION XII
(Personnelle)
Résumé. — Intoxication alcoolique ancienne. Tuberculose pulmonaire. Durant la vie : pollakyurie et albuminurie légère. Quelques altérations du rein à l'examen microscopique. Dilatation du cœur droit expliquant un bruit de galop constaté pendant la vie.
B..., âgé de 45 ans, journalier. Entré le 22 juillet 1895 à l’hôpital de la Pitié, salle Monneret, n° 4. Mort le 20 octobre 1895. Autopsie.
B... est un vieil alcoolique adonné surtout au vin et à l’absinthe. Sans antécédents héréditaires, il n’a jamais eu de maladie sérieuse. Il y a six mois, une pleurésie gauche l’a amené à l'hôpital, où il a subi deux thoracentèses. Il estsorti incomplètement guéri, et l’épanchement n’a pas tardé à se reproduire. Il se décide donc à rentrer de nouveau à l’hôpital et est admis salle Monneret, le 22 juillet 1895. Une nouvelle thoracentèse nous fait constater un épanchement assez abondant et légèrement hémorragique, mais nous ne pouvons savoir de quelle nature était le liquide retiré dans les thoracentèses précédentes, le malade n’ayant pas remarqué la couleur de ce liquide.
En auscultant les deux sommets, on constate des signes de ramollissement diffus plus étendu à droite qu’à gauche,
Le cœur, repoussé par la pleurésie, bat sous le sternum et ne reprend pas sa place après évacuation de l’'épanchement. Il présente un bruit de galop des plus nets, et le second bruit est fortement claqué.
Le foie, légèrement augmenté de volume, est le siège d’une douleur spontanée que la pression exagère. Cette douleur est attribuée à de la périhépatite. Les veines de la paroi abdominale sont légèrement dilatées, surtout à droite et au-dessus de l’ombilic.
La rate est grosse et déborde les fausses côtes, mais l’épanchement pleural empêche de reconnaître ses limites supérieures.
L’estomac très dilaté descend à deux travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Cette dilatation ne s’accompagne pas de troubles fonctionnels graves, et le malade se plaint seulement de pesanteur après les repas et de lenteur des digestions.
L'intestin est sain.
Les urines, abondantes et claires, sont légèrement albumineuses.
Il existe en même temps un peu de pollakyurie. Il n’y a pas trace d’æœdème.
PT
L'amaigrissement est considérable. Une toux quinteuse presque incessante rend le sommeil impossible.
La température est normale.
Jusqu'au 20 septembre, aucun phénomène nouveau ne se produit. L’épanchement pleural ne s’est pas reproduit, et la température reste bonne. Mais du 20 au 30 septembre, nous assistons à une aggravation manifeste de l’état général : la fièvre apparaît et atteint bientôt 39°,5, le malade a de la dyspnée, les troubles digesüfs augmentent sans que l’auscultation révèle de modifications sensibles dans l'appareil pulmonaire.
À partir du 30 septembre, tout paraît rentrer dans l’ordre, et la température redevient normale, mais cette amélioration est de courte durée.
Le 15 octobre apparait une phlébite de la jambe gauche, sans élévation de la température. On constate en même temps un peu de dyspnée qui s’installe lentement, mais reste modérée.
Le 20 octobre le malade succombe brusquement.
Autopsie. — À l’autopsie, on constate qu’il existe dans la plèvre 500 grammes environ de liquide purulent. Au sommet du poumon gauche, se trouve une caverne grosse comme un œuf de pigeon et deux ou trois cavernules ainsi que quelques tubercules en voie de ramollissement.
Ces lésions sont entourées d’une épaisse couche de tissu scléreux.
Le poumon droit renferme quelques tubercules disséminés.
Dans les deux poumons il existe de la dilatation bronchique.
Le cœur ne présente pas de lésions valvulaires, pas d’hypertrophie de ses parois, mais le ventricule droit est notablement
dilaté.
Le foie est gras, légèrement augmenté de volume, sans trace de
cirrhose.
Les reins, de coloration blanchâtre, se décortiquent facilement
et ne présentent pas d’altérations notables de leur parenchyme.
Examen histologique. — L'examen histologique a montré que les
NT
altérations des reins étaient en somme très minimes. À un faible grossissement on voit que les glomérules sont sains, que les tubes contournés sont revêtus d’un épithélium d'épaisseur normale formé de cellules dont le protoplasma et le noyau sont bien colorés. Le tissu conjonctif intertubulaire n’est pas épaissi, non plus que les parois vasculaires. Avec un grossissement plus considérable on constate cependant quelques altérations cellulaires. On trouve, en effet, dans certains tubes contournés, des cellules dont la partie qui touche à la lumière du tube est plus claire que celle des cellules voisines, mais leur partie basale et leur noyau restent bien colorés, et en aucun point des préparations on ne constate d’altérations profondes ou étendues à un grand nombre de tubes.
ORSERvATION XIII
(Personnelle.)
Résumé. — Tuberculose pulmonaire. Albuminurie et œdèmes légers. Mort par asphyxie progressive. A l’autopsie, reins altérés présentant l’aspect du gros rein blanc.
P..., Auguste, âgé de 34 ans, journalier. Entré le 26 août 1895 à l'hôpital de la Pitié, salle Monneret. n° 6. Mort le 29 août 1895. Autopsie.
Au dire du malade, le début de sa tuberculose remonterait à six mois. À son entrée, on constate des râles sous-crépitants disséminés dans toute l'étendue du poumon droit et une absence totale du murmure vésiculaire dans la plus grande partie du poumon gauche. De ce côté, on n'entend la respiration que tout à fait au voisinage de la colonne vertébrale et au sommet. La sonorité thoracique étant conservée, on pense. malgré l’absence du bruit d’airain et du souffle amphorique, à un pneumothorax fermé avec rétraction du poumon le long de la colonne vertébrale, contre laquelle il doit être comprimé par une plèvre très épaisse.
TS a:
Les urines, peu abondantes, sont chargées et légèrement albumineuses. On note un peu d’æœdème des jambes.
L’oppression, déjà très forte à l’entrée, augmente progressivement, et le malade succombe le 29 août, emporté par les progrès de l’asphyxie.
Aulopsie. — À l’autopsie, on trouve le poumon gauche rétracté dans la gouttière costo-vertébrale et enfermé dans un sac épais de fausses membranes. Au sommet existe une caverne de la grosseur d’un œuf entourée d’une zone scléreuse. Le poumon droit renferme, dans son tiers supérieur, des tubercules disséminés et de nombreuses cavernules de la grosseur d’une noisette environ.
Le foie, légèrement hypertrophié, est peu altéré.
Le myocarde est pâle, toutes les valvules sont saines.
Lesreins sont gros et pèsent respectivement 180 et 200 grammes. Ils sont blancs, lisses et se décortiquent facilement. A la coupe on trouve la substance corticale pâle et augmentée de volume, avec stries jaunâtres perpendiculaires à la surface. Les pyramides, qui ont conservé leur coloration ordinaire, paraissent réduites de volume, tandis que la substance corticale qui les sépare est plus ‘épaisse que normalement.
OBsERvATION XIV
(Personnelle.)
Résumé. — Vaste caverne pulmonaire. Pendant la vie, léger œdème des membres inférieurs sans albuminurie. A l’autopsie, altérations rénales manifestes. Dégénérescence graisseuse du foie.
B..., 32 ans, tanneur. Entré le T mars 1895 à l'hôpital de la Pitié, salle Monneret, n° 24. Mort le 13 juin 1895.
Les antécédents héréditaires de ce malade sont bons : son père
ne
et sa mère vivent encore et se portent bien. Il a perdu deux sœurs, mortes en bas âge : l’une de la coqueluche, l’autre du croup. Luimême est marié et a deux enfants bien portants : l’un est âgé de 48 mois, l’autre de 6 mois. B..., qui a fait son service en Algérie, n’a eu ni fièvre ni dysenterie, mais a contracté le goût de l’absinthe, dont il abuse encore maintenant.
Sa tuberculose paraît avoir débuté à l’automne de 1895 par une hémoptysie assez abondante. En mai 1894, il a une seconde hémoptysie à la suite de laquelle la toux et l’expectoration augmentent, tandis qu’il perd ses forces et commence à maigrir. Il entre à Lariboisière, puis à Cochin, puis à Necker, et enfin à la Pitié. où il passe le mois de janvier 1893. Il sort à cette époque et revient au mois de mars sans appétit ni sommeil, plus maigre et tellement affaibli qu’il peut à peine se lever.
Le température oscille aux environs de 38 degrés.
L’expectoration très abondante est formée de crachats nummulaires. On constate à l’auscultation un ramollissement étendu du sommet droit et une vaste caverne à gauche.
Le cœur est régulier, mais bat avec une grande rapidité : on compte 132 pulsations à la minute.
Le foie est sain en apparence.
Les urines sont claires, d’abondance normale et nullement albumineuses.
Il n’y à pas d’œdème à l'entrée.
L’æœdème n'apparaît que le 8 mai, et reste localisé aux pieds : à ce moment les urines ne sont toujours pas albumineuses.
Le malade meurt le 43 juin, sans avoir présenté de symptômes nouveaux.
Autopsie. — À l’autopsie on constate, outre les lésions pulmonaires diagnostiquées pendant la vie, de la dégénérescence graisseuse du foie, de la dilatation du ventricule droit du cœur et des altérations rénales que rien ne permettait de prévoir. Les reins, en effet, sont très volumineux : l’un pèse 240 grammes, l’autre 260 grammes. Ils sont blanchâtres, se décortiquent facilement et
présentent, à la coupe, une hypertrophie assez notable de leur substance corticale. L'examen histologique n’a pas été fait.