‹ Contribution à l'étude des néphrites consécutives à la tuberculoseChapitre 6 sur 34 · ET RER · texte numérisé non relu

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nerveuses et rénales paraissaient spéciales aux formes lentes de tuberculose obtenues par des cultures atténuées, et qu’elles étaient exceptionnelles dans les autres séries d'expériences.

Vers la même époque, Dujardin-Baumetz et Dubief hs apportant à l’Académie de médecine le résultat d’inoculations pratiquées chez le cobaye dans le but de vérifier les propriétés curatives de la lymphe de Koch, déclaraient que, bien loin d'observer une action bienfaisante quelconque, ils avaient vu leurs animaux succomber très rapidement, quelques-uns après avoir présenté des hémorragies rénales très intenses.

Quelques mois plus tard, MM. Grancher et H. Martin signalaient de nouveau des lésions rénales chez les animaux soumis aux vaccinations antituberculeuses (2). Ces vaccinations étaient faites, comme chacun sait, par inoculation de cultures plus ou moins virulentes de tuberculose aviaire, et l’immunité était vérifiée par l'injection intraveineuse d’une dose considérable de culture très virulente, soit de bacille humain, soit plus souvent de bacille aviaire. Or, parmi les lapins qui avaient résisté à cette épreuve, plusieurs étaient morts longtemps après, emportés par une néphrite albumineuse. On ne trouvait chez ces animaux ni tuberculose du rein, ni tuberculose des autres organes, mais le cœur gauche était souvent hypertrophié. On pouvait observer dans ce cas toutes les variétés de néphrites, depuis la néphrite mixte avec tuméfaction du rein et lésions épithéliales étendues jusqu’à l’atrophie mamelonnée de l'organe.

Si nous ajoutons à ces expériences celles de Maffucci (3),

(1) Dusarninx-Baumerz et Dugier, Académie de médecine, 10 février 1894.

(2) Congrès de la tuberculose. Paris, 1891. | |

(3) Marruccr, Dixième réunion de la Société italienne de chirurgie. Octobre

De

qui a provoqué des altérations profondes du sang, du cœur, de la rate et des reins, en injectant aux animaux les produits stérilisés des bacilles de la tuberculose; celles de Daunic (1), qui est arrivé au même résultat avec la tuberculine; celles plus récentes encore de Carrière (2), qui a pu obtenir des néphrites aiguës ou subaiguës suivant la dose de tuberculine

injectée, nous arrivons à avoir un nombre de faits assez con-

sidérable pour nous permettre d'apprécier le rôle des toxines

tuberculeuses dans la pathogénie des néphrites expérimentales. Et de ces expériences nous sommes autorisé à conclure, avec tous les auteurs qui se sont occupés de la question, que la tuberculine à elle seule, injectée aux animaux, est capable de provoquer chez eux des altérations graves du rein.

Mais les constatations expérimentales n’ont de valeur, pour le médecin, que si elles répondent à des observations qui leur soient comparables dans la pathologie humaine, et nous voici tout naturellement ramené à l'examen des faits cliniques.

Nous serons bref dans cette étude, car personne n’ignore plus, maintenant, que les essais de traitement par la lymphe de Koch ont reproduit chez l'homme des altérations rénales analogues à celles que les expérimentateurs avaient déterminées chez les animaux. On nous permettra cependant de rapporter avec quelques détails l'observation très importante de M. le docteur Chauffard (3).

(1) Daunic, Le rein des tuberculeux. Anatomie pathologique. Thèse de Toulouse, 1893. ,

(2) G. CaRRièRE, Etude expérimentale des altérations histologiques du foie el du rein produites par les toxines tuberculeuses. (Archives de médecine expérimentale. Janvier 1897.)

Fo Fe Néphrite par tuberculine. (Bulletin médical, 9 noyembre

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Il s’agit d’un malade de vingt-neuf ans atteint d’une tuberculose pulmonaire paraissant avoir débuté dans le mois de mai 1890. Le traitement par la lymphe de Koch est commencé le 8 janvier 1891. Les urines préalablement examinées n'étaient pas albumineuses. Immédiatement après l’injection, une albuminurie de 8 grammes par litre apparaît. La réaction générale avait été très intense.

L’albuminurie ayant diminué les jours suivants, le 15 janvier on pratique une nouvelle injection, et immédiatement lalbuminurie reparaît avec la même abondance qu'après la première injection. On cesse pendant quelques jours, etl’albuminurie diminue; on reprend, et lalbuminurie remonte. Vingt injections sont faites ainsi, et le malade reçoit 44 milligrammes de lÿmphe du 8 janvier au 19 février. Chaque injection était accompagnée d’une réaction thermique considérable.

Pendant toute la durée de ce traitement, le poids du malade augmente et il gagne au total 2,500 grammes. Mais il commence bientôt après à maigrir de nouveau, et lorsqu'il entre dans le service de M. Chauffard, le 28 juillet 1891, de 70 kilogrammes, son poids était tombé à 57 kilogrammes. Pendant les quinze mois qu'il passa à l’hôpital Broussais, sa tuberculose pulmonaire s’aggrava d’une façon continue. L’albuminurie resta considérable et oscilla entre 5 et 18 grammes en vingt-quatre heures. Cette albuminurie constituait avec une polyurie de deux à trois litres et quelques douleurs lombaires, les seuls symptômes rénaux. On ne constata qu’à la fin un léger œdème des jambes. La face était pâle, mais ne présenta jamais de bouffissure. La mort survint par cachexie.

A l’autopsie on trouva un gros foie amyloïde, et les reins

présentaient des lésions de glomérulo-néphrite diffuse avec dégénérescence amyloïde des glomérules et des artères intertubulaires. Dans la substance corticale, le tissu conjonctif était épaissi et riche en cellules rondes et fusiformes. Les tubuh contorti n'étaient plus revêtus que par des cellules basses, fusionnées par leurs bords, mais à noyaux nettement colorables. Les artérioles glomérulaires et les glomérules euxmêmes avaient subi d’une façon à peu près complète la dégénérescence amyloïde.

Cette observation, qui a la netteté d’une expérience, nous montre d’une façon évidente que la tuberculine peut provoquer chez l’homme des altérations épithéliales et des altérations interstitielles comparables à celles qui ont été vues chez les animaux, et qu'elle peut même amener de la dégénérescence amyloïde.

Or ce cas n’est pas une exception, et au cours des essais thérapeutiques qui ont été faits avec la lymphe de Koch, on a constaté bien des fois des symptômes d’altérations rénales. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire Le rapport présenté par les médecins de l'hôpital Saint-Louis à la Société de dermatologie (1) en février 1891 : on y trouve indiquées, parmi les accidents imputables aux inoculations, l’albuminurie et l’hématurie. Ces accidents ne furent pas suivis de mort, comme dans le cas de M. Chauffard, grâce au soin que l’on prit de suspendre les injections dès que les symptômes devenaient alarmants. Mais à l'étranger il n’en est pas de même, et voici une observation du docteur H. V. Burkhardt (2), avec examen anatomo-pathologique du profes-

(1) Société de dermatologie. (Séance du 42 février 48941.) (2) Bulletin médical, 14 janvier 1891, p. 38.

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