CHAPITRE II
Symptômes.
Les néphrites d’une certaine intensité se révèlent ordinairement par des symptômes cliniques, mais il s’en faut que ces symptômes soient toujours en rapport avec la gravité des lésionset, dans l'observation n° XIV, par exemple, nous voyons de grosses altérations rénales ne se traduire pendant la vie que par un peu d’œdème malléolaire. Par contre, nous n’avons jamais observé de symptômes graves avec des reins légèrement atteints.
De sorte que s’il est permis d’hésiter sur le degré de la néphrite quand les manifestations cliniques sont légères, il n’en est plus de même lorsque ces manifestations sont graves, car la néphrite l’est également, et la mort d'habitude ne se fait pas longtemps attendre. (Obs. VI, VIT et XV.)
Les symptômes rénaux les plus communs chez les tuberculeux sont l’albuminurie, les æœdèmes et les modifications de la quantité des urines.
Albuminurie. — On peut voir que dans toutes celles de nos observations où l’albumine est mentionnée, il existe dans le rein des altérations manifestes au moins à l'examen histologique. Nous ne possédons pas un assez grand nombre d’ob-
servalions pour établir comme règle générale cette coexistence
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de l’albumine et des néphrites, mais elle nous frappe néanmoins par sa constance, et nous serions très disposé à admettre que chez les tuberculeux lalbumine sans lésions rénales doit être tout à fait exceptionnelle. M. le docteur Lenoir, il est vrai, est arrivé à des conclusions différentes et reconnaît à l’albuminurie des phtisiques les origines les plus variées. Mais la plupart des causes qu’il indique sont très capables de produire des néphrites : tels les troubles de la fonction hépatique dont le retentissement sur le rein est actuellement bien connu (1). I n’y a donc rien d’impossible à ce que les causes d’albuminurie étudiées par M. Lenoir agissent en provoquant dans le rein des altérations plus ou moins profondes et plus ou moins durables.
L’albuminurie des tuberculeux atteint rarement un taux très élevé. Chez ceux que nous avons observés, sa quantité variait de 0 gr. 25 à 1 gramme. Il y a pourtant des cas dans lesquels elle se trouve en proportion considérable. Celui de notre maître M. le docteur Rendu en estun exemple(2), etnous avons recueilli nous-même une observation analogue. (Obs. XL.)
M. le professeur Dieulafoy a montré depuis longtemps déjà que l’albuminurie n’est pas un symptôme constant des néphrites, et chez plusieurs de nos malades l’albuminurie faisait défaut, alors même que les lésions rénales se révélaient déjà par des signes manifestes. Cependant, lorsqu'elle existe, l'albuminurie a la plus grande valeur, car nous avons vu précédemment que, dans tous les cas où nous l’ayons observée, elle coïncidait avec des altérations nettes du rein.
(1) Voir Goucer, Influence des maladies du foie sur l’état des reins. Thèse de Paris, 4895.
(2) Rexou, De l'albuminerie des tuberculeux. Leçon clinique. (Annales de médecine, 1895, p. 89.)
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OEdèmes. — Les œdèmes sont également un symptôme important mais aussi très inconstant des néphrites consécutives à la tuberculose. Lorsqu'ils existent, ils n’ont cependant pas la valeur de l’albuminurie, car on peut les rencontrer en l’absence de toute altération rénale. (Obs. XV bis.)
Modifications dans la quantité des urines. — En dehors des phénomènes urémiques, les modifications de la quantité des urines constituent le dernier gros symptôme de la néphrite consécutive à la tuberculose. Tantôt on observe de la polyurie, tantôt, au contraire, 1l existe une oligurie plus ou moins prononcée. La polyurie est un phénomène assez fréquent mais dont la valeur est difficile à apprécier. Elle se rencontre parfois à une période encore peu avancée de la tuberculose, chez des malades qui ne présentent aucun signe de lésion rénale. Nous l’avons constatée chez deux jeunes gens atteints de mal de Pott avec paraplégie, et chez un certain nombre de phtisiques au deuxième degré, dontles lésions étaienttrès localisées etl’état général excellent. Maïs elle se rencontre beaucoup plus souvent lorsqu'il existe un certain degré de néphrite et dépend, dans une certaine mesure, de la pression artérielle. Cela ne veut pas dire cependant que l’on puisse établir une équation rigoureuse entre la pression artérielle et le taux des urines, car on observe communément des malades qui, avec une pression considérable, urinent relativement peu (Tabl. IL, n° { et3), tandis que d’autres, au contraire (Tabl. I, n° 2 et 7), avec une pression moins forte urinent beaucoup plus abondamment. Mais lorsqu'on examine un même malade à des moments différents de sa néphrite, les variations de la pression sanguine reprennent alors toute leur valeur et correspondent
assez exactement au changement du taux des urines.