PS
tel qu'on peut les observer, par exemple, chez le fœtus, vers le quatrième ou cinquième mois, de la vie intra-utérine. Les rares tubes à myéline que l’on observe au milieu de ces gaines, ont leur structure normale; mais ils n’ont pas leur volume habituel. Très grêles, ils sont absolument semblables aux tubes minces à double contour que l’on observe, en plus ou moins grand nombre dans tous les troncs nerveux. Cette altération du renflement terminal, qui est donc constituée par une atrephie des tubes nerveux marchant de pair avec une hyperplasie connective, remonte plus ou moins haut dans le nerf, suivant les cas, mais présente ce caractère important, qu’elle diminue rapidement à mesure qu’on s'éloigne de la cicatrice. On voit alors le nombre des gaines vides diminuer, celui des tubes à myéline augmenter; en même temps apparaissent des tubes larges en quantité de plus en plus grande. Vient-on à examiner une partie du nerf très éloignée de la cicatrice, on ne trouve plus d’altération appréciable, soit du côté des tubes nerveux, soit du côté du tissu conjonctif interstitiel.
Ces altérations de l'extrémité du nerf sont, il est inutile de le dire, d’autant plus marquées que l’amputation est de date plus ancienne. Elles sont également très faciles à constater sur des coupes transversales, après durcissement dans l'acide chromique. On observe alors, outre un léger degré de névrite interstitielle, les mêmes phénomènes que l’on remarque à l’état frais, à savoir : dans chaque faisceau de tubes nerveux, un très petit nombre d'entre eux ayant conservé leur cylindre-axe ; lereste n’est plus représenté que par des gaines vides, fortement colorés par le carmin. Le nombre de ces gaines diminuait à mesure que l’on observait des parties plus éloignées de la cicatrice. Cet état anatomique avait déjà été signalé par l’un de nous, eu 1875, dans un travail sur les altérations des nerfs consécutives à leur section.
Eu résumé, les altérations du nerf sectionné par l’amputation nous semblent consister en un état d’atrophie des tubes nerveux qui diminue peu à peu à mesure que l'on se rapproche de la moelle et disparait entièrement à une certaine distance de la cicatrice.
Déjerine et Mayor (1878). — Recherches sur les altérations de la moelle épinière et des nerfs du moignon chez les amputés d'ancienne date.
Voici ce que nous avons observé du côté de la moelle épinière. Dans tous les cas la diminution de volume, du côté correspondant à l’amputation, était très manifeste, et d’autant plus accusée, que l’amputation était de date plus ancienne. Cette diminution de volume portait également sur toutes les parties constituantes de la moelle épinière (susbtance grise et substance blanche). Dans la substance blanche, elle ne nous a jamais paru plus marquée dans les cordons postérieurs que dans les cordons antérolatéraux. La diminution portait d’une façon uniforme sur ces régions de la moelle. Pour ce qui est de la substance grise, il en était également de même; en ce sens que les cornes postérieures étaient aussi bien diminuées de volume que les cornes antérieures. Ces altérations, visibles à l’œil nu, étaient d’autant plus prononcées que l’amputation était de date plus ancienne.
ie microscope, tout en confirmant les résultats précédents, nous a donné des renseignements plus précis sur la nature de. l’altération que nous observions à l'œil nu. La substance blanché, à part la diminution de volume, s’est toujours présentée avec ses
caractères normaux. Les tubes nerveux présentaient la structure “habituelle ; peut-être étaient-ils, individuellement, un peu moins volumineux ! Mais, en tous cas, ils n'offraient aucune altération
anatomique? appréciable. Tous étaient munis de leur cylindreaxe, parfaitement coloré par le carmin. La névroglie se présentait également dans un état d’intégrité remarquable. Sur les coupes de la moelle, Ja coloration n’était pas plus intense du côté correspondant à l’amputation que du côté sain. Les noyaux de la névroglie n'étaient pas plus nombreux, les fibrilles pas plus épaisses que d'habitude. En un mot, il n’y avait pas trace de processus irritatif. Même dans ce cas (amputation datant de trente ans), où la diminution de volume unilatérale était partout à un degré tel, que sur une coupe, la surface du côté correspondant à l'amputation, était moins considérable d'un tiers que celle du coté sain, nous n'avons cependant pu constater la moindre altération de la névroglie.
Ce que nous venons de dire, quant à la structure de la susbstance blanche, s'applique également à la substance grise, avec quelques réserves cependant. En général, nous n'avons pas constaté d’une façon nette, une diminution appréciable dans le nombre des cellules des cornes antérieures du côté atrophié. L’on sait, du reste, combien il est difficile de faire une numération exacte de ces éléments, dont le nombre, même sur les moelles saines, n’est jamais rigoureusement égal d'un côté à l'autre. Cependant dans un cas, (amputation de cuisse datant de trente ans), nous avons constaté très nettement, à la partie moyenne du renflément lombaire, sur une hauteur d’un centimètre environ, une diminution évidente du nombre des cellules. Ces éléments étaient, au moins, d’un tiers moins nombreux dans le côté atrophié, et cette diminution de nombre, qui portait sur les trois groupes de la corne antérieure, atteignait principalement le groupe antéro-interne, qui n'était plus représenté que par une ou deux cellules. Quant à la névroglie, elle n'était pas plus altérée dans la substance grise que dans la substance
Rte blanche. Le canal central et les vaisseaux de la moelle n'ont jamais offert de modifications appréciables.
L’atrophie remontait plus ou moins haut dans la moelle, en s’atténuant progressivement. |
B. Mossé.— 1878.
Note sur un cerveau d'amputé. — Amputation de la jambe gauche. — 30 ans. |
Moelle très asymétrique, la moitié gauche est d’un tiers moins volumineuse que la moitié opposée; sur dix moelles d’amputés examinées par M. Déjerine, dans aucun cas la différence entre les deux parties de cet organe n’a atteint une proportion aussi considérable que celle que nous venons d'indiquer.
Charcot. — 1878.
Femme de 43 ans ayant subi une désarticulation de l'épaule gaucke à l’âge de cinq ans (36 ans).
Les hémisphères sont exactement semblables, pas d'atrophie des zones motrices du côté droit.
L'examen histologique de la moelle fait par MM. Déjerine et Raymond a permis de reconnaître dans la région cervicale une myélite chronique, ou sclérose, ne remontant pas jusqu’au bulbe et intéressant le faisceau latéral gauche.
La substance grise, ainsi que la substance blanche, de ce côté étaient atrophiés.
Luys, dans la même séance de la Société de Biologie, dit avoir plusieurs fois observé chez les amputés, du côté opposé à
2 Bi l'amputation, une atrophie de quelques faisceaux des pédoncules cérébraux.
Dreschfeld (1879). — On the changes of the spinal cord after amputation.
Homme amputé de la cuisse gauché quinze ans avant sa mort.
Le sciatique gauche était parfaitement normal. Les racines antérieures et postérieures du côté gauche, ne présentaient aucune lésion appréciable à l’œil nu, à l’examen microscopique on trouva ces racines absolument saines.
Les coupes de la moelle à: l'état frais et à l'œil nu ne présentaient ni atrophie unilatérale, ni aucun changement de couleur ou de consistance. Les deux hémisphères cérébraux étaient sensiblement symétriques, et la zone motrice corticale présentait les mêmes dimensions des deux côtés.
Les coupes de la moelle durcie permirent de constater les lésions suivantes : à la partie la plus inférieure de la, moelle lombaire, on constatait à l'œil nu une légère diminution de volume de la corne antérieure du côté gauche, tandis que les autres parties de la moelle semblaient être d’un volume égal des deux côtés.
L'examen microscopique permit de constater que ‘toutes les parties étaient normales à droite: les groupes de cellules dans les cornes antérieures étaient distincts. Le groupe interne n'était peut-être pas aussi bien dessiné que les autres et le faisceau latéral intermédiaire consistait en deux groupes de cellules. Les cellules étaient bien séparées les unes des autres et se reconnaissaient facilement à leur grand volume.
L'aspect des cellules de la corne antérieure gauche contras-
‘ FPT UT.
tait d’une façon très marquée avec celles des groupes conrespondants du côté droit. Dans quelques groupes on ne voyait que de petites cellules atrophiées, non pigmentées, et dont le noyaü n’était qu’à peine visible.
La susbtance grise des cornes antérieures, en dehors de l’atrophie des cellules nerveuses, mentionnée par le côté gauche ne présentait aucune lésion, si ce n’est une petite tache, située au bord latéral externe de la corne du côté gauche correspondant au groupe latéral intermédiaire des cellules. Cette tache était formée d’une matière granuleuse entourant les cellules qui persistaient mais qui étaient atrophiées. Ces cellules étaient pl: colorées qu’en aucune autre partie dela moelle:et devaient cette coloration exagérée à des granulations pigmentaires et à de fines fibrilles.
Il était impossible de constater aucune autre lésion, ni dans la corne postérieure pas plus que dans les faisceaux blancs postérieurs.
L'aspect des coupes faites au niveau du renflement lombaire était différent de celui que je viens de décrire. Tandis que la moitié droite de la moelle était parfaitement saine, dans la moitié gauche, le groupe latéral intermédiaire des cellules des cornes antérieures étaient moins volumineux, le nombre des cellules nerveuses diminué et celles-ci était entourées de masses granuleuses et de masses fibrillaires, et prenaient le carmin mieux qu’en aucune autre portion de la moelle. Les autres groupes cellulaires étaient bien marqués, spécialement les groupes antéro-latéral et médian, mais les cellules nerveuses de ces groupes étaient moins nombreuses que dans les groupes correspondants du côté droit.
Sur des coupes faites dans la région lombaire, au-dessus du renflement, il était facile de voir que certains groupes cellulaires devenaient presque aussi riches en cellule que les groupes du
0e côté droit ; cette augmentation du nombre des cellules était sensible dans tous les groupes sauf dans le latéral intermédiaire qui restait atrophié.
Les coupes faites, au niveau de la région dorsale et cervicale, ne permirent de constater aucune lésion.
Edinger.— 1882.
‘Homme, ayant eu une amputation congénitale de l'avant bras gauche, mort à l’âge de 52 ans.
‘La coupe de la moelle, dans la région cervicale supérieure ne présente pas, à l'œil nu, de lésions ni de différence dans le volume des deux parties constituantes de la moelle.
Mais, par contre, au niveau des VIe et VIIe paires cervicales, on remarquait une diminution considérable de la moitié gauche de la moelle et un applatissement marqué de ce même côté.
Il manquait à la corne autérieure gauche son prolongement antérieur et externe.
La partie supérieure de la mœælle dorsale paraissait normale. Les racines postérieures de la Ve à la VIIIe cervicale étaient beaucoup plus grêles à gauche qu’à droite ; il en était de même des racines cervicales supérieures et dorsales supérieures.
Les faisceaux nerveux formant ces racines sont plus minces, mais ils ont la même structure que ceux du côté opposé.
Les racines postérieures formant la VIIe paire ont beaucoup moins de fibres nerveuses que du côté opposé et ne forment qu’un tout petit tronc ; l’écartement formé par l'émergence dela racine gauche mesure 5 millim., tandis qu’à droite cette distance mesure 15 millim. de longueur.
Les racines antérieures de la VIII® sont à gauche au moins de moitié moins épaisses qu’à droite.
— 41 — ï À l'examen microscopique, on observe les lésions suivantes ; Sur quelques coupes passant au niveau du tiers supérieur de
Pémergence de la Ile cervicale, la corne antérieure du côté
gauche parait plus petite que celle du côté opposé; mais cette
différence n'est plus si sensible sur d’autres coupes faites à la même hauteur ; il est probable qu'il ne s’agit que de légères différences entre les deux côtés.
Il n’y a certainement aucune différence entre le côté'gauche et le côté droit, dans la largeur des cordons blancs et dans le nombre des cellules nerveuses.
Au niveau de la IITe cervicale, l'extrémité antérieure et externe de la corne antérieure est plus éloignée de la périphérie que du côté droit.
À gauche et à ce niveau, les faisceaux blancs sont déjà considérablements amoindris.
Une atrophie indiscutable de la corne antérieure gauche commence à apparaitre sur toutes les coupes passant au niveau de la IVe cervicale.
L’extrémité, antérieure de cette corne est plus écartée de la périphérie qu’à droite elle est applatie et moins riche en cellules nerveuses. Les faisceaux blancs de ce côté sont aussi plus étroits que du côté droit.
Cette atrophie s’accentue de plus en plus sur des coupes faites au niveau de la Ve cervicale, atrophie qui frappe surtout la substance grise. Les prolongements antérieur et externe, de même que le postéro-externe, de la corne antérieure sont considérablement aplatis.
La corne postérieure gauche est très atrophiée à ce niveau.
Dans les parties atrophiées, on ne remarque pas de diminution du nombre ni du volume des cellules nerveuses : cette atrophie est encore plus marquée à un ou deux millimètres plus bas.
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Le faisceau antérieur qui, plus haut, ne prenait qu'une très faible part à l'atrophie mentionnée, devient de plus en plus étroit du côté gauche au niveau de la Ve, et cette étroitesse se continue jusqu’au commencement de la moelle dorsale. La différence de largeur des cornes antérieures est encore plus marquée au niveau des dernières racines formant la Ve paire.
Une ligne tirée depuis l'extrémité antéro-interne à l’extrémité postéro-externe de la corne antérieure mesure :
À droite, 3.87 mm., à gauche, 2.01 mm.
Mais, à ce niveau encore, le nombre des cellules nerveuses de la corne gauche ne parait pas avoir diminué ; le groupe anteroexterne est simplement un peu refoulé en dedans.
L’atrophie atteint son maximum d'intensité au niveau de la VIe et VIleet c'est toujours la substance grise qui participe pour la plus large part à cette atrophie.
C'est aussi à ce niveau qu’on remarque une diminution marquée du nombre des cellules nerveuses, souvent même elles ne sont plus reconnaissables.
Sur beaucoup de coupes on ne compte que deux ou trois cellules dans le prolongement externe de cette corne; l’atrophie de la corne postérieure gauche est aussi très marquée.
Toute différence disparait, tant dans la corne antérieure que dans la postérieure sur les coupes faites au niveau de la Ie et Il» paire dorsale et les deux parties de la mœælle sont rigoureusement semblables à la hauteur de la IIIe paire dorsale.
Des mensurations faites sur des coupes de la moelle entre la VIe et VITe cervicale rendent bien compte du degré d'atrophie.
Largeur de la corne antérieure mesurée de l'extrémité externe jusqu’au milieu du canal central :
À droite, 4.5 mm. ; à gauche, 3.1 mm.
Dans aucune des parties de la moelle observée on ne remarque de processus inflammatoire ; en aucun endroit on ne trouve, des
DE De cellules pigmentées, une prolifération du tissu conjonctif, pas plus qu'une multiplication des noyaux.
J'affirme qu'il n'existe ni dégénérescence ascendante ni descendante.
Les cordons de Goll sont intacts de mêm: que la partie postérieure des cordons blancs.
Hayem et Gilbert (1884). — Notes sur les modifications du système nerveux chez un amputc.
Les nerfs du moignon n’offrent pas des caractères macroscopiques constamment identiques. Dans le fait que nous relatons, le radial était légèrement amoindri, le cubital, au contraire, augmentait progressivement de volume, depuis:le plexus brachial jusqu’au névrôme terminal, aux approches duquel il se montrait deux fois plus volumineux que le cubital sain; le médian enfin offrait des deux côtés le même calibre. Ces trois nerfs, et particulièrement le cubital, étaient grisâtres, arrondis et d'une consistance ferme. Le radial et le médian étaient remarquables par l’atrophie de lélément parenchymateux. Les tubes nerveux y étaient non seulement diminués de nombre, comme dans le cas de Dickinson, mais encore, pour la plupart, diminués de calibre. L’amoindrissement plus ou moins marqué des fibres nerveuses était principalement lié à l’amaigrissement du manchon de myéline, mais il est évident aussi, sur un grand nombre de tubes, que le cylindre-axe était devenu d’une extrême gracilité. Le vide créé par l’atrophie des tubes nerveux était comblé par le: développement en tissu conjonctif intra-fasciculaire, qui était ainsi un peu plus abondant qu’à l’état normal.
L'augmentation de volume du cubital amputé résultait d’un développement anormal de ses différentes parties consitiuantes.
RE
Les tubes nerveux s’y présentaient sous deux types principaux :
1° Le premier type était constitué par de gros tubes isolés ou accompagnés de fibres conjonctives dirigées longitudinalement. Ils semblaient peu différents des fibres nerveuses du radical et du médian ; leur gaine de myéline était plus ou moins épaisse, et leur cylindre-axe souvent grêle. Leur nombre variait suivant les points de la préparation ; dans quelques faisceaux, ils étaient véritablement rares.
29 Le deuxième type était représenté par d'innombrables petits tubes possédant un cylindre-axe relativement large et une gaine de myéline très mince vivement colorée en noir par l'acide osmique. Ces petits tubes étaient ordinairement groupés par fascicules au sein d’un tissu conjonctif à fibres longitudinales. Sur des coupes transversales, chaque fascivule prenait la forme d'un ilot arrondi, isolé, d’un diamètre généralement supérieur à celui d’un tube de gros calibre, et apparaissait composé d’un nombre variable de petits tubes nerveux (jusqu’à 25) et de fibres conjonctives. Lorsqu'on exerçait avec la pointe d'une aiguille une forte pression sur la lamelle couvre-objets, les ilots s’écartaient les uns des autres, mais les tubes d’un même ilot demeuraient agglutinés et inséparables. La dilacération même restait impuissante à isoler entièrement les petits tubes d'un même fascicule.
Ainsi, par leurs caractères individuels, et leur disposition fasciculée, les petits tubes du cubital s’identifiaient à ceux des névromes terminaux. [1 était donc logique de les considérer, aussi bien que ces derniers, comme des tubes en voie de néoformation.
Cette hypothèse a trouvé une vérification complète dans les numérations comparatives que nous avons faites des éléments nerveux du cubital amputé et du cubital sain.
Nous devons admettre, par conséquent, pour expliquer les faits observés, qu'aux lésions d'atrophie, communes aux différents nerfs du moignon, sont venus s'ajouter dans le cubital seul, des phénomènes de dégénération d'un certain nombre de tubes nerveux, suivis de régénération.
Le tissu conjonctif du cubital était hyperplasié dans toutes ses parties : le névrilème, la perinèvre et l’épinèvre, anormalement développés, renfermaient des vaisseaux nombreux et volumineux dont les parois étaient épaissies : les cloisons de l'endonèvre élargies et ses fibres longitudinales multipliées possédaient un certain nombre de noyaux ovalaires colorés par le carmin.
Faut-il voir, dans ces lésions du tissu conjonctif, l'effet d'une véritable névrite, ou plutôt ne sont elles pas le résultat d'une sorte de travail hypertrophique, lié aux modifications vasculaires subies par le cubital, et subordonné au travail de régénération parenchymateuse ?
Hayem et Gilbert.
Examen de la moelle épinière.
La moelle épinière a été placée pendant vingt-quatre heures dans lalcool à 36°, et pendant un mois dans le bichromate d'’ammoniaque en solution saturée. Les coupes qui en ont été faites aux divers étages ont été colorées et montées par les méthodes habituelles.
Nous allons successivement indiquer l’état de la substance blanche et l’état de la substance grise.
1° Substance blanche. — La comparaison du volume des diftérents cordons de la substance blanche, du côté sain et du côté amputé, nous a donné les résultats suivants :
Genre
a) Le cordon postérieur était un peu moins volumineux du coté amputé que du côté sain.
b) Le cordon antérieur était notablement plus gros du côté amputé que du côté sain.
c) Le cordon latéral était un peu plus volumineux du côté amputé que du côté sain.
L’asymétrie que nous signalons n'existait pas seulement au niveau de l’attache à la moelle des-racines du plexus brachial; elle était manifeste dans toute l'étendue des régions cervicale et dorsale, et s’éteignait dans la région lombaire.
L'examen à un fort grossissement ne laissait voir aucune modification appréciable dans l’état des tubes nerveux, du tissu conjonctif ou des vaisseaux, de l’un ou de l'autre côté.
2° Substance grise. — Depuis que M. Vulpian l’a signalée, l'atrophie de la substance grise, consécutive à l’amputation, n’a échappé à aucun observateur. Nous l’avons nous-même facilement constatée à un faible grossissement ou même à l’œil nu. Elle était manifeste du côté amputé dans tout le segment de la moelle qui donne naissanee au plexus brachial, et atteignait son maximum au niveau des septième et huitième cervicales, et de la première dorsale.
Elle ne frappait pas également la corne antérieure et la corne postérieure, comme dans les cas de MM. Déjerine et Mayor et de Leyden; elle m'était pas plus marquée dans la corne postérieure que dans la corne antérieure ainsi que dans les faits de Dickinson et de M. Vulpian, mais prédominait très nettement dans la corne antérieure.
C'est à l'atrophie des cellules nerveuses et de leurs prolongements que se rattache vraisemblablement l’atrophie de la substance grise chez les amputés, et, par suite, l'on conçoit «difficilement que celle-ci puisse exister en l'absence de celle-là. Nous pensons donc que les recherches futures démontreront
CL EEE là constance de l’altération des cellules, de même que les recherches passées ont prouvé-la constance de l’amoindrissement de
la substance grise.
Dans le fait qui nous occupe, l’atrophie cellulaire avait atteint un degré qu'elle doit rarement dépasser.
Le nombre des cellules nerveuses des différents groupes était remarquablement diminué dans toute l'étendue du segment atrophié, et particulièrement entre la septième cervicale et la première dorsale. À ce niveau, il équivalait en moyenne, au quart ou au cinquième du nombre des cellules du côté sain; sur de nombreuses coupes, la proportion était moindre encore, et, sur quelques-unes, la substance grise du côté amputé ne contenait plus qu’un ou deux éléments de dimensions normales.
Presque entièrement privée de cellules ainsi que de prolongements protoplasmiques et cylindratilles, la substance grise du côté amputé paraissait un peu plus riche en éléments nucléaires que celles du côté sain.
Une recherche minutieuse avec un très fort grossissement permettait assez souvent de retrouver des traces des cellules disparues : quelques-unes marquaient leur présence par un petit
-corps informe et granuleux; la plupart étaient simplement atro-
phiées dans leurs différentes parties constituantes : elles étaient devenues d’une extrême petitesse, maïs étaient restées anguleuses et étoilées, offrant encore, à la façon des cellules normales, des traces de prolongements cylindraxiles et protoplasmiques ; leurs contours étaient peu distincts, leur protoplasma se laissant à peine colorer par le carmin; elles contenaient enfin un noyau minuscule.
Ces lésions atrophiques des cellules nerveuses concordent parfaitement avec les lésions que nous avons décrites dans les racines et dans les nerfs du moignon. Il est logique de supposer, en effet, que les cellules disparues en totalité ou privées
Sa a de prolongements, correspondent aux tubes dégénérés et disparus, et que les cellules atrophiées et devenues d’une extrême exiguité, mais pourvues encore de minces prolongements, correspondent aux tubes atrophiés et pourvues d’un cylindre-axe grêle.
Les %cellules qui, dans le segment atrophié, avaient conservé de grandes dimensions n'offraient pas communément tous les attributs des cellules normales. Ainsi, dans la figure que nous avons représentée, deux cellules sevlement étaient absolument identiques aux cellules du côté opposé. Toutes leS autres avaient perdu leur forme anguleuse et étoilée, pour devenir arrondies et globuleuses, par suite de modifications apportées dans le nombre, le volume et la forme de leurs prolongements : ceux-ci étaient très peu nombreux, amincis, et ne s’inséraient plus par des pédicules coniques progressivement évasés, mais directement sans changement dans leur calibre.
Ces cellules demeurées normales par leur volume et par les caractères de leur protoplasma et de leur noyau, étaient vraisemblablement saines, et en continuité avec des tubes nerveux sains. Elles n'avaient sans doute subi qu’indirectement l'influence de l’amputation, en perdant par atrophie liée au non-fonctionnement les prolongements protoplasmiques destinés à les mettre en connexion avec les cellules disparues.
W, Dufley (1886). — A case illustrating the condition of the nervous system after amputation of an extremity.
Paralytiqne âgé de 39 ans, amputé 11 ans auparavant de la cuisse gauche.
On observe les altérations suivantes qu'on peut admettre comme conséquence de l’amputation.
La circonvolution antérieure centrale était un peu plus étroite à droite, mais l'examen microscopique des cellules ne montra aucune différence entre le côté gauche et le côté droit.
À un pouce environ au-dessus de l'extrémité inférieure de la moelle, on voyait sur des coupes, une différence de volume de la substance grise qui était plus petite du côté gauche, à peu près dans le rapport 2 : 3.
A l'examen microscopique des coupes de cette hauteur, on voyait sur le côté de l’amputation 15 à 18 cellules informes, atrophiées, tandis qu'il y en avait 40 à 45 bien constituées sur le côté intact.
Sur la même hauteur, les racines antérieures étaient plus riches en fibres nerveuses à droite qu’à gauche où elle présentaient en partie, un cylindré-axe dégénéré. Des coupes transversales du nerf crural montrèrent un groupement irrégulier des faisceaux nerveux grêles.
Krause et Friedlauder (1886). — Ueber Veränderungen der Nerven und des Rückenmarks nach amputationen.
Nous avons examiné 8 cas d’amputation ; dans six nous avions à notre dispostion les nerfs, les racines et la moelle et dans 2 cas, nous ne possédions que les nerfs périphériques.
I. Amputation du bras à la partie supérieure faite en 1872 chez un homme de 40 ans, mort en 1880.
IT. Amputé de la cuisse droite, âgé de 24 ans, à la suite d’un traumatisme en 1875, mort en 1870.
IIT. Amputé de la cuisse gauche quelques années avant Ja mort survenue en 1870.
IV. Homme amputé de la cuisse droite en 1877, Agé de 34 ans, mort en 1882.
— 50 es V. Amputé de la jambe gauche, âgé de 36 ans, lamputation avait été faite plusieurs années avant sa mort survenue en 1883.
VI. Homme, âgé de 25 ans, amputé de la cuisse gauche, mort 10 ans après l’amputation.
VIT. Femme, âgée de 43 ans, amputée de la jambe droite, morte après. (La moelle ne fut pas examinée.)
VIII. Jeune homme de 15 ans, amputé du bras gauche. Névrome d'amputation douloureux, extirpation une première fois 11'mois après l’amputation, 3 ans après une seconde fois, allant jusqu'à l'épaule.
Examen des nerfs périphériques.
… À un faible grossissement la coupe transversale paraît tachetée, parce que les parties normales dont les fibres contiennent de la .myéline apparaissent opaques et sont séparées par (l'autres parties claires et transparantes. Ces parfies claires occupent à peu près la moitié de la coupe sur un nerf mixte comme l’ischiatique, par exemple.
À ün fort grossissement, il est fâcile de constater que les parties opaques sont formées par les tubes nerveux à myéline qui sont restés normaux, tandis que les parties claires intermédiaires sont presque complètement dépourvues de fibres à myéline.
Les faisceaux primitifs composant le nerf sont considérablement diminués de volume et présentent des espaces inter-fasciculaires plus développés que normalement, :
Sur des coupes transversales et longitudinales, on voit que les faisceaux nerveux présentent une augmentation considérable du nombre des noyaux et ceux-ci prènnent une forme allongée particulièrement dass les fibres nerveuses privées de myéline.
Nous n'avons rie rencontré qui ressemble à une régénération des tubes nerveux dans les nerfs du moignon.
Cette atrophie des nerfs que nous venons de mentionner est