ONE
la partie la plus large du renflement dorso-lombaire, la modification est bien plus apparente; c'est même là, que sous certains rapports, elle est le plus accusée. On remarque, en effet, que dans cette région, la substance grise est beaucoup moins large à gauche qu’à droite; l’écorce de la substance blanche est aussi beaucoup moins épaisse du même côté, toute cette moitié gauche semble revenue sur elle-même et est toute déformée.
Au niveau de la portion la plus volumineuse du renflement lombaire, la moitié gauche a repris une forme régulière; la corne antérieure de la substance grise du côté gauche est un peu moins développée que celle du côté droit; le faisceau antérieur gauche est plus étroit que celui du côté droit. Dans la région dorsale, la seule différence qui frappe au premier coup d'œil est la diminution de volume du faisceau antérieur gauche; mais un examen plus attentif montre, dans la corne de substance grise du côté gauche, trois lacunes comblées par une substance transparente et un peu granuleuse par places, lacunes qui sont évidemment produites par une altération semblable.
Dans la partie inférieure du renflement cervical, il n’y a qu’une diminution de volume du faisceau antérieur gauche.
Enfin, dans le milieu de ce renflement cervical, la substance blanche toute entière de la moitié gauche a subi un amoindrissement très notable; la substance grise, au contraire, est peu modifiée.
Dans toutes les régions de la moelle qui ont été ainsi examinées, le faisceau postérieur est la partie de la moitié gauche qui a conservé le plus complètement ses dimensions normales ; sauf la lésion de la substance grise, constatée dans la région dorsale, on a trouvé partout les cellules nerveuses tout à fait intactes dans les deux moitiés de la moelle; de même que dans le premier cas, il a été impossible de savoir si leur nombre était le même à gauche qu'à droite.
Dans les points où le faisceau antérieur était le plus étroit, il n'y avait pas trace d'augmentation du tissu connectif ; on n’a pas déterminé si les fibres nerveuses avaient dans ces points un diamètre inférieur au diamètre normal.
une L'atrophie de tout le membre du côté de lamputation, étendue des modifications de la moelle qui existaient jusque dans le renflement cervical, l’existence d'une destruction très limitée de petits ilots de substance grise dane la région dorsale, tels sont les principaux traits distincts dans cette observation.
Il y a eu, ici, vraisemblablement, à un certain moment, intervention d’un travail morbide spécial dans la moelle épinière, et, à cause de cette complication probable, ce fait est moins propre que le précédent à démontrer d'une façon incontestable l'influence de l'abolition prolongée des fonctions des nerfs sur la nutrition de la moelle épinière. Cependant, l'absence de traces de désintégration, soit dans la substance grise de la région inférieure de la moelle, soit dans les faisceaux blancs correspondants, peut autoriser, jusqu’à un certain point, à considérer la diminution de volume de ces parties, comme liée, d’une manière intime, à la suppression complète des fonctions de tous les nerfs du pied gauche.
……. Ces faits prouvent, d’abord, que l’abolition des fonctions des fibres nerveuses ne suffit pas pour amener l’atrophie graisseuse et la disparition de ces fibres : les nerfs destinés à la partie amputée et les racines répondant à ces nerfs avaient effectivement conservé leur structure normale.
La première observation montre bien aussi que les faisceaux antérieurs de la moelle ne se continuent pas directement de l'extrémité inférieure de la moelle jusqu’à sa partie supérieure ; car le faisceau antérieur droit, notablement amoindri au niveau du renflement dorso-lombaire, présentait dans la région dorsale le même volume que le faisceau antérieur du côté gauche.
L'integrité complète, ou presque complète, du faisceau postérieur au niveau mème des points, où les autres parties avaient subi l’amoindrissement le plus prononcé, mérite aussi d’être signalé d'une façon spéciale.
Vulpian, dans une communication citée plus loin, dit au sujet du cas que nous venons de mentionner : « Je n'ai peut-être pas indiqué suffisamment que le Jaisceau poslérieur dans ce cas n'avail pas conservé ses dimensions normales, et qu'il élail réellement
diminué de valeur. »
Dickinson. — On the changes in the nervous system, which follow the amputation of limbs. — Nov. 1868.
Observation I. — Moelle d’un homme, âgé de 74 ans, amputé de Ja cuisse gauche à l’âge de 21 ans, soit 53 ans avant sa mort.
Le nerf sciatique du côté opéré avait subi une désorganisation si complète que la structure nerveuse pouvait être à peine reconnue. — Dans la région du cône terminal, il n'y avait qu’une diminution très légère du volume de la substance grise du côté gauche. Au niveau du renflement dorso-lombaire et dans toute sa longueur, les faisceaux postérieurs gauches étaient notablement réduits dans tous les sens et surtout près de la commissure grise ; cette modification se retrouvait dans toute l'étendue de la région dorsale. Le tissu connectif de ce faisceau paraissait plus tassé que dans le faisceau postérieur du côté opvosé. Du reste, il n’y avait aucune altération des autres parties de la moelle
TNT
et la substance grise offrait les mêmes caractères histologiques à droite qu’à gauche.
Obs. IT. — Pensionnaire de Greenwich, amputation du bras gauche 23 avant la mort.
Les racines postérieures du côté gauche, au niveau de la partie inférieure de la région cervicale, présentaient un volume moindre que les racines correspondantes du côté droit, et cela, sur 2 pouces de longueur. Beaucoup de ces fibres nerveuses étaient ou réduites ou très atrophiées. Les racines antérieures du même côté étaient un peu altérces dans le même sens, mais à un moindre degré.
Dans le renffement cervical, le faisceau postérieur gauche était moins large que celui du côté droit, d'un tiers environ, et on y voyait une traînée de tissu connectif presque dépourvue de fibres nerveuses, allant de la surface de la moelle vers la commissure grise, et séparant ce faisceau postérieur en deux parties à peu près égales l’une à l’autre.
Il y avait aussi une légère diminution du volume de la substance grise de ce côté, sans modifications histologiques reconnaissables.
L’altération se prolongeait jusqu'au bulbe où elle n'occupait plus que la pyramide postérieure, et elle ne pouvait pas être retrouvée au delà.
Obs. III. — Pensionnaire de Greenwich, qui avait subi à la suite d'un accident l’amputation de l’avant-bras droit, en 1845 et était mort en 1867 après 22 ans.
Il existait une atrophie bien manifeste du faisceau postérieur correspondant, dans toute la hauteur du renflement cervical. Ce. faisceau, comme dans le cas précédent, était réduit aux 1/3 du volume normal,
un D) D dm
[1 y avait une légère diminution du volume de la substance grise de ce côté, sans altération histologique.
Dans un quatrième cas, il s'agissait d'une amputation de la cuisse, la moelle épinière n'avait pu être examinée. Dickinson avait constaté, à l'étude du sciatique, la disparition d’un nombre très considérable de livres nerveuses, bien que le nerf eût conservé son aspect ordinaire et son volume normal.
Vulpian. — 1809. — Sur la modification anatomique de la moelle à la suite de l’amputation d’un membre ou de la section des nerfs de ce membre.
OBsERVATION Ï. — Le nommé V..., à la suite de la bataille de Magenta, en 1859, dut subir la désarticulation de la cuisse gauche. L'opération lui fut faite par Jules Roux. Cet homme est venu mourir dix ans après (1860), de phthisie pulmonaire, à l’hôpital Lariboisière, dans le service de M. Oulmont. I} était alors âgé de 34 ans et avait par conséquent subi l'opération à l'âge de 24 ans. La moelle épinière fut enlevée par M. Laurent, interne de M. Oulmont, et me fut apportée d'après le conseil de mon collègue. M. Verneuil.
Avant de placer la moelle dans une solution aqueuse faible d'acide chromique, on constate qu’il y a quelques plaques fibreuses arachnitiques sur la face postérieure de cet organe. Il y a aussi un peu de congestion et peut-être d’épaississement de la couche interne de la dure-mère spinale, sur la partie postérieure de cette enveloppe, au niveau de Ja région cervicale.
On fait, à diverses hauteurs, des coupes transversales de la moelle, à l’état frais, et l'on voit, à l'œil nu, que la substance
grise est moins volumineuse du côté gauche que du côté droit, dans la partie inférieure de la région dorsale et dans le renflement dorso-lombaire. [1 en était de même des faisceaux blancs, surtout du faisceau postérieur du côté gauche.
Lorsque la moelle épinière a été suffisamment durcie par l'acide chromique, on fait des coupes à diverses hauteurs, et Pexamen microscopique a permis de constater que la diminution de volume du faisceau postérieur gauche est bien réelle, et que, surtout prononcée au niveau du renflement dorso-lombaire, elle est encore manifeste dans toute la région dorsale, jusqu’au dessous du renflement cervical. Il semble même y avo'r encor: u'e faible différence dans le même sens, entre les deux faisceaux postérieurs dans toute la longueur de ce renflement ; elle a peru nulle dans le reste de la région cervicale jusqu’au bulbe rachidien. 1.es coupes pratiquées dans le cône terminal du renficment dorso-lombaire montrent encore les mêmes modifications, lorsqu'on ne s’éloigne pas trop du milieu de ce renflement; mais au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'extrémité inférieure du cône, les deux moitiés de la moelle tendent à devenir sem blables.
Dans toute l’étendue des régions modifiées de la moelle épinière, et principalement au niveau du renflement dorso-lombaire, la différence entre la substance blanche d’une moitié, et la substance blanche de l’autre, ne se borne pas à ce qui concerne les faisceaux postérieurs. Des mensurations exactes font voir que le faisceau latéral gauche à une épaisseur un peu moindre que celui du côté droit. Quant aux faisceaux antérieurs, ils ont, surtout dans la partie qui est comprise entre le sillon antérieur et le bord interne de la corne antérieure, une surface de section à peu près de même dimension, même dans la région dorso lombaire.
La substance grise, dans le renflement dorso-lombaire, a une
Sa — surface de section moins grande à gauche qu'à droite, et cette différence porte sur toutes les parties de cette substance, aussi bien la corne antérieure que la corne postérieure et le tissu intermédiaire. Toutefois, c’est la corne postérieure qui a subi la plus grande réduction de volume, aussi est-elle beaucoup moins large du côté gauche que du côté droit. Au-dessus du renflement dorso-lombaire, la substance grise paraît avoir le même volume à gauche qu’à droite.
En résumé, dans les parties modifiées, et notamment dans la région dorso-lombaire, la moitié gauche envisagée dans son ensemble et non plus dans ses détails, est moins volumineuse ‘ que la moitié droite, et l’on est frappé tout de suite de cette différence, lorsqu'on examine une coupe transversale de toute la moelle dans la région dont il s’agit. Il résulte de l’asymétrie des deux moitiés de la moelle que le sillon antérieur et le sillon postérieur, prolongé au travers des commissures, ne se rencontrent plus.
Les fibres nerveuses du faisceau postérieur du côté gauche sont en général un peu plus grêles que celles du côté droit; il en est du moins ainsi au voisinage de la commissure grise. Par suite de la diminution du calibre de certaines fibres nerveuses, et sans doute de la disparition de certaines autres, le tissu de la névroglie est relativement plus développé à gauche qu’à droite : ce tissu paraît même avoir subi une légère hyperplasie.
Il n’y a pas de modifications histologiques bien appréciables dans la substance grise. Les cellules nerveuses des divers groupes se reconnaissent à droite et à gauche. Il m'a semblé sur certaines coupes, que ces cellules étaient un peu moins nombreuses à gauche qu'à droite, surtout dans le groupe latéral externe de la région dorso-lombaire. Les vaisseaux des deux côtés, comparés les uns aux autres, offraient les mêmes caractères comme diamètre et comme structure.