‹ Contribution à l'étude des névrites paludéennes (névrite du sciatique poplitée externe)Chapitre 6 sur 12 · EXAMEN DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

EXAMEN DU SYSTÈME NERVEUX

Motricité. — Les mouvements actifs sont à peu près tous possibles, mais sont effectués avec une grande difficulté dans le membre inférieur droit, spécialement dans la jambe et le pied. La flexion dorsale du pied sur la jambe est impossible, de même l'extension des orteils. Au repos, le pied droit est tombant, en léger équinisme et léger varus. Les orteils sont en légère flexion plantaire et les tendons extenseurs ne font pas leur saillie

AS normale, La voûte plantaire est affaissée. Les mouvements des orteils ne peuvent être qu'à peine ébauchés. La démarche s'effectue avec steppage très net du côté droit, le pied étant déjeté en dehors. Test de Froment posilif. Iypotonie musculaire des deux membres inférieurs, surtout marquée à droite. |

Pas de signe de Lasègue net, ni de Bonnet.

Sensibilité. — Points douloureux. A droite, points péronier et malléolaire. Points douloureux au niveau du scaphoïde et des cunéiformes.

Il existe de gros troubles de la sensibilité tactile. Quoiqu'il n'y ait pas d’exagération du seuil de Weber, sur la face dorsale du pied droit, le contact est interprété comme brûlure à la partie moyenne et comme piqûre à la partie externe. Dans l’ensemble, il existe du côté droit une hyperesthésie au niveau du pied {sauf sur le bord interne). De plus, on constate une légère hypoesthésie au niveau de la loge antéro-externe de la jambe droite, dans une zone triangulaire à base malléolaire et dontle sommet est situé à la partie moyenne de la jambe. Au niveau des points hyperesthésiques, la recherche de la sensibilité détermine des mouvements de défense. Le sens des attitudes segmentaires est conservé, ainsi que le sens stéréognostique.

Réflexes. — Le réflexe rotulien est très vif des deux côtés, ainsi que l’achilléen. Pas de clonus du pied, ni de la rotule. Il n’y a pas de différence sensible entre les réflexes du membre inférieur droit et ceux du membre inférieur gauche.

Trophicité. — La peau est luisante sur la face dorsale du pied. Nous avons noté l'apparition d’une séerélion sudorale rappelant la distribution de l’hyperesthé-

HS ADT sie, c'est-à-dire sur la face dorsale du pied, lors de la recherche du cutané plantaire.

Le membre inférieur paraît légèrement amaigri. A quinze centimètres au-dessous de la pointe de la rotule, le tour de jambe mesure 32 em. 5 à gauche et 30 em. 5 à droite ; à la base des malléoles, à gauche 20 cm. 5, à droite 19 cm. 5. Les troubles sphinetériens consistant en inconlinence des matières sont dus aux interventions pratiquées sur le rectum,

None sens. — Les pupilles sont égales, régulières, en légère mydriase. Le réflexe lumineux est paresseux el faible à droite, le réflexe à la convergence est peu marqué.

Psychisme. — Quelques troubles de la mémoire, pour les faits récents, avec tendance à la fabulation.

Au niveau des autres appareils, il n’y a rien de particulier à signaler si ce n’est que la rate est percutable.

La réaction de Wassermann a été négalive, ainsi que la recherche de l’hématozoaire dans le sang. Le malade a refusé la ponction lombaire. Les crachats n’ont pas révélé de bacilles de Koch à l’examen direct.

TRAITEMENT. — Le traitement quinique a été institué sous forme de bromhydrate de quinine à raison de ? gr. pro die. Au bout de huit jours, le malade se plaint de vertiges, mais il présente une amélioration clinique manifeste. Lors de la recherche du test de Froment, la contraction des péroniers est nettement perceptible, celle des extenseurs s’ébauche: la sensibilité tend à redevenir normale. Le sujet a quitté l'hôpital à l'improviste, steppant encore, mais en bonne voie d'amélioration.

La nature pre de cette névrite du sciatique po-

plité externe ne peut guère être mise en doute, malgré les examens négatifs du sang.

En effet, il est arrivé maintes fois, pendant de opéralions balkaniques de la dernière guerre, que des paludéens, présentant des fièvres à forme continue et prolongée, n'avaient pas d’hémalozoaires dans le sang. De l’inexistence des signes de Lasègue et de Bonnet, on peut déduire qu'il s’agit d’une névrite terminale intéressant ie sciatique poplité externe, plutôt que d’une névrite tronculaire

Enfin, il nous paraît intéressant de mettre en relief: quelques faits de notre observation.

J° La dissociation des troubles dans le domaine du musculo-cutané où l’on constate une légère hypoesthésie et dans celui du cutané péronier où l'on trouve au contraire une hyperesthésie très marquée.

2° La faiblesse du réflexe accommodateur associée à la paresse du réflexe lumineux. Il s'agit là d’un signe que nous sommes en droit d'invoquer à l'encontre d’une névrile syphilitique chez notre malade, puisque la syphilis n’altère pas, dans la règle, le réflexe à l’accommoone

° Au point de vue trophique et vaso-moteur, l'apparition de la sudation dans le territoire hyperesthésique à l’occasion de la recherche du cutané plantaire. Il est à noter que, dans la plupart des observations rapportées jusqu'à ce jour comme dans celles d'Eichhorst et de Jourdan, la sudation ‘existe au niveau des zones hyperesthésiques, d'une façon constante.

4 Enfin, au point de vue psychique, l'existence, au cours d’une névrite isolée, d'un syndrome de Korsakoff lruste (amnésie anlérograde avec Lendance à la fabulation). Ce syndrome semble être plutôt l'apanage des polyné-

LNH 10 CU vrites où on peut le rencontrer fréquemment ; c’est pour cetle raison du reste que Korsakoff lui a donné le nom de psychose polynévritique.

OBSERVATION Il

(Audemard et Chartier. — Zyon médical, 1918)

Névrite paludéenne

P..., 36 ans, adjudant à la Légion étrangère, a fait

aux colonies des séjours nombreux ét prolongés. Depuis 1901, il a été atteint, à chaque retour aux colonies, de fièvres paludéennes qui n'ont jamais été très intenses, mais qui furent persistantes el tenaces.

Se trouvant à Salonique, à la fin de 1916, il éprouvait des accès fébriles quotidiens, malgré lesquels il pouvait assurer un service aux tranchées, en prenant une dose quotidienne de quinine de | gramme.

En décembre, il ressent les premières douleurs dans le membre inférieur gauche; 1l n’est évacué en France qu'en janvier 1917. Depuis, il est traité par la quinine, mais ce traitement, qui n’est pas pratiqué d’une façon assez systématique, n'apporte que des rémissions momentanées de la fièvre et des douleurs névralgiques.

Il entre au service de neurologie le 28 août 1917 pour névrite du membre inférieur gauche, sur l’origine de laquelle on pouvait se méprendre en raison de ce que les examens répétés de sang avaient été négatifs.

Ce malade s’améliorait rapidement sous l'influence de la galvanisation, lorsque, au milieu de septembre, un

retour des accès fébriles amena une vive recrudescence des phénomènes névritiques. | |

L'accès et les douleurs cédèrent rapidement à des injections répétées de quinine. Après une période de rémission complète de quatre semaines et malgré la continuation du traitement quinique, associé au cacodylate de soude, nouvel accès paludique et nouvelle poussée névritique, très douloureuse, fin octobre. Ce dernier accès ne fut jugulé qué par un traitement intensif (1 gr. 50 à 2 gr. de quinine en injection quotidienne intra-musculaire). Les accès sont des plus caractérisés : la rate est hypertrophiée et le foie légèrement douloureux.

La marche des phénomènes névritiques a, jusqu'ici, parfaitement coïncidé avec les accès palustres. Ce furent d'abord des troubles paresthésiques, puis des douleurs lancinantes, térébrantes, parfois avec crises fulgurantes, dans la zone du crural et du fémoro-cutané gauches, s'étendant bientôt dans le domaine du sciatique poplité externe, puis du sciatique poplité interne, et restant localisées au membre inférieur gauche.

On constate de l’hypoesthésie au tact et aux sensations thermiques sur tout le membre, mais plus particulièrement sur le territoire du fémoro-cutané et des nerfs plantaires. Les masses musculaires sont très douloureuses à la palpation, à Ia cuisse et à la jambe; les points de Valleix sont très accusés, sans signe de Lasègue et de Bonnet.

Pas de troubles moteurs. Réactions électriques sensiblement normales ; hypoexcitabilité faradique lé dans les muscles de la cuisse et de la jambe, plus noncée dans les muscles plantaires.

[l'est rare de rencontrer une aussi parfaite coïncidence

ère

pro-

ET RE des poussées névritiques et des accès palustres. Notons encore que, conformément aux remarques de Sacquepée et Dopter, il s’agit iei, non pas d’une sciatique vraie, mais d’une névrilte terminale, atteignant simultanément tous les rameaux nerveux du membre inférieur gauche,

OBSERVATION Il

(L. Moreau. — Paris Médical, 1919)

Névrite du sciatique poplité externe

B:.., 25 ans, soldat au n° d'Infanterie.

Douze jours après le premier accès de fièvre en juillet 1916, à Monaslir, a présenté brusquement, un matin, des syplômes de paralysie de la jambe droite. Rapatrié pour celle complication. Rien dans les antécédents : ni alcoolisme, ni syphilis. Marche en fauchant, le pied pendant. Pas de douleur spontanée où provoquée. Traces d'anciennes ulcéralions trophiques au talon et sous le gros orteil. Anesthésie à la piqûre des léguments du pied, sauf sur le bord interne de la face externe et de la moitié externe de la face postérieure de la jambe. OEdème périmalléolaire. Les réflexes rotuliens sont normaux.

Examen électrique. — Réaction de dégénérescence ‘complète dans la zone du scialique poplité externe. Secousse fortement trainante, avec inversion polaire.

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