‹ Contribution à l'étude des os vrais du poumonChapitre 5 sur 19 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les travaux précis concernant les productions osseuses du poumon sont de date assez récente. En effet, avant l'usage du microscope, il était pour ainsi dire impossible de discerner ce qui revenait au tissu osseux et ce qui relevait simplement des dépôts calcaires ; aussi se heurte-t-on à une confusion complète entre ces deux formations, dont il serait chimérique de songer à faire le diagnostic rétrospectif dans les publications anciennes. Même avec l'aide du microscope, la difficulté reste grande ; 1l est quelquefois difficile, en effet, de discerner l'os vrai de formations analogues calcifiées (1).

(1) Outre les cas fréquents où il est difficile d'affirmer ou non la présence de l’os dans un tissu conjonctif serré, à substance hyaline dense, certains auteurs n’accordent même pas le nom d'os vrais à des formations qui s’en rapprochent beaucoup. Virchow (Pathologie cellulaire, trad. fr. 1861, p. 307) s'exprime ainsi : « Une partie ne se transforme pas en os régulier parce qu’elle contient un tissu dont la masse fondamentale absorbe de la chaux et renferme des cellules étoilées ; malgré toutes

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Les deux époques dont la séparation date de l'usage systématique du microscope se différencient donc nettement. Il y a peu de chose à dire de la première, l’histoire des concrétions calcaires et des productions osseuses étant intimement mêlée. Cependant, nous sommes obligé de donner un court aperçu des travaux concernant les productions solides du poumon ; nous verrons, en effet, plus loin, que, d’après les recherches les plus récentes des auteurs allemands, il existe, le plus souvent, de l'os dans les prétendus foyers pulmonaires calcifiés.

I. Si Aristote parle, dans ses écrits, de productions solides formées dans le poumon, il n’a en vue, ainsi que les auteurs qui l'ont suivi, que les calculs pulmonaires rendus pendant le vivant dans un accès de toux.

C'est toujours la même constatation qu'on fait jusqu’à Morgagni. Ce dernier s'applique à étudier, avec détails, les concrétions du poumon. Il met au point leur histoire, décrit leur anatomie et enregistre leurs symptômes (1) ; mais, pas plus que ceux qui l’ont précédé, il ne pense à des formations osseuses.

Ch. Büttner (2) en 1769, Mathew Baillie (3) en 1794.

ces conditions, vous pouvez n'avoir affaire qu'à du tissu conjonctif imprégné de chaux. Quand nous parlons de l'ossification pathologique, nous voulons dire que la masse subissant l'ossification est produite par un processus actif, par une irritation, et nous ne pensons pas qu'un tissu préexistant prend la forme osseuse en absorbant simplement des sels calcaires. »

(1) Morgagni, épit. XV, $ 18 et 19.

(2) Ch. Büttner, Anat. Wahrnehmungen, Konigsberg, p. 202.

(3) M. Baillie, Anatomie des Krankhaften Bauer, etc., trad. de l'anglais par Th. Sommering, Berlin, 1794, p. 48.

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cités par Luschka (1), rapportent chacun un cas qu'ils décrivent comme représentant une ossification du poumon. Dans le premier, il s'agissait d’un homme de soixante-dix ans et « dont les os étaient parvenus à un état de mollesse remarquable ». Dans le second, le poumon était farci de corps durs. Luschka interprète ces cas comme représentant un type de l’altération désignée plus tard par Virchow (2) sous le nom de « Kalkmetastase ».

Broussais, en 1808, considère les concrétions pierreuses du poumon comme une des formes sous lesquelles se présentent les tubercules dégénérés. Cette opinion est reprise en 1819 par Laennec, qui prend soin de les distimguer des formations osseuses véritables. Il les considère non comme des os vrais, mais en différant en ce que « dans le développement de ces ossifications accidentelles la nature emploie une plus grande quantité de phosphate calcaire et une quantité beaucoup moindre de gélatine que dans celui des os ; d’où il résulte que ces ossifications présentent plus souvent l'aspect d'une petite pierre que celui d’un os » (3).

A cette époque, d’ailleurs, toutes ces néoformations sont rapportées à la tuberculose et cette idée fut vivement soutenue par Andral, Rogée, etc., jusqu'en 1865, où Besnier s'éleva contre cette tendance uniciste.

IT. Mais déjà avant cette date, la question des os vrais du poumon entrait dans une nouvelle phase, ou pour

(1) H. Luschka, Verastigte Knochenbildung im Parenchym der Lunge Virchow's Archiv.; Bd X, p. 500-505, Berlin, 1856.

(2) Virchow, Archiv. Bd VIII et IX.

(3) Laennec, Auscult. mediate, t. T, p. 279.

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mieux dire, la dichotomie entre les productions calcaires et les transformations osseuses s’établissait et prenait Corps.

C'est ainsi qu’en 1824 Rullier publiait la première observation où la présence de l'os était nettement affirmée. A vrai dire, il n'en donna pas de preuves histologiques, la pièce déposée dans le musée de la Société de la Faculté ayant été égarée ; mais la description macroscopique qu'il en fait est telle qu’on peut, sans aucun doute, la rapporter à un cas de production osseuse ramifiée (1).

À la suite de l'observation de Rullier, on en voit apparaître quelques autres, mais quelques-unes douteuses (William et Johnson, Nüsser)et, en tous cas, assez isolées: nous n’en trouvons qu'une ou deux certaines pendant une période de plus de trente ans.

Il faut, en effet, arriver jusqu'à l’année 1856 pour trouver dans la littérature quelques documents précis. Cette année-là voit apparaître le cas de Cruveilhier et celui de Luséhka. Ce dernier est un cas-type de production osseuse ramifiée. L'auteur l’a étudié avec un soin tout particulier au point de vue histologique et il cherche” à baser sur son fait une hypothèse pathogénique qui est encore la plus vraisemblable à l'heure actuelle.

A la:ssuite de ce cas, plusieurs auteurs rapportent, les années suivantes, des observations presque toutes iden-

(1) Nous donnerons, à la fin de ce travail, le résumé de toutes les observations que nous avons pu rassembler jusqu'à ce jour. Le lecteur voudra bien s'y reporter, soit pour les détails importants de chaque cas, soit pour les indications bibliographiques précises,

tiques à celle de Luschka. Ces observations restent néanmoins éparses, étant donné la rareté de ces formations.

Ce sont celles de Forster (1858), Bühl (1867), celle de Le Diberder (1867), qui s’en éloigne par quelques détails, Bostroem (1870), Picchini (1885), Triboulet et Cornil (1892), Thonion et Cornil (1894), Przewoski (1897), Arnsperger (1897), Schumacher (1898), enfin les deux observations de MM. Devic et Paviot (1901) et celle de Jerusalem (1901).

Entre temps, quelques observations un peu différentes avaient été publiées : celle de F. Cohn (1884) établissait l'existence de productions osseuses diffuses, dont un cas à peu près analogue avait déjà été vu par J. Port (1858). L'observation de Wagner (1859) montrait une nouvelle forme, la forme dite {ubéreuse, dans laquelle les formations osseuses, souvent en assez grand nombre, ne dépassent généralement pas le volume d'un pois. A la suite de cette observation, quelques autres s'y rattachèrent, permettant d'isoler cette nouvelle forme, quoiqu’elle demeure plus rare que la forme ramifiée. Ce sont celles de Heschl (1862), le second cas de Scholtz (1859), Brambilla et Montini (1895).

En outre, les auteurs de traités d'anatomie pathologique consignaiént, particulièrement en Allemagne, la possibilité des ossifications pulmonaires, généralement d’une manière sommaire. On trouvera ainsi quelques lignes à ce sujet, soit dans Cornil et Ranvier (1), soit dans

(1) Cornil et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, t. TT, p. 417, 1901,

= Ziegler (1), Orth (2), Rokitansky (3), Thoma (4), Conheim (5).

Aucune monographie étudiant dans l'ensemble ces formaltions n'existe à notre connaissance, si l’on met à part la thèse de Poulalion (6), qui traite en même temps de toutes les formations crétacées.

III. Tandis que les observations précédentes s’ajoutaient les unes aux autres, des recherches nouvelles firent entrevoir un nouveau côté de la question. Un cas de Bensen (7) montrait que l’on peut trouver des dépôts osseux, microscopiques dans les nodules crétacés vulgaires que l'on trouve si fréquemment aux sommets des poumons atteints d’inflammations anciennes. Lubarsch apporta de nouveaux faits positifs ; enfin Pollack, dans un travail considérable, a montré que l'on trouvait de l'os à peu près dans tous ces foyers et il a précisé les caractères macroscopiques qui permettent de soupçonner sa présence.

Nous avons observé un cas analogue très démonstratif que nous rapporterons plus loin.

Comme on le voit, les os vrais du poumon sont représentés soit par des formations microscopiques qui doivent

(1) Ziegler, Lehrbuch der speciellen patholog. Anat., Bd II, SUIS:

(2) Orth, Lehrbuch der speciellen pathol. Anat., Bd I, S. 454.

(3) Rokitansky, Handbuch der patholog. Anat., II, Auflage, 1861, Bd III, S. 80.

(4) Thoma, Pathologie anatomique, Ba I, S. 659.

(5) Conheim, Allg. Patholog., Bd I, S. 748.

(6) Poulalion, thèse de Paris, 1891.

(?) Bensen, Heteroplastischen Knochenbildung, Güttingen,

être extrêmement fréquentes, soit par des néoproductions quelquefois très volumineuses : celles-ci restent des raretés. Il nous semble que la pathogénie, si obscure qu'elle paraisse de l’une et de l’autre de ces formes, s’éclaire par une étude d'ensemble.

Dans cette étude, nous décrirons d’abord les diverses formes des ossifications étendues, avec les données étiologiques, les détails d'histologie qu'elles comportent ; puis nous envisagerons les points osseux des cicatrices crétacées. Enfin, dans un troisième chapitre, nous chercherons à démêler le mode de formation et le développement de ces néoproductions. Nous réunirons dans un dernier chapitre un résumé de toutes les observations que nous avons pu rassembler. On nous pardonnera de n'avoir pas consacré de chapitre aux symptômes et au diagnostic, ces phénomènes étant toujours des trouvailles d’autopsies ou des détails histologiques indépendants des manifestations cliniques.

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