VARIATIONS DE LA GLYCÉMIE APRÈS ABSORPTION DE GLUCOSE
Si l’on fait absorber à un sujet une quantité assez considérable de glucose, il est logique de penser que la valeur de sa glycémie va augmenter.
En clinique, pour déceler les troubles de la fonction glycorégulatrice, on a recours à l’épreuve de l’hyperglycémie provoquée.
À un sujet à jeun, on fait absorber 0,50 g. de glucose dilué dans une assez grande quantité d’eau, 500 cc. environ.
On dose sa glycémie avant l’ingestion du glucose, puis, d'heure en heure, pendant trois ou quatre heures. Voici le
LDUASRE
résultat d’une épreuve hyperglycémie normale d’après Marcel Labbé :
Glycémie à jeun, 1 gr. 04;
Glycémie une heure après ingestion de glucose, À gr. 28;
Glycémie deux heures après ingestion de glu- Cose. À (8r 10: RS
Glycémie trois héures après ingestion de glucose, 0 gr. 97.
Gilbert et Baudouin constatent aussi que l’absorption de glucose chez un sujet normal entraîne toujours une élévation de sa glycémie. Ces auteurs font absorber 150 grammes de glucose purifié dans 400 cc. d’eau à un sujet sain et à jeun. Ils constatent au bout d’une heure une élévation de la glycémie d'environ 0,25 p. 1.000 : au bout de deux heures, ïls constatent que la glycémie est plus élevée qu’à jeun et que lon ne retombe à la normale qu'au bout de trois à quatre heures. Ils trouvent cependant que, quelquefois, la glycémie la plus forte se trouve deux heures après l’ingestion de sucre; la chute vers la normale est alors plus lente.
Gilbert et Baudouin appellent coefficient glycémique le rapport entre la glycémie la plus élevée après l’ingestion de glucose et la glycémie à jeun. Chez le sujet normal, ce rapport est toujours supérieur à 1; il ne dépasse pas 1,35 et oscille le plus souvent autour de 1,30.
Marcel Labbé, pour apprécier la valeur de la réaction à l'épreuve de l’hyperglycémie provoquée, trouve qu’il est plus juste de tenir compte à la fois de l’élévation de la glycémie et de la durée de l’hyperglycémie. Pour cela, il mesure l’aire du triangle d’hyperglycémie.
Escudero signale que la glycémie ne se maintient pas pendant vingt-quatre heures à une concentration immuable; elle se trouve influencée par diverses causes : entre autres par la nature, la fréquence et la quantité de l’alimentation. Pour caractériser certains diabétiques qui gardent
ide
leur concentration de glucose sanguin à un taux à peu près constant, avec des ‘variations insignifiantes, Escudero a créé le terme d’isoglycémie. Dans la suite, Escudero et Pangaro font ingérer 2 grammes de glucose par kilo de poids théorique en solution à 20 p. 100 à un sujet à jeun et évaluent la valeur de la glycémie chaque trente minutes, jusqu’à la troisième heure. Dans la plupart des cas, ils notent qu'une élévation qui n’atteint jamais 2 g. p. 1.000 s’établit dans la glycémie entre une demi-heure et une heure après l’ingestion de glucose; au bout de trois heures, la valeur de la glycémie devient inférieure à ce qu'elle était avant l’expérience. Par ingestion de glucose, on n'obtient pas toujours une hyperglycémie marquée. Escudero et Pangaro remarquent que, chez certains sujets, la glycémie, après ingestion de glucose, ne monte pas à 1 g. 30 p. 1.000. D’autres fois, elle n'excède pas 1 g. p. 1.000. On n’assiste donc pas à l’apparition de l’onde d’hyperglycémie postprandiale. Escudero a étendu à ce phénomène le terme d’isoglycémie. Il distingue dans les isoglycémies quatre types fondamentaux :
a) Un type à courbe normale, mais à hyperglycémie peu marquée, exemple :
À jeun, 0 g. 85;
30 minutes après ingestion de glucose, 4 g. 11; 90 minutes après ingestion de glucose, 1 g. 20; 120 minutes après ingestion de glucose, 1 gramme; 150 minutes après ingestion de glucose, 1 gramme;
180 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 83.
b) Deuxième type : La courbe a un point maximum peu marqué, sa chute est brusque :
À jeun, 0 g. 81
90 minutes après ingestion de glucose, 1 g. 21; 120 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 97;
180 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 58.
Pi, vu
c) Troisième type : la courbe ne monte pas à À gramme p. 1.000 et présente des oscillations brèves :
À jeun, 0 g. 80; 30 minutes après ingestion de glucose, 0 © 60 minutes après ingestion de glucose, 0 90 minutes après ingestion de.glucose, 0 120 minutes après ingestion de glucose, 0
ge OR oe Ce OR (de) Si
150 minutes après ingestion de glucose, 180 minutes après ingestion de glucose,
se œo œ
d) Quatrième type : La courbe, inférieure à 1 gramme p. 1.000, ne présente pas d’ascension initiale :
A jeun, ,0 g. 90;
30 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 80; 60 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 50; 90 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 55; 120 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 50; 150 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 50; 180 minutes après ingestion de glucose, 0 g. 60.
Ce dernier type est le type inverti ou hypoglycémique. = Escudero fait remarquer que l’on trouve ces types de courbes isoglycémiques surtout chez les sujets qui présentent les troubles neuro-endocriniens; elles se présentent avec une grande fréquence lorsqu'on soumet le sujet à un régime très riche en hydrates de carbone. |
M. Labbé, Boulin et Petresco signalent que chez certains sujets, si on fait ingérer 50 grammes de glucose, on observe une baisse immédiate de glycémie, qui n’existe parfois que . quelques minutes, puis la glycémie monte et atteint son maximum environ une heure après. Ensuite, il se produit une baisse progressive, et, trois heures après, la glycémie est revenue au taux initial et, souvent, à 5 ou 10 centigrammes au-dessous de ce taux. Ces auteurs observent cette hypoglycémie spontanée, transitoire, réactionnelle chez les gros
mangeurs, Sigwald explique ce phénomène par le principe de déplacement de Le Chatelier (voir Thèse de Paris 1932) et il pense que la baisse secondaire est due à une réaction trop forte du déséquilibre initial. Il écrit que lorsque le mécanisme glyco-régulateur est trop sensible, on assiste à une exagération de cette réaction secondaire avec un véritable hyperinsulinisme spontané, transitoire, au cours duquel on peut voir des glycémies de 50 à 40 centigrammes, avec des manifestations cliniques. Cette hypoglycémie tardive, réac- Lionnelle, apparaît surtout chez les sujets présentant une affection susceptible de retentir sur le mécanisme glyco-régulateur.
Au cours de l’étude de la glycémie, après le repas normal, nous avons vu que les auteurs américains considèrent que la plus forte valeur de la glycémie se produit une heure environ après le premier repas; après les deux autres repas, les élévations de la glycémie sont moins considérables. Que se passe-t-il si l’on fait ingérer à un sujet des quantités de glucose à intervalles rapprochés?
Hamman et Hirschman font remarquer que chez les sujets normaux des ingestions de glucose répétées ne sont pas nécessairement suivies par une brusque élévation de glycémie, mais fréquemment par une réaction peu marquée; ils concluent que l’ingestion de glucose stimule le mécanisme de la glyco-régulation, qui est mise en garde contre de nouvelles ingestions immédiates, de même nature, de sorte que les ingestions qui se suivent provoquent des élévations de la glycémie de moins en moins marquée. Ces auteurs pensent en somme à une sorte d’immunisation.
Mac Lean et Wesselow donnent des doses déterminées de glucose à une heure et demie d'intervalle. Les courbes de la glycémie après la première et la deuxième ingestion ont la même forme, mais la première est nettement plus élevée. L’explication qu’ils donnent est que l’hyperglycémie, résultant de la première dose‘de glucose, déclanche un mécanisme glyco-régulateur qui cause une baisse de la glycémie.
Durin, : À 2
ROBES Ce mécanisme n’a pas cessé d'agir quand on donne la deuxième dose et il tend à prévenir une hyperglycémie aussi marquée.
Folin et Berglund croient que la chute de la glycémie se produit quand les tissus sont suffisamment alimentés et qu’elle constitue une preuve que le besoin de certains tissus en sucre à cessé. |
En résumé, la glycémie augmente de valeur après le repas et après l’ingestion de glucose. L’isoglycémie, l’hypoglycémie signalées par les auteurs cités plus haut sont des faits pathologiques.