ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les ossifications post-traumatiques étudiées autrefois sous le nom d’ostéomes musculaires avaient été observées uniquement en plein corps musculaire, et consécutivement à des traumatismes directs sur le muscle. Ces ossifications de la diaphyse musculaire se développent loin des articulations. Celles que nous étudions plus particulièrement dans ce travail siègent dans les tendons, les muscles qui engainent une articulation, et peuvent être considérés comme une conséquence indirecte d’un traumatisme articulaire.
Sans aucun rapport au début avec le squelette, ces ossifications en se développant peuvent venir en contact avec los voisin. Situées le plus souvent à la limite du tendon d'insertion, les néoformations osseuses prennent, dans la majorité des cas, une forme allongée, de telle sorte que leur grand axe correspond avec la direction des fibres musculaires ou tendineuses. Ce sont de véritables coulées osseuses formées tantôt de tissu compact, tantôt de tissu spongieux.
PATHOGENIE
Le chapitre le plus passionnant dars l'étude de ces ossifications post-traumatiques en est sans aucun doute leur pathogénie, si l’on se rapporte aux innombrables travaux dont elle a été et dont elle est encore à lheure actuelle l'objet.
Depuis lépoque où CoPpPiING et FRECKE en 1740 signalerent les premiers la présence de masses osseuses dans les muscles, ces néoformations n’ont pas cessé d’intéresser les chirurgiens. En 1741, DUHAMEL attribue déjà toute la réparation osseuse au périoste (théorie périostique). Quelques années plus tard sa théorie est battue en brèche par HALLER qui soutient que cet os naîtrait de la moelle des extrémités osseuses (théorie médullaire). DUPUYTREN essaie de concilier les deux théories.
CAS1 PFISTER, ayant observé deux cas d’ossification posttraumatique au genou prétend que ces ossifications proviennent de contusions parostales.
PREISLER (10 cas) les attribue à une métaplasie due à une lacération du périoste de la part du tendon du grand adducteur ou du ligament collatéral interne.
IsæiMoro et KANEKO (5 cas) et DirRANDT (1 cas) en font un arrachement initial d’une parcelle osseuse.
EwaLp (20 cas) pense que le sang et le liquide synovial extravasés par l'effet de la dilacération du tissu ligamen-
laire, peuvent déterminer dans celui-ci ou dans le tissu conjonctif frappé, un processus de calcifieation et d’ossification analogue à celui de la myosite ossifiante.
FaBris, injectant du sang et du liquide synovial n’apporte aucune confirmation expérimentale à cette hypothèse.
Pour SEYDELER, il y aurait transformation en hématome du caillot sanguin produit par le traumatisme. BIER avait donné une telle importance à cet hématome comme agent ostéogénique, qu’il proposait l'injection de sang comme traitement du retard de consolidation des fractures et des pseudarthroses. Cette théorie de lossification de lhématome sera d'ailleurs reprise plus tard par de nombreux auteurs. FERRARINI, un auteur italien, fera en effet observer que très souvent, comme dans la presque totalité de ses observations, on constate la présence d’un hématome plus ou moins abondant à la place duquel se développe ensuite la néoformation osseuse. D’après CarAMipA ce fait serait démontré car souvent la néoformation présente encore en son centre une. cavité remplie de liquide hématique.
D’après OLLIER, le périoste est le principal générateur d'os. Cet auteur dit que les ossifications hétérotopiques naïssent de noyaux périostiques disséminés à l’intérieur des tissus et amenés vers une ostéogénèse du fait d’une irritation locale. Certains auteurs ont parlé d’un périostisme latent. d’après lequel ,chez certains individus, les muscles auraient la possibilité de donner lieu à des néoformations osseuses. Cette hypothèse qui reste fidèle à la conception cellulaire de ViIRCHOw et qui a été approuvée par SubEk en 1919, trouverait une confirmation dans les recherches de POCHHAMMER et PoscHARINISKY, selon lesquels l’ossification musculaire reproduit le cadre de l’ossification périostique.
On a parlé aussi d’un ensemencement de lambeaux de périoste libres ou pédiculés qui auraient été amenés dans
Le NE les tissus musculaires ou tendineux à la suite du trauma Usme par dilacération du périoste.
En produisant de fortes contusions musculaires de façon à déterminer des lésions périostales, POCHHAMMER ne parvient pas à obtenir des néoformations osseuses. ;
ViOLATO fait d’ailleurs remarquer que, si l’ossification provenait d’un lambeau périostique détaché par un traumatisme, elle devrait progresser du centre vers la périphérie, alors que l’on voit très bien dans ces ossifications que los se forme de la périphérie vers le centre.
PoLICART et DESPIATS, à la suite de deux cas observés en 1917 conciurent que.les ossifications post-traumatiques consistaient essentiellement en une ossification du tissu conjonctif développée au sein de foyers de myosite ossifiante scléreuse. La périoste ,les fibres musculaires, d’après Îles cas observés par Ces auteurs ne Jouent aucun rôle. Sous des influences inconnues ,une partie de la substance fondamentale du tissu conjoenctif subirait une sorte d’homogénéisation suivie bientôt d’une fixation de sels calcaires. Ces auteurs, n’ont pu saisir de modifications histologiques des cellules conjonctives qui puissent faire penser à une sécrétion de Ia substance osseuse.
Reprenant plus tard la question des ossifications avec LERICHE, PoricarD explique que la transformation du tissu conjonetif en tissu osseux est très complexe. Elle implique l'apparition au point en voie d’ossification d’un matériel albuminoïde particulier ,qualifié suivant Ies auteurs de substance préosseuse, osséine, kittsubstanz, et d’un complexe phospho-carbo-calcaire. En imprégnant la matière conjonctive ces matériaux la transforment en, substance osseuse. Cette fixation des sels calcaires sur la substance préosseuse résulterait, d’après eux, d’un phénomène humoral purement intersticiel, sans participation