OBSERVATION XVIII
LAURENS. — Ostéome des fosses nasales avec mucocèle fronto-maxillaire. — Résection partielle du maxillaire supérieur, du tiers interne de l’arcade orbitaire, et de l'ethmoïde. — Opération. — Guérison.
La nommée G..., Louise, âgée de 20 ans, vient consulter, le 6 décembre 1808. à la clinique d’oto-laryngologie de l'hôpital Saint-Antoine, pour une obstruction nasale remontant à dix mois. A cette époque, elle s’aperçut d’accroissement de la difficulté de respirer par la narine gauche, et, en même temps, elle vit apparaître, sur le côté gauche du nez, et près de sa racine, une saillie très lègère. Elle présente, d'autre part, un écoulement de larmes du même côté.
Aucun phénomène compressif, une déformation très légere: pas de céphalalgie, pas de douleur.
A l'examen, on trouve une tuméfaction de la racine du nez, faisant corps avec l’os nasal yauche, arrondie, dure, non douloureuse.
A la rhinoscopie antérieure. on aperçoit une masse grisätre, osseuse, obstruant toute la fosse nasale gauche, affleurant d'un centimètre en arrière du vestibule.
La surface est déchiquetée, irrégulière, recouverte de mucosités, la muqueuse avoisinante rouge, fongueuse, sphacélée,
Il faut ajouter qu'à deux reprises, on avait fait des tentatives d'extraction, une fois avec la gouge et le maillet, une autre fois avec le tour électrique ; les résultats avaient été nuls.
Il était impossible de contourner la tumeur osseuse avec un stylet qui résonnait sur elle comme sur un séquestre. Elle tendait à franchir l'enceinte nasale, repoussant en dedans la cloison, en dehors les cornets ; en bas, elle était en contact avec le plancher ; en arriere elle affleurait la choane correspondante qu'elle obstruait totalement.
L'examen des voies lacrymales fut fait par le docteur Terrien, qui les trouva complètement oblitérées; par le point lacrymal supérieur, on introduit la sonde jusque dans le sac lacrymal, mais elle est aussitôt arrêtée par une barrière osseuse ; il est impossible de passer, le canal lacrymo-hasal est imperméable.
I n'y avait donc pas possibilité d'erreur sur le diagnostic, il s'agissait évidemment d'un ostéome à point de départ probablement ethmoïdal et qu'il fallait enlever.
EN 0e
L'intervention est proposée et acceptée.
Opération le 13 janvier.
Par raison esthétique, l'opérateur se contente d'abord de faire une rhinotomie. L'incision part de la racine du nez, court le long de l'arête dorsale, contourne le sillon naso-génien; d’un coup de bistouri, l'aile du nez est détachée par transfixion, et toute l’aile gauche rabattue à droite.
On constate alors que l'os propre correspondant est en partie détruit et corrodé par l’ostéome, et, de plus, que le jour donné par l'incision est tout à fait insuffisant. Il est impossible d’accoucher la tumeur et de la faire passer à travers ce détroit osseux. Aussi, pour transformer en fenêtre largement ouverte cette étroite lucarne, les téguments sont sectionnés en haut, au niveau de l’arcade sourcillière, en bas, la lèvre supérieure est coupée en deux, et le sillon gingivo-abial est fendu.
Avec la rugine, toute la joue gauche est rabattue en dehors sur les régions malaire et parotidienne.
Avec la pince de Liston, le ciseau et le maïillet, la section et la résection de l’apophyse montante du maxillaire supérieur sont pratiquées. On tâche d'extraire la tumeur avec un solide davier, mais les tentatives échouent, on ne parvient qu'à mobiliser en masse toute la tête de la malade, et à fragmenter quelques morceaux de la pièce qui paraît adhéfente, en haut, au niveau de l'ethmoiïde.
La fenêtre osseuse est élargie, et toute la paroi antérieure du sinus maxillaire est enlevée, le périoste du plancher de l'orbite et de la paroi orbitaire interne décollé; la poulie du grand oblique et le sac lacrymal sont détachés, le tiers interne et inférieur de l’arcade orbitaire est réséqué, on enlève une partie de l'ethmoïde et on reprend le davier.
Apres plusieurs tentatives de mobilisation de l'ostéome, la tumeur est enlevée, sans avoir, en aucun point, déchiré la surface de la pituitaire, la paroi externe, en particulier, était intacte et les cornets normaux.