OBSERVATIONS
Observation I
Ostéo-sarcome du maxillaire inférieur.
(Due à lobligeance de M. Pré, chirurgien des hôpitaux | de Marseille.)
Marguerite T..., 28 ans, entréé à l'Hôtel-Dieu (Marseille), le 15 octobre 1905, pour une tumeur du maxillaire inférieur: L'état général est satisfaisant et la malade présente tous les attributs d'une robuste santé. Seule la face est déformée par l'irrégularité du magsif osseux.
L'affection actuelle remonte à deux ans et demi, époque à laquelle T:.. s’aperçut de la présence d’une petite grosseur dans le sillon gingivo-labial, près de la ligne médiane.
Insensiblement, mais sans douleurs, le volume de la tumeur augmenta, repoussant la lèvre inférieure et envahissant la région mentonnière. I] y a six mois, la malade, trouvant son menton par trop inesthétique, se décide à consulter.
La tumeur, étalée sur tout l’arc antérieur du menton, rendait ce dernier prognate. La peau était de coloration normale et n’adhérait pas à la Lumeur ; cette dernière faisait
corps avec le maxillaire inférieur ; ses contours se fcndaient
ERP insensiblement avec l’os sous-jacent : la consistance était plutôt dure, aveç, cependant, un point rénitent du côté gauche. Le sillon gingivo-labial est comblé par la tumeur ; mais la muqueuse conserve sa coloration normale. Il n’y ani douleur spontanée, ni douleur provoquée. Il n’y a pas non plus d’engorgement des ganglions sous-maxillaires.
Nous remarquions, en même temps, une augmentation de Vos maxillaire supérieur gauche dans sa totalité; cette hypertrophie datait, au dire de la malade, de plusieurs années, mais s’élait légèrement accentuée ces temps derniers. L'implantation des dents sur les deux maxillaires était assez irrégulière ; les incisives étaient crénelées. !
Si nous ajoutons que la malade nous indiquait une syphilis patente de son père, on comprendra que nous ayons pu penser à de la syphilis héréditaire tardive. Le traitement d'épreuve parut un instant nous donner raison et sous l'influence de piqûres au bi-iodure, la tumzur régressa légère ment. Nous perdimes de vue la malade durant trois mois, e le 15 octobre elle nous revint avec sa tumeur notablement augmentée de volume : c'était un vrai menton en galoche
Quelques petites douleurs avaient fait leur apparition.
La peau du menton est légèrement violacée, parcourue par un lacis veineux ; à ce niveau, on perçoit, par places, de la Hit on : le sillon gingivo-labial est totalement déplissé
par la tumeur, et, en ce point, on sent la crépitation par= cheminée.
La salive est difficilement retenue et la malade est obligée d’avoir un mouchoir à sa portée pour ne pas baver continuellement. Les incisives et les canines sont branlantes.
Le diagnostic d’ostéo-sarcome s'imposait. Nous proposà:
ON ÇA mes à la malade la résection du maxillaire ; elle mit autant d’insistance à la refuser que nous à la lui faire accepter. Cependant, elle demandait qu’on la soulageñt.
Nous intervinmes dans ces conditions : f
Incision en fer à cheval sur le bord inférieur du menton; le bistouri ouvre, en même temps que la peau amincie, une coque osseuse d’où s’écoule un liquide visqueux, hématique ; à la curette, plus encore qu’à la gouge, nous abrasons toute la table externe et régularisons la surface anfractueuse de la table interne. Ces manœuvres nous ont amené à ouvrir le sillon gingivo-labial, à mettre à nu les racines des incisives et des canines inférieures; près de la symphyse mentonnière, la curette creuse jusqu'aux apophyses géni, que nous respectons cependant. Puis nous suturons partiellement la brèche cutanée et plaçons un drain à l’angle inférieur de la plaie.
Contrairement à nos prévisions, les suites opératoires furent des plus simples ; la cicatrisation se fit rapidement; les dents que nous supposions devoir tomber, se consolidè-ent dans le
\ tissu de cicatrice, et, dans,les premiers jours de décembre 1905, la malade quittait l'hôpital complètement guérie, en apparence du moins.
L'examen anatomo-pathologique, pratiqué par M. le D: Alezais, avait révélé de l’ostéo-sarcome globo-cellulaire. : La malade, sur ces entrefaites, dut partir pour Saïgon; depuis elle nous a tenu au courant de sa santé ; c’est seulement au mois de janvier 1908 qu’elle nous apprenait qu’à gauche se formait un petit noyau, et, à l'heure actuelle, elle
est en pleine récidive.
Conclusions de l’auteur.—« De cette observation,
Lo
nous retiendrons seulement la lente évolution de l'affection, étant donné l’âge peu avancé de la malade. À noter aussi le résultat thérapeutique qui fut inespéré ; au lieu d’une récidive rapide, nous avons vu la guérison se maintenir deux années complètes.
«Ce fait ne nous conduira certes pas à préconiser ce mode thérapeutique incomplet, mais il est à retenir, et pourra, le cas échéant, être envisagé d’un œil moins défavorable pour les cas où le malade s'obstine à refuser une intervention plus méthodique et de résultat plus durable » (Péri).
Observation II
Ostéosarcome du maxillaire inférieur (1)
(Dr Pruyerre. In Marseille Médical. 15 février 1908).
L'observation dont je vais vous entretenir a trait à une personne âgée de 63 ans,qui est un vrai musée pathoiogique* Elle présente une luxation ancienne non réduite de l'épaule droite, un carcinome du sein gauche, etune tumeur du maxillaire inférieur.
Sans antécédents héréditaires, et je pourrais dire personnels, car on ne peut guère compter, à son âge, une variole discrète et des névralgies lombaires, cette femme a eu cinq enfants, dont trois sont encore vivants.
Elle est entrée dans mon service le 1er juin 1907, pour des
douleurs au sein gauche qui sont l’effet d’un carcinome avec