DEUXIÈME PARTIE
Nous venons d’exposer des faits cliniques, anatomiques, expérimentaux qui, de prime abord, paraissent tout à fait disparates. Cependant, nous voudrions maintenant essayer de les grouper et d’en dégager les traits caractéristiques.
Le cadmium seul semble posséder une individualité propre. Les troubles qu’il est susceptible d’engendrer sont d’une portée pratique très grande : d'une part, par l'intensité qu’ils peuvent atteindre : rappelons que les sujets présentant des lésions osseuses dues au cadmium peuvent devenir de véritables infirmes. Il y a donc là un facteur social important à considérer. D'autre part, soulignons à nouveau que tous les cas rapportés jusqu'ici concernent des ourriers professionnels du caämium. [Il y a là un fait intéressant particulièrement la médecine du travail.
Les troubles observés sont curieux à plus d’un point de vue.
D'abord l’aspect tout à fait particulier qu ils présentent ; syndrome douloureux important avec, à
RE
l'examen radiologique, un faux aspect de fractures, c’est-à dire l'existence de fentes linéaires généralisées à un nombre plus ou moins grand d’os, mais, avec toutefois des localisations assez spéciales comme le col de l’omoplate, le bassin. Il semble se produire par suite d’un mécanisme indéterminé, pouvant exister sous d’autres infiuences que celles du cadmium (dix autres cas de syndrome de Milkmann ont été rapportés pour lesquels aucune étiologie particulière n’a été invoquée jusqu'ici) une zone de plus grande transparence aux Rayons X, liée peut-être à une résorption osseuse localisée.
Quelle est la part exacte du cadmium dans le déterminisme de ce phénomène ? Il est impossible d'apporter actuellement une conclusion. Il serait désirable qu’une expérimentation bien conduite cherche à venir éclairer ce problème. Il faudrait en particulier faire des examens histologiques dans les zones pathologiques pour chercher à quoi correspondent les anomalies radiologiques constatées. Il faudrait faire des dépistages et des dosages du métal dans ces mêmes zones, de façon à chercher si le cadmium s’accumulant dans le squelette au niveau de certaines zones de prédilection (rappelons-nous l'aspect si particulier pris par les dents des ouvriers travaillant le cadmium), ne serait pas susceptible de jouer un rôle direct dans le déterminisme des lésions provoquées, ou s’il s’agit là de modifications beaucoup plus générales.
Nous soulevons là des hypothèses qu’il serait inté-
ressant, croyons-nous, de vérifier en raison des ré-
percussions immédiates qu’elles seraient susceptibles d’avoir en médecine professionnelle ÿ une part, en pathologie osseuse de l’autre.
Le plomb et le bismuth, produisant des effets très comparables, il paraît logique de les étudier ensemble.
Les conditions étiologiques dans lesquels ils sont
susceptibles de réagir sur le système ‘osseux sont connues. |
Le plomb se montre surtout actif sur le squelette des enfants. Ceux-ci s’intoxiquent dans la grande majorité des cas par ingestion (par succion particu-— lièrement) de substances plombifères. Mais il peut léser également le système osseux de l’adulte et ici encore la médecine professionnelle est au premier plan. Ce sont en effet les ouvriers, qui, ayant le plus l’occasion de’contacts répétés avec le métal, montrent le plus de lésions osseuses saturnines.
Pour le bismuth, l’origine des troubles est d’ordre tout à fait différent : c'est à la suite d'une thérapeutique bismuthique antisyphilitique intensive que les troubles apparaissent.
Cependant, dans l’un et l’autre cas, bien que signalées chez l’adulte, les lésions osseuses ont surtout été étudiées chez l’enfant. Dans le cas de l’intoxication saturnine, en particulier, les auteurs américains et japonais ont apporté des conclusions d’un très grand intérêt. Ils considèrent, en eflet, les signes radiologiques décrits comme quasi constants et beau-
coup plus fréquents et significatifs que l’un quel-