C... Marie, 46 ans
La malade est adressée le 15 juin 1929 au Docteur Gignoux pour « cholécystite aiguë ».
Pas d’antécédents héréditaires à retenir.
Personnellement, on retrouve dans son passé des accidents lithiasiques nets: elle aurait eu plusieurs crises douloureuses dans la région épigastrique, irradiant vers l’épaule et le bras droits et la laissant fatiguée et courbaturée. Un peu de subictèïe le lendemain.
Il y a deux jours, la malade a été prise de violentes douleurs sous les fausses côtes droites avec vomissements qui ont persisté et se sont accrus les jours suivants.
A l'entrée, on se trouve en présence d’une femme obèse, souffrant beaucoup et présentant des vomissements bilieux incessants.:
L'examen de l’abdomen montre une contracture moyenne occupant la région épigastrique et sous-hépatique; la douleur est maxima à l’épigastre, plus marquée à gauche qu’à droite.
Pas de coloration anormale de la peau.
La température est à 38°2, le pouls à 140, mou.
Urines foncées, sans sucre ni albumine.
On pose le diagnostic de « pancréatite aiguë hémorragique » en raison des antécédents, du siège médian de la douleur et de son intensité, des vomissements incoercibles et de l’atteinte de l’état général.
Intervention immédiate.
Anesthésie générale à l’éther.
Incision de Mayo. Dès l’ouverture, il s’écoule du liquide séro-sanguinolent et on découvre de suite un vaste placard de stéatonécrose sur la partie du grand épiploon située sous le foie. Des taches moins étendues se voient
sur l’épiploon gastro-colique et sur des franges graisseuses de l’intestin grêle.
La vésicule rétractée ne porte pas de perforation. Le pancréas, exploré à travers une brèche de l’épiploon gastro-colique, a sa tête augmentée de volume et indurée. Il existe du liquide séro-sanglant dans l’arrière-cavité. Dilacération de la capsule de la tête pancréatique : deux mèches et un drain sont mis à son contact. Fermeture en un plan aux fils métalliques.
Suites opératoires :
On commence de suite à administrer de la belladone (suppositoires d’extrait à 4 centigr.).
Le 16 juin, les vomissements ont cessé Le pouls est à 120, la température à 38° le matin, à 38°4 le soir.
On continue la belladone (4 centigr. par jour) et on commence à donner du bicarbonate de soude à forte dose par voies buccale et rectale.
— Deux injections intra-veineuses sont faites de sérum salé hypertonique (10 cc. chacune de la solution à 10 %).
Les jours suivants, la situation s'améliore progressivement: le pouls revient à 80 en trois jours, la température descend à la normale Des gaz sont émis le deuxième jour.
Le traitement belladoné n’en est pas moins poursuivi en diminuant peu à peu la dose, de même que l’administration de bicarbonate de soude.
Le drain est retiré le septième jour, les mèches le sont les huitième et dixième jours; elles sont remplacées par un petit drain qui est enlevé le 29 juin. Des débris sphacélés noirâtres ont été éliminés tout ce temps.
La malade quitte la clinique le 10 juillet: l’orifice de drainage est en bonne voie de cicatrisation.
On lui conseille un régime et l’absorption de bicarbonate de soude de temps à autre. On lui fait également ressortir l'opportunité d’une intervention secondaire sur les vois biliaires.
Le 20 octobre 1929, la malade donne de ses nouvelles: la plaie était complètement fermée le 1° août. « Maintenant, je suis forte et je ne me sens rien plus ».