OBSERVATION VI
M... Simon, 39 ans.
Il est envoyé le 19 septembre 1930 à l'hôpital de Bellevue, avec le diagnostic problématique « d’uleus perforé de l’estomac ».
Le malade répond assez facilement aux questions posées. On apprend que depuis 8 jours environ, il souffrait de la région épigastrique sans rapports exacts avec l’alimentation, sans avoir vomi. |
A part cet épisode tout récent, on ne relève aucun antécédent soit gastrique, soit lithiasique.
Puis le 19 au matin, vers 8 heures, une douleur brutale, en coup de poignard, l’oblige à interrompre son travail. Un médecin appelé l’envoie d’urgence dans le service où il arrive à 11 heures. c
À l'examen, il s’agit d’un homme, relativement jeune, vigoureux quoiqu’un peu maigre.
Orienté par le diagnostic de perforation gastrique, on en recherche les signes; et ce qui frappe, ce sont les caractères un peu atypiques de la douleur et de la contracture. La douleur, quoique très vive, semble cependant moins intense que dans un ulcus perforé. L’interrogatoire est facile; le malade peut s’asseoir sans trop de peine sur le bord du lit pour rechercher les réflexes qui sont normaux.
L’abdomen est d’une souplesse relative; on peut encore le déprimer et on note une légère voussure de la région épigastrique. La palpatioù réveille une zone particulièrement douloureuse, s’étendant en barre à droite et à gauche de l’ombilic, au-dessous du creux épigastrique, qui, lui-même, n’est pas très sensible.
CRT
La température est à 37°3; le pouls, bon et régulier, bat aux environs de 80-90.
On porte le diagnostic « d’ulcus gastrique perforé » avec cependant des réserves.
Intervention à 11 h. 30.
Anesthésie générale à l’éther.
Laparotomie médiane sus-ombilicale. À l’ouverture du péritoine, on ne trouve ni gaz, ni liquide gastrique.
L’exploration de l’estomac et de la première partie du duodénum est négative.
A l’occasion de ces manœuvres, il s’écoule un liquide séro-sanglant, ne contenant pas de caïllots et en quantité malgré tout peu abondante. |
L’épiploon, le méso gastro-colique sont le siège d’une tuméfaction œdémateuse, de couleur rougeâtre. Pas de taches de cyto-stéatonécrose. On fait le diagnostic de pancréatite aiguë hémorragique.
Effondrement du méso gastro-colique pour se porter sur le pancréas: celui-ci apparaît au doigt gros et induré dans sa totalité. On tâche d’en dilacérer le corps au doigt et aux ciseaux fermés.
Les bords de la brèche gastro-colique étant repérés, on explore l’étage inférieur de l’abdomen où on note la présence de sérosité et la diffusion de l’hématome à l'étage sous-mésocolique.
L’épiploon rabaïissé, on place au contact du pancréas deux mèches et un drain. Marsupialisation des bords de la brèche du méso gastro-colique au péritoine pariétal.
Fermeture en 3 plans.
Suites opératoires :
Pour diminuer la sécrétion pancréatique, on donne au malade de petites doses de belladone. On lui fait ingérer en outre du bicarbonate de soude.
Le soir de l’opération, l’état général s’est peu modifié: la température marque 37°5, le pouls est à 90-100. Par le drainage, s’est écoulée une quantité insignifiante de sérosité sanglante.
Le lendemain matin, aggravation considérable: la température est montée à 39°6, le pouls filiforme est incomptable.
Malgré l’huile camphrée et le sérum, décès le soir (32 heures après l’intervention).
L’autopsie est impossible, la famille faisant opposition.