CHAPITRE Y
Marche, durée, terminaison.
La marche des paralysies alcooliques est éminemment variable. Cependant leur évolution peut être divisée en trois périodes :
1° Une période préparalytique, caractérisée surtout par des troubles subjectifs, crampes, douleurs, fourmillements, brûlures, et qui peut ctre d’une durée extrêmement longue.
2° Une période paralytique où le tableau est celui que nous avons fait plus haut. La durée de cette période est absolument indéterminée. Elle peut en effet persister autant que la vie du malade, ou bien être entrecoupée par des rémissions plus ou moins longues.
3° Enfin, dans les cas heureux, la maladie atteint sa troisième phase, qu'on peut appeler phase de réparation. Elle coïncide avec la restauration des tubes nerveux et le retour de la motricité. Cette guérison peut être complète, ce qui est rare ; dans la majorité des cas, l’amélioration est très grande, et le malade peut reprendre ses occupations habituelles. Nous croyons que les chances de guérison sont d’autant plus nombreuses que le degré de l’intoxication est moindre, et que le malade renonce plus complètement à ses funestes habitudes.
C’est ce que tendent d’ailleurs à prouver les observations suivantes, qui ont trait toutes trois à des jeunes femmes intoxiquées par les essences.
Observation VII. — (Due à l’obligeance de M. Lancereaux).
(Une partie de cette observation a été rapportée dans la thèse de Behague, Paris, 1889).
Intoxication par les essences. — Paralysie des membres inférieurs d’origine alcoolique. — Grande amélioration.
M... Amélie, 30 ans, femme mariée, couturière, entre le 18 janvier 1889
à l’hôpital de la Pitié, dans le service de M. Lancereaux, salle Lorain, n° 2.
Elle vient de l’hôpital de Levallois-Perret où elle a été soignée depuis le 23 novembre 1888. Celte malade avait été adressée à M. Lancereaux comme hystérique ; elle était très maigre et avait des vomissements fréquents à son entrée.
Père mort à 74 ans, sujet aux douleurs rhumatismales, nerveux, non buveur.
Mère. 66 ans, très nerveuse, a eu beaucoup de migraines. 10 frères ou sœurs, plusieurs sont morts en bas-âge, trois de tuberculose.
Cette femme n’a pas eu de maladie dans l’enfance; à partir de 12 ans elle eut des migraines, à 14 ans la fièvre typhoïde. Réglée à 15 ans. Menstruation toujours régulière, sans leucorrhée, mais accompagnée souvent de crises nerveuses. Un an après le mariage ces attaques cessent complètement.
La malade a toujours été impressionnable et nerveuse; à la moindre contrariété, colères violentes, crises nerveuses avec larmes.
A 18 ans, au dire de la malade, à la suite d’une contrariété violente, crise de nerfs suivie d’affaiblissement dans les jambes.
A 20 ans, seconde crise.
A son entrée à Levallois, le 23 novembre 1888, on constate ce qui suit : La malade est étendue dans son lit, les jambes fléchies sur les cuisses et les cuisses fléchies sur le bassin. Lorsqu’on cherche à les étendre, la malade pousse des cris. Il n’y a pas de contracture.
Les muscles des cuisses et des jambes sont mous et flasques. Réflexe plantaire exagéré. Réflexe rotulien conservé. Sensibilité intacte, peutêtre un peu exagérée.
Lorsqu’on pique la malade avec une épingle, elle accuse une sensation de brûlure.
Depuis 15 jours, cauchemars, chutes dans Peau et dans des précipices. La malade n’en avait jamais eu de semblables avant ces 15 derniers jours. Hyperalgésie du tronc.
Au milieu de son sommeil la malade se réveille sans savoir où elle se trouve.
Chloral, 3 gr. ; sirop de morphine, 30 gr. ;
Sulfate de quinine 1 gr.
La voix est un peu altérée, comme voilée; cet état n’existe que depuis 15 jours. Sensation de boule remontant à la gorge. Constipation.
27 sept. — La malade a mieux dormi avec le chloral. L’état des jambes est le même.
Le 29. — Les jambes sont étendues sans que la malade accuse de
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douleurs bien notables. Elle peut à peine détacher les talons du lit. Suppression de la quinine.
Le 17. — Après un bain, la malade a eu une crise de nerfs. Elle a poussé des cris sans motif appréciable ; pas de modification dans l’état des membres inférieurs, cependant la malade ne pousse plus de cris lorsqu’on vient à serrer les muscles des mollets et des cuisses.
L’expression de la physionomie est un peu abrutie, l’appétit est bon, la digestion facile, les selles toujours un peu difficiles.
Le sommeil est bon avec le chloral, si elle oublie d’en prendre elle a de l’insomnie. Les cauchemars existent, mais moins nombreux. La mère nous donne les renseignements suivants : elle s’est aperçue que sa fille buvait vers l’age de 15 ans, elle buvait de tout (absinthe, vermouth , amer picon, vin, bière).
Elle est restée 7 ans avec son mari, qu’elle a quitté il y a environ un an. Au dire de la mère elle était très portée aux rapprochements sexuels, et aurait « fatigué un homme si vigoureux qu’il fût ». Depuis le moment où elle a quitté son mari, elle vit avec un individu qui est, de son côté, très porté aux plaisirs sexuels. La maladie aurait débuté, il y a 6 mois, par des faiblesses dans les jambes et une impossibilité de marcher sans faire de faux pas.
Depuis la même époque, perte absolue de l’appétit, suppression des règles. 15 jours avant son entrée à l’hôpital, la malade dut s’aliter, ses jambes refusaient de la porter.
5 janvier 1889. — Léger degré d’amélioration du côté des membres inférieurs, la malade parvient avec effort à détacher du lit les talons, ce qu’elle n’avait pu faire jusqu’alors ; les douleurs spontanées sont bien moins vives qu’au début et le décubitus se fait normalement les jambes allongées. Il persiste encore un certain degré de déviation de la pointe du pied en dedans, mais bien moins marqué qu’au début : néanmoins, impossibilité absolue de se tenir debout même avec des béquilles.
Le 18. — La malade sort de l’hôpital pour entrer à la Pitié.
Le 19. — Hôpital de la Pitié. — État actuel. — La malade qui se présente à notre examen est une femme de 30 ans, d’une constitution assez robuste, au teint bronzé, d’une santé généralement bonne.
Un matin en voulant se lever, elle s'aperçut de l’impotence de ses membres inférieurs et fut obligée de se recoucher.
La malade ne pouvait se tenir debout; elle sentait ses jambes fléchir. — Au bout de quelques jours les jambes se raidirent, elle ne pouvait plus ployer les genoux, en môme temps, il se produisait une chute du pied.
La malade n’éprouvait aucune douleur dans ses extrémités inférieures,
mais souvent elle avait des crampes dans les mollets, les muscles du mollet se contractaient en une masse dure.
Aujourd’hui, quand on place la malade dans le décubitus dorsal, les jambes sont étendues, immobiles, le pied ayant subi un léger mouvement de rotation en dedans, l’extrémité digitale tombant en avant. Les deux jambes sont affectées symétriquement, elles présentent les mêmes déformations Les jambes sont diminuées de volume, et la partie externe de la jambe semble plus atrophiée dans la région qu’occupent le jambier antérieur, le long et le court extenseur; les mollets étaient très forts nous dit la malade, « bien faits » même, et l’atrophie n’est survenue que depuis un mois. Les pieds tombent en avant, toutefois la malade peut exécuter quelques mouvements d’extension, mais au repos la chute se reproduit. Le pouce, quelque peu écarté des autres orteils, subit une chute plus prononcée que les autres doigts et ne peut être relevé comme les autres orteils dans les mouvements d’extension. La pression des masses musculaires au mollet est très douloureuse; on y éprouve un certain degré de mollesse. Pas de retard dans l’impression des sensations.
La sensibilité au pincement et à la piqûre paraît amoindrie dans les deux jambes et exagérée au niveau des cuisses. Le réflexe plantaire est aujourd’hui diminué, tandis qu’il était exagéré dès le début, alors que la malade fut examinée par M. Lancereaux à l’hôpital de Levallois-Perret ; toutefois, il y a encore de l’exagération du réflexe à la base des orteils surtout du gros orteil. Rien du côté des membres supérieurs, sinon les extrémités violacées et refroidies ( troubles vaso-moteurs ).
Il y a un mois les réflexes étaient beaucoup exagérés et le moindre chatouillement à la plante des pieds provoquait de violents soubresauts. La chute du pied était plus prononcée et tout mouvement impossible. Sensibilité thermique intacte. Réflexe rotulien aboli.
Sens de position intact. Sensibilité tactile un peu diminuée, la malade ne peut différencier la pression d’un seul doigt ou des 5 doigts réunis. La pression des ovaires n’est pas douloureuse, celle des apophyses épineuses non plus.
Pas de rétrécissement du champ visuel ; pas d’insensibilité de la cornée; aucun trouble de la vue, pas de myosis. Pas d’abolition du réflexe pharyngien.
La symétrie de la lésion, l’abaissement des extrémités et leur rotation en dedans nous font diagnostiquer une paralysie d’origine alcoolique.
La malade nie toute mauvaise habitude, elle serait d’une sobriété ex-
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trème, cependant nous avons vu que les renseignements fournis par la mère sont tout autres (1).
Force au dynamomètre: 40 kilogs de chaque main.
La maladeditquedepuis 6 moiselle est agacée par la moindre des choses, qu elle se met facilement en colère et est très triste, et de fait, quand on 1 interroge à ce point de vue, elle se met à pleurer. Il n’y a pas de gène dans la parole. La malade parait en outre avoir une véritable mémoire à trous. Si ou lui pose la même question à deux reprises, elle ne répond pas toujours exactement de la même façon, ajoutant parfois des choses très importantes qu’elle avait passées sous silence à un premier interrogatoire.
31 mars. — L’état de la malade est toujours sensiblement le môme ; elle dort mieux, meilleur appétit. Douleurs encore assez vives dans les membres inférieurs.
10 avril. — On enveloppe les pieds et la partie inférieure des jambes dans un appareil silicate.
16 mai. — On enlève les deux bottes silicatées mises aux pieds.
Les deux pieds sont en varus équin assez prononcé, les mouvements volontaires ne sont cependant pas complètement abolis, la malade arrive à fléchir le pied sur la jambe et à le maintenir quelques secondes dans cette position.
Le 20. — Électrisation des jambes tous les deux jours; courants faradiques. Le jambier antérieur et les extenseurs ne répondent presque pas à l’excitation.
Le 31 mai 1889. — L’extenseur commun des orteils répond assez bien à l’excitation faradique. L’extenseur propre ne donne presque rien.
Novembre 1889. — L’état de la malade s’améliore.
Février 1890. — La malade commence à pouvoir se lever et se tient debout.
9 juin 1890. — Il y a un an la malade ne pouvait pas se tenir debout, la marche était absolument impossible, elle était très amaigrie mais mangeait encore assez bien.
Depuis cette époque elle n’a plus ni rêves, ni cauchemars, ni pituites matinales. Depuis le mois de février, la malade commence à se lever et marche en se cramponnant aux lits.
Depuis 2 mois, elle peut marcher sans se tenir au lit ou au mur.
(1) Nous apprenons que depuis l’âge de 15 ans la malade s’échappait pour aller faire quelques petites débauches et, dès cette époque, elle a commencé à boire du vermouth et de l’absinthe.
Depuis 4 mois, la malade a recouvré son embonpoint normal; elle est aujourd’hui grasse et bien portante.
Depuis G mois environ, la malade n’éprouve ni fourmillements, ni crampes dans les jambes.
9 juin 1890. — État actuel. — La malade fléchit très bien les pieds sur la jambe, les orteils sont bien étendus, seulement le pouce est moins facilement étendu surtout à gauche.
A droite l’extension du gros orteil se fait un peu moins bien que pour les autres.
Dans la position du repos les deux gros orteils sont sur un plan inférieur aux autres orteils.
Sensibilité intacte des deux côtés.
Encore un peu d’hyperesthésie plantaire,, mais la pression des mollets, des cuisses et du ventre ne détermine plus aucune douleur.
La malade marche assez bien, mais talonne un peu et fauche très légèrement du pied droit. Les muscles des jambes réagissent bien'à l’électricité.
Observation VIII. — (personnelle).
Intoxication par les essences. — Paralysie des membres inférieurs d’origine alcoolique. — Amélioration très notable.
La nommée P... Augustine, ménagère, 33 ans, entre à l'hôpital de la Pitié le 19 septembre 1889 dans le service de M. Lancereaux.
Antécédents héréditaires. — Père mort à 80 ans, mère bien portante, sœurs, frères, bien portants.
Antécédents personnels. — N'a jamais été malade dans sa jeunesse.
La malade, très rusée, refuse tout aveu au point de vue de l’usage des boissons alcooliques; mais lorsqu’on lui parle de ses habitudes de vulnéraire ou autres, elle sourit d’une façon affirmative ; en somme, tout porte à croire 'qu’elle se livrait à l’absinthe ou à l’amer picon.
Il y a un an la malade ressentit dans les jambes et les pieds comme des piqûres d’aiguille. Immédiatement la marche lui devint pénible. Elle ne pouvait plus se tenir debout. Cinq à six jours après les douleurs disparurent, mais la malade resta toujours paralysée des extrémités.
Les réflexes plantaires sont diminués, mais la sensibilité est conservée. Réflexe cornéen conservé. Réflexe pharyngien diminué.
Les muscles de la jambe sont légèrement atrophiés.
Le ventre n’est pas douloureux à la pression. Cauchemars, chutes dans
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des précipices. Nausées le matin en se levant, mais pas de pituites. Dans le courant de l’hiver l’état de la malade s’améliore.
Au mois de janvier les douleurs diminuent, la malade peut se lever de son lit et se tenir debout. L'amélioration continue.
Au mois d’avril la malade commence à marcher en se tenant aux lits et au mur. Elle s’exerce à franchir l’espace séparant les lits.
15 avril. — La malade peut marcher sans se tenir aux lits. Les pieds sont encore dans l’extension sur la jambe, elle les relève fort peu, elle peut étendre les orteils, mais pas le gros orteil.
Réflexes plantaires existent mais non exagérés. Sensibilité des membres inférieurs conservée à la douleur, à la chaleur et au contact. Réflexes rotuliens conservés. Craquements articulaires très intenses dans les genoux. Aucun craquement dans les autres jointures.
Août 90. — La malade marche bien, mais elle se sent fatiguée quand elle a marché d’un bout de la salle à l’autre, elle a encore de la peine à relever ses pieds.
Septembre 90. — Les gros orteils sont encore un peu abaissés. La malade marche encore sur la pointe des pieds et en vacillant.
Dynamomètre : main droite, 47; main gauche, 38.
Observation IX. — (personnelle).
Intoxication par le vulnéraire. — Débilité mentale. — Perte de la mémoire. — Parésie des membres sans paralysie des extenseurs. — Erythème pellagroïde des mains et du 1/3 inférieur des avantbras. — Grande amélioration.
La nommée P. Marthe, âgée de 23 ans, corsetière, entre à l’hôpital de la Pitié le 19 juin 1890 dans le service de M. Lancereaux.
Antécédents héréditaires. — Père mort à 54 ans ; tuberculose ou cancer; mère vivante, bien portante, un frère bien portant, une sœur morte à 3 ans de fièvre typhoïde ; mari bien portant, éthylique.
Antécédents personnels. — Réglée à 13 ans 1/2, grossesse il y a 3 ans, depuis plus de règles, crises nerveuses à 22 ans, depuis elles sont revenues de temps en temps. A partir de ce moment elle se met à prendre du vulnéraire.
Etourdissements, vertiges assez fréquents surtout le matin, debout. A beaucoup maigri depuis qu’elle a contracté ces habitudes.
A eu fréquemment des pituites matinales depuis sa grossesse, tremblements très intenses de la langue et un. peu des doigts.
Rêves et cauchemars terrifiants (rats, chats etc.), depuis G mois; auraient disparu maintenant dit-elle, faiblesse des jambes depuis3 mois, très grande depuis 15 jours.
L’intoxication a eu manifestement lieu par les essences et en particulier par le vulnéraire. Elle en prenait au début pour ses malaises, puis avec l’habitude elle en prenait jusqu’à 1/4 de grand verre (dit son mari), le matin, et lorsqu’elle vomissait elle était dans l’impossibilité de sortir sans vulnéraire. Elle pouvait en absorber à peu près un grand verre entier par jour.
Dans la journée, elle prenait du vermouth, mangeait à peine, son mari lui a dit : « Tu te fais mal avec ton vulnéraire ».
Aspect étrange du visage, tristesse, inquiétude ; pleure sans raison, bizarrerie d’esprit depuis son enfance.
Elle cesse de manger depuis près de 4 mois, divague depuis 6 mois.
28 juin. — La malade dort bien avec le chloral, elle ne peut se lever ni se tenir debout.
Dans la station debout, ses membres tremblent, elle s’accroche aux objets, paraît très fatiguée ; renverse la tête en arrière et a de la raideur du cou. Au lit elle bouge à peine.
Les pupilles sont égales, un peu dilatées, chute de la paupière droite.
Elle accuse une douleur très vive dans la peau des cuisses et des jambes, surtout à gauche. La malade s’assied facilement. Les réflexes rotuliens sont exagérés. Léger abaissement des orteils, elle ne peut remuer ceux du pied gauche.
Dynamomètre : main droite, 50; main gauche, 30.
La malade dit avoir perdu la mémoire depuis 8 mois.
Prend 2 litres \/2 de lait, douches.
Hyperalgésie des jambes et des pieds. Atrophie des muscles de la région antérieure des jambes.
4 juillet. — La malade se plaint de constipation.
Le 9. — La malade se plaint d’une vive douleur survenant dans l’urèthre à la fin de la miction, d’autres fois elle ne s’aperçoit pas qu’elle perd ses urines.
Le 10. — Ses mains et ses avant-bras subissent un commencement de desquamation qui se fait par lambeaux assez abondants.
Elle se lève et descend seule au jardin.
14 juillet. — Depuis hier, douleurs déchirantes dans les pieds et la face.
Légers mouvements convulsifs du tronc, des bras, de la tète survenant par instants depuis le matin.
MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
Antipyrine : 2 grammes.
Le 18. — Nuit tranquille, douleurs et démangeaisons aux pieds.
Le 21. — Etat général bon, se lève depuis plusieurs jours, lassitude prompte. Etat mental très faible. L’érythème est en pleine disparition. Ne perd plus ses matières ni ses urines. Il y a quelques jours, il lui a semblé avoir vu revenir un peu de sang à l’époque menstruelle.
Le 31. — L’amélioration persiste, moins de lassitude, marche sans se tenir.
État mental meilleur. Ses jambes sont encore douloureuses. Bon appétit, soif vive.
Le 4 août. — Même état.
Le 7. — L’amélioration continue.
Le 8. — Un peu de faiblesse dans la marche, tremblements.
Le 18. — Les douleurs reviennent dans les pieds, surtout quand elle est au lit. Appétit meilleur ■- bonne digestion — bon sommeil, pas de réveil en sursaut, plus de rêves en somme, grande amélioration.
Le 22. — Seuls les pieds lui font encore un peu mal.
Le 28. — Même état général.
Urines : réaction acide, densité 1014, ni sucre, ni albumine.
Le 30. — Dynamomètre : main droite, 25; main gauche, 27. La malade marche bien sans talonner, élargit la base de sustentation, pas de paralysie des extenseurs, fléchit bien les orteils. Toujours un peu d’exagération des rétlexes rotuliens. L’hyperalgésie existe encore mais moins accusée qu’à son entrée. Sensibilité conservée au tact, à la température et à la douleur. Le tremblement des mains existe encore mais moins prononcé ainsi que celui des lèvres et de la langue.
Malade toujours impressionnable, très émotive.
Pendant l’examen de la malade, on voit perler la sueur sur les lèvres, le menton et les sourcils. Dort bien la nuit.
La malade n’a plus de crampes ni de fourmillements depuis quinze jours, plus de traces d’érythème pellagroïde aux poignets. Pleure encore quelquefois, mais beaucoup moins facilement et moins souvent. Mémoire revenue en grande partie.
Les muscles de la jambe réagissent bien à l’électricité. La malade descend au jardin depuis longtemps (un mois 1/2 environ).
Elle quitte l’hôpital très améliorée.