‹ Contribution à l'étude des paralysies périphériques isolées du nerf grand-hypoglosseChapitre 15 sur 16 · C... Edmond, 26 ans, soldat au 20° bataillon de chasseurs · texte numérisé non relu

C... Edmond, 26 ans, soldat au 20° bataillon de chasseurs

Antécédents. — Blessé à Estrées-Deniécourt, le 21 août 1916, par éclat de grenade, ayant pénétré au niveau de la région sous-maxillaire gauche.

Immédiatement après sa blessure, C... a présenté des troubles de la parole et de la déglutition. Les observations médicales, jointes à son dossier, et provenant de l'ambu-

lance chirurgicale 20, portent : 1° «… Troubles de la pho-

Ti —

nation, paralysie... »; 2° «... Plaie du larynx et du nerf grand hypoglosse... » |

Le blessé déclare qu'il n’a pu se faire comprendre, par la parole, pendant dix jours. De même, la déglutition fut profondément troublée : l'impossibilité de mouvoir la langue rendait la mastication des aliments solides trés laborieuse, et le malade ne parvenait pas à avaler, s’il n’absorbait, pour ce faire, quelque liquide.

Au 26 janvier 1917, jour où nous voyons le malade, nous

notons les particularités suivantes.

Signes physiques

Etude des cicatrices. — 11 existe, dans la région sousmaxillaire gauche, à 2 centimètres au-dessous de l'angle, une cicatrice étoilée, adhérente, de laquelle part un cordon de formation fibreuse, que l’on sent, par le palper,s’enfoncer vers la profondeur. Cette exploration provoque à la pointe de la langue, une sensation de picotements. La même sensation existe lorsqu'on explore la région symétrique droite.

Dans la région carotidienne droite, parallèlement au bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien, et à la hauteur de l'angle thyroïdien, apparaît une cicatrice linéaire, opéraratoire, vestige d'une incision pratiquée pour l'extraction du projectile.

Examen de la langue à l'état de repos. — La bouche, librement ouverte, laisse voir la langue, reposant sur le plancher, et d'une morphologie particulière, L'organe est asymétrique : le sillon longitudinal décrit une courbe à convexité dirigée vers la droite, et divise la langue en deux

parties :

Lot —

a) La droite, étroite, ridée, marquée de sillons transversaux et de mamelons, réalisant un aspect flétri, et présentant une voussure moins élevée que la gauche;

b) Celle-ci beaucoup plus large, plus épaisse et de surface unie.

Par le palper, on a, à droite, du sillon médian, une sensation de flaccidité des tissus, que l'on peut écraser, sans efforts, entre le pouce et l'index.

En résumé, nous sommes en présence d’une hémi-atrophie droite de la langue.

Signes fonctionnels à l'état de motilité. — Troubles moteurs peu marqués.

Par la protraction directe, le blessé peut porter la pointe de la langue à 1 cm. 5 en avant des incisives inférieures.

Dans ce mouvement, la pointe est déviée à droite, et l’organe présente l’aspect classique, de deux croissants inégaux, dont le droit, plus petit, est inscrit dans le gauche, plus large et plus long.

Si l’on demande au patient de déplacer l'organe latéralement, il peut le faire facilement à gauche, mais plus péniblement à droite, et seulement en exagérant la protraction. L'enroulement de la pointe, en haut et en bas, est possible.

Les mouvements combinés d’enroulement latéral et de circumduction sont limités des deux côtés. Le blessé ne peut, avec la pointe de la langue, toucher les dernières molaires supérieures, comme le fait un sujet normal.

La formation en gouttière, par redressement des bords, reste possible.

Il en est de même de l’aplatissement.

Troubles phonétiques. — On ne peut noter de déforma-

tions fixes des différentes lettres, qui, prononcées lentement et séparément, sont très distinctes.

Néanmoins, la parole devient embarrassée, si l’on fait augmenter un peu la rapidité d’élocution. Les dentales sont les plus pénibles à prononcer, et, en présence des sons d, t, n, le blessé s'arrête de parler, hésite, puis finit par articuler, avec efforts, mais distinctement ces consonnes.

Troubles de la déglutition. — Actuellement très amé- -liorés. De temps à autre, seulement, le temps pharyngien offre des difficultés, et le malade doit, au moyen de ses doigts, faire franchir l’isthme du gosier aux aliments solides.

Sensibilité. — Générale et spéciale, normales.

Conclusions. — Devant cet ensemble de faits : hémiatrophie linguale droite, déviation de la pointe à droite, troubles moteurs et fonctionnels, nous ne pouvons que conclure à une paralysie de l'hypoglosse droit, que le projectile, dans son trajet, au travers de la région sus-hyoidienne droite, aurait sectionné, avant la division en ses

rameaux terminaux.

OBSERVATION VI (Personnelle)

Paralysie de l'hypoglosse gauche, par section du nerf, au cours de l'anastomose hypoglosso-faciale, pour traite-

ment d'une paralysie faciale.

B... Maurice, sergent au 102° R. I.

Historique. — Blessé le 10 décembre 1916 à Verdun, par éclat d'obus, ayant pénétré au niveau de la mastoïde gauche.

Paralysie faciale gauche, consécutive.

On décide de tenter la régénération du tronc périphérique du facial, par suture bout à bout, avec la portion centrale de

l’hypoglosse.

De

L'intervention est pratiquée le à juillet r917. Le nerf grand hypoglosse gauche est sectionné, aussi haut que possible, dans la région carotidienne, un peu au-dessous de la naïssance de la branche descendante.

Signes physiques. — Examen de la langue, vingt-quatre heures après l’acte opératoire.

A l’état de repos, la langue offre un aspect presque normal. On note seulement que la moiïtié gauche est de surface plus égale, plus lisse que la droite.

A la palpation, grande différence de réaction des tissus, due à la moindre tonicité de la portion gauche, qui est flasque : indice d’un début d’atrophie.

Signes fonctionnels. — Motilité. — Peu troublée, dans l’ensemble. Protraction, à peu près normale avec ébauche de déviation à gauche.

Mouvements latéraux simples, normaux.

Mouvements combinés d’enroulement latéral et de cireumduction, normaux à droite, limités à gauche.

L’enroulement de la pointe, en haut et en bas, reste possible avec tendance à dévier vers la gauche.

La formation en gouttière, par redressement des bords est normale. L

Troubles phonétiques. — Léger embarras de la parole, la langue paraissant avoir perdu un peu de sa rapidité.

Pas de déformation systématique appréciable, dans la prononciation des différentes lettres.

Troubles de la déglutiton. — A noter que des difficultés, légères, d’ailleurs, existaient préalablement, pour la mastication à gauche, du fait de la paralysie faciale. Le blessé n’a pas l'impression que ces troubles se soient aggravés, par

suite de la section du nerf hypoglosse.

= Hp

Sensibilité. — Générale et gustative, conservée. Nous revoyons ce blessé, le ar juillet dix-neuf jours après l’intervention.

Les signes d’hémiatrophie linguale sont plus marqués.

Du côté de la lésion, la langue est diminuée de largeur et d'épaisseur ; sa moitié gauche est plissée, comme flétrie.

La tonicité musculaire est très amoindrie de ce côté,

La langue, tirée hors de la bouche, est nettement déviée du côté paralysé.

Au point de vue fonctionnel, le blessé ne signale aucune

accentuation des troubles.

OBSERVATION VII (Personnelle

Paralysie de l’'hypoglosse droit, par section du nerf, au cours de l'anastomose hypoglosso-faciale, pour traite-

ment d’une paralysie faciale.

B. … sous-lieutenant au ...° d'infanterie.

Historique. — Blessé le 4 mai 1917, par balle, entrée au niveau de l'angle inféro-externe-de l'orbite droit, sortie dans la région mastoïdienne droite.

Paralysie faciale droite, totale, consécutive.

Le 19 octobre 1917, on pratique la suture, bout à bout, du tronc périphérique du nerf facial avec l'hypoglosse droit.

Ce dernier est sectionné, au moment où il croise la carotide externe.

Signes physiques. — Vingt-quatre heures après l’acte opératoire.

Examen de la langue, au repos.

L'aspect extérieur n'offre pas de modifications apprécia-

bles.

Pepe

La palpation, au contraire, révèle un certain degré de

flaccidité de la moitié droite.

Signes fonctionnels. — Motilité.

Tous les mouvements sont possibles, diminués très légèrement d'amplitude.

Dans la protraction de la langue, on note une tendance à

la déviation de la pointe vers le côté paralysé.

Troubles phonétiques. — Léger embarras de la parole : le blessé zézaie, il prononce g et j comme le son z, ch comme s dur.

« Manzer — zardin — serser » pour « manger — jardin —

chercher. »

Troubles de la déglutition. — Les liquides sont déglutis sans incident.

Le blessé n’a pas encore absorbé d'aliments solides depuis

l'intervention.

Sensibilité. — Hyperesthésie droite.

Sensibilité gustative normale.

Le malade est revu le 18 novembre 1917, un mois après la section du nerf.

Les signes d’hémiatrophie droite sont très accentués.

La langue, à l'état de repos, offre un aspect asymétrique typique ; la partie droite est profondément ridée, diminuée d'épaisseur et de largeur, offrant un contraste frappant avec la gauche, qui garde une voussüre normale, et une surface unie.

Lorsque l’on saisit l'organe entre le pouce et l'index, la moitié droite ne se contracte pas, mais donne une sensation

de souplesse absolue.

Dans la protraction, la pointe est nettement déviée vers la droite. ;

D'ailleurs, les troubles fonctionels n’ont pas subi pareille accentuation.

L’articulation de la parole semble plus nette que lors du premier examen : le zézaiement a disparu.

La déglutition des aliments solides est parfois difficile.

Le goût est légèrement troublé.

Légère douleur à droite pendant la protraction.

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