OBSERVATION V
Due à l’obligeance de MM. Lannois et Chanoz.
M. Des... Joannès, 98 ans, ajusteur-mécanicien.
Père vivant, bien portant, âgé de 66 ans.
Mère vivante, bien portante, âgée de 46 ans.
Marié à 24 ans, pas d'enfants.
Pas de maladies antérieures.
A lasuite d'un accident survenu dans son travail d’ajusteur a subi une désarticulation de la phalangette du troisième doigt.
Pas de syphilis, pas d’alcoolisme.
Le 31 mars 1901, le malade étant monté sur un échafaudage élevé à 4 m. 50 du sol est tombé sur le bras gauche. Le bras gauche était replié au-devant de la tête pour la protéger, car il tombait tête première. Toute la face interne du bras était marbrée d’un peu d’ecchymose ; l'épaule était luxée en bas. La luxation fut réduite trois jours après. Mais les muscles antérieurs et postérieurs du bras et de l’avant-bras étaient complètement paralysés.
Le malade se présente le bras gauche légèrement fléchi et soutenu par la main droite. Les muscles sont dans un état de flaccidité absolue. L'avant-bras ne peut être amené dans l'extension complète. La plupart des muscles ont subi une atrophie. La flexion de l’avant-bras sur le bras est aussi incomplète ; les doigts sont en 1/2 flexion.
Comme mouvements possibles : le malade ne peut qu'élever le moiguon de l'épaule et aussi son membre supérieur.
IL possède encore un léger mouvement d’adduction du bras ; ‘it peut légèrement écarter son bras du tronc, mais les mouvements de projection du bras en avant ou en arrière sont absolument abolis à
l'épaule. IL porte bien un peu son bras en avant, grâce à son grand pectoral et aussi en mobilisant son omoplate.
Paralysie totale et atrophie très marquée du sus et sous-épineux du sous-scapulaire.
Atrophie du deltoïde.
Les muscles du bras sont tous paralysés et présentent de l’atrophie. La flexion de l’avant-bras sur le bras est absolument impossible. L'extension ne peut se faire complètement.
Le biceps, le brachial antérieur, le coraco-brachial, le long supinateur, le triceps sont paralysés et atrophiés. À lavant-bras et à la main, les phénomènes paralytiques et trophiques sontencore plus marqués. À la main atrophie très évidente des éminences thénar et hypothénar des interosseux et des lombricaux.
La main ne possède aucun mouvement, ainsi que le poignet. Les doigts sont à demi fléchis. Le pouce légèrement replié dans la paume en légère flexion. Troubles vaso-mcteurs. La peau est rouge, violacée. Troubles trophiques manifestes des ongles, qui sont jaunes, raccornis et repliés sur eux-mêmes.
Au courant faradique maximum de la Pile au bichromate, on obtient quelques contractions des muscles du bras, principalement du biceps, mais on ne peut obtenir aucune contraction musculaire des doigts ou des muscles de l'avant-bras.
Troubles de la sensibilité. — Le membre supérieur gauche présente des zones d’anesthésie qui siègent surtout à la partie postérieure et externe du bras, de l’avant-bras et de la main.
L’anesthésie porte sur le domaine du cubital. Signe de Biernaki complet.
Hypoesthésie et anesthésie partielle du radial, bras, avant-bras et main et aussi du médian. À
5 novembre.— Depuis son entrée dans le service, il est fait réguliëèrement chaque jour des massages de tout le membre supérieur gauche, Puis, jusqu’à la fin d'octobre dernier, on a fait de l'électrisation faradique également tous les jours.
Acluellement. — Amélioration très grande.
Le bras n’est plus fléchi, le malade peut le laisser pendre et le mouvoir dans quelque sens que ce soit.
La flexion de l’avant-bras sur le bras est à peu près complète.
L'extension de l'avant-bras se fait bien micux qu’à l'entrée; mais même en s'aidant du membre sain, le malade ne peut l’étendre complètement.
Il peut également élever le bras, mais le mouvement s’accom= pagne toujours aussi d'un mouvement d’élévation du moignon.
De plus, si l'avant-bras est étendu sur le bras, le malade nepeut pas l’élever dans la position verticale ; dès que la position horizontale est dépassée, l’avant-bras revient brusquement se fléchir sur le bras.
Les mouvements d'abduction du membre se font mieux qu’à l’entrée, Cependant ils ne se font pas complètement et s’accompagnent d'un déplacement du tronc.
Les mouvements de projection du bras en avant et en arrière se font à peu près normalement en ce qui concerne le bras.
Lorsque le bras est tendu, la main retombeen flexion. La main et les doigts offrent l'aspect de la griffe de la paralysie du cubital.
Les muscles de l'éminence thénar sont atrophiéset flasques. Ceux de l'éminence thénar présentent la même déformation, atrophie également des interosseux.
Sur la face dorsale du poignet, presque au bord interne, on trouve une petite tumeur, dure, indolente, ayant à peu près le volume d’une bille.
Même tumeur, mais un peu plus volumineuse au dos de la main en un point correspondant à l'extrémité articulaire du deuxième métacarpien. Cette tumeur du dos de la main est le siège d’une douleur lancinante qui s'irradie vers l’auriculaire,
La main ne possède guère de mouvements. Le malade la fléchit un peu sur l'avant-bras, mais ne peut l’étendre. Les doigts sont toujours à demi fléchis; le malade peut bien imprimer des mouvements de flexion, mais non d'extension. Le pouce est toujours incurvé vers la paume, mais il n’est plus fléchi.
Le malade ne peut pas écarter les doigts, mais il peut imprimer des mouvements d’adduction au pouce ; pas de mouvements d’abduction ni d'extension.
Les mouvements de supination et de pronation se font presque normalement. L'atrophie des muscles du bras est bien moindre qu'à l'entrée ; le biceps, qui avait presque totalement disparu à l’entrée du malade, est maintenant assez volumineux ; de même le brachial antérieur, le coraco-brachial et le triceps.
Le biceps, le coraco-brachial, le brachial antérieur réagissent aux courants faradiques. |
Le sus-épineux, le sous-épineux réagissent également.
Le deltoïde et le triceps ne réagissent pas. A l’avant-bras, seuls les muscles fléchisseurs et adducteurs du pouce réagissent.
Partout le malade sent bien le courant, alors qu’au début il ne le sentait pas.
Troubles de la sensibilité.
Il y à d'abord une zone très large d’anesthésie complète jà la piqüre siégeant à la face postérieure de l’avant-bras. Cette zone débute à 13 cent. du carpe et s'étend jusqu’au bras (face postérieure) sur une longueur de 14 cent. Sa plus grande largeur est de 4 cent.
Elle se continue sur le bord interne de l’avant-bras par une bande de même longueur, mais large seulement de 2 cent. Cette bande empiète un peu sur la face palmaire de l'avant-bras. A son extrémité inférieure, elle se continue par l'anesthésie du bord interne de la main et de l'annulaire.
A la main et aux doigts, la recherche de la sensibilité nous a montré les faits suivants :
Lgooe
Anesthésie complète de la portion de la main correspondant au cinquième métacarpien et à l’auriculaire. Hypoesthésie du quatrième métacarpien et de l’annulaire.
Puis, à partir dela ligne médiane, la sensibilité s'accroît pour être complète au niveau de l’index et du pouce. Ceci aussi bien à la face palmaire qu’à la face dorsale.
Le 6 novembre 1901, M. Chanoz examine le malade et constate ce qui suit :
Les mouvements de l'épaule et du bras sont possibles, mais moindres à gauche qu'à droite.
Quelques légers mouvements de flexion des doigts.
La mensuration donne les renseignements suivants :
D G Bras à 18 cent. de l’olécrane 31 27,8 15 cent. — 29 27,4 Au pli du coude 30 26,4 à25 cent. de l'apophyse styloïde du cubitus 27,5 93,92 20 — — 21,4 9292 16 — — 26,0 921,7 44 — — 24,0 920,4 10 — — 21,5 18 Vers lPApophyse styloïde du cubitus 4 6
Examen électrique :
Courant faradique droite gauche Nerfs point d'Erb , vers 8 rien Vers6,7 mouvements dans l'épaule, le bras, l’avantbras,
Cubital au coude normal Pas de mouvements, mais fourmillements dans le petit doigt.
Médian dans l’aisselle normal vers 10 flexion du poignet Radial id. pas de contraction Deltoïde D AOs2irien Biceps 6 7,2 contraction Coraco-brachial 6,8 75 id.
Brachial antérieur % 4 id.
Long supinateur 6 à 11 pas de contraction Extenseurs 6 ait id.
Interosseux dorsaux 6 ce 162 id.
Fléchisseurs 6 à 12 id.
thénar Main( hypothénar 7 à 492 id.
lombricaux Triceps #4 à 12 id.
Dans toute cette région la sensibilité faradique est très diminuée du côté malade.
Du côté gauche le grand dorsal et le trapèze fonctionnent bien.
La sensibilité faradique parait plus forte au niveau du sous-
épineux.
Au courant galvanique :
côté gauche Deltoïde 12 m A PR NE Biceps coraco-brachial et Brachial antérieur 1{ mA NOR PE
4 m A NF — P F secousse à 5 m A PF => NFtres lente ixtenseurs des doigts 5 m À N'RESP"F id,
ge
Extenseur du pouce
Muscles épicondyliens 9 m A N F. > P Frirés lente. Fléchisseurs | > m À N'ES E id.
Eminence thénar 6 m A PP NE id.
Adducteur du petit doigt 5 m À PEN id.
Lombricaux 5 m A PREN.F id.
Réaction de Ghilarducci :
Extension 7 m A NF > P Fcontraction lente Flexion 5 m À NOR PR id,
La sensibilité galvanique est aussi diminuée.