OBSERVATION VII
Tirée d’une communication de MM. Leclerc et Chattot, à la Société Nationale de Médecine de Lyon, 9 novembre 1908.
La malade entra à l'Hôtel-Dieu Le 12 octobre 1908. IL s’agit d’une jeune fille de 18 ans, travaillant chez un jardinier et qui, pendant trois semaines, a porté tous les jours de grands arrosoirs d’eau. Elle ne présente aucun antécédent héréditaire important à signaler. A l’âge de 17 ans, chlorose et en même temps douleurs et tuméfaction des genoux et des chevilles.
Réglée à 17 ans 1/2, irrégulièrement.
La paralysie remonte à deux mois et demi.
En même temps qu’elle éprouva des douleurs assez fortes dans le cou et l'épaule du côté droit, elle constata le matin, au réveil, une parésie dans la main et l’avant-bras.
A l'entrée à l'hôpital, l'attitude de la main droite est celle de la paralysie incomplète des extenseurs : la malade fait les cornes. Néanmoins, tous les extenseurs sont pris : extenseur propre et extenseur
commun, et il ne s’agit, d’ailleurs, que de parésie, car la malade exécute très bien le mouvement d'extension du poignet, mais la résistance à la flexion est moins grande que du côté gauche, L'abducteur du pouce est également atteint.
Au contraire, l’adducteur et l’opposantont conservé toute leur force.
Les muscles fléchisseurs sont parésiés, mais moins que les extenseurs.
Les muscles interosseux sont intéressés légèrement ; l’écartement et le rapprochement des doigts se fait avec moins de force que du côté opposé. |
Les mouvements d’inclinaison radiale ou cubitale de la main sont affaiblis.
IL n'y a pas d’atrophie musculaire ; la mensuration donne les mêmes chiffres des deux côtés à l’avant-bras et à la main.
Le long supinateur a conservé toute sa force, il en est de même des muscles du bras et de l’épaule.
Aucun trouble pupillaire.
Les troubles de la sensibilité subjective ont disparu, la malade n’a souffert que pendant quatre jours.
Les troubles objectifs sont très importants.
La sensibilité est profondément touchée dans tous ses modes. L’anesthésie se présente sous la forme d’une bande avec des troubles qui vont en s’accentuant de haut en bas. Elle commence en haut, immédiatement au-dessous du coude et s'étend sur tout le bord interne de l’avant-bras, en empiétant jusqu’à la partie moyenne des faces dorsale et palmaire.
A la main, elle intéresse l’éminence hypothénar et la partie correspondante de la face palmaire. L’éminence thénar et la partie
- sous-jacente de la face palmaire sont respectées.
A la face dorsale de la main, anesthésie seulement dans la moitié cubitale, comme à la face palmaire,
Au doigt, anesthésie absolue pour les trois derniers doigts sur leurs faces dorsales et palmaires et sur les deux bords.
Le pouce et l'index sont complètement respectés.
Dans les parties anesthésiées, l’anesthésie au tact est absolue. La piqûre avec l’épingle n’est pas sentie. Le contact de l'eau très chaude et de l'eau froide n’est pas différencié. Le sens des attitudes segmentaires aux doigts anesthésiés est complètement aboli. [Il en est de même du sens stéréognostique.
Il n’y a pas de troubles vaso-moteurs.
Les réflexes tendineux sont normaux.
Pas d’anomalie du côté des réflexes conjonctival, pharyngé et patellaire. |
Bon état général ; la malade n'est pas nerveuse et ne présente aucun trouble viscéral.
Examen électrique (dû à l’obligeance de M. Chanoz) :
a) l’excitation du nerf radial, au point moteur, ne provoque des contractions que dans le long supinateur et les muscles radiaux.
b) Excitation des muscles du territoire radial :
10 Faradisation : Elle fait contracter un peu plus faiblement que du côté opposé le triceps, le long supinateur, les radiaux, l’extenseur du pouce, mais les extenseurs des doigts sont inexcitables ;
2° Galvanisation : L'excitation des muscles sus-nommés (extenseur commun excepté) est à peu près normale.
L'électrode placée au point moteur de l’extenseur commun ne provoque aucune contraction, même avec 10 milliampères, mais en la plaçant à 2 ou 3 centimètres au-dessus du ligament du carpe, on fit naître des secousses lentes dans l’extenseur commun avec une intensité d'environ #4 milliampères.
Le pôle négatif est plus actif que le positif: NF > PF. Donc, pas d’inversion de la formule.
Cependant, on doit admettre que certaines fibres du radial et les portions de muscle qui en dépendent présentent la réaction de dégénérescence. On voit donc que malgré la motilité volontaire qui est simplement diminuée pour l’extenseur commun, il n’y a plus
d’excitabilité au point moteur. Il persiste cependant de l’excitabilité galvanique loin de ce point (réaction de Remak-Doumer).
OBSERVATION VHI
- Tirée d’une communication à la société des Science Médicales de Lyon de MM. Albertin et Chanoz (17 mai 1909).
Sur un cas de paralysie radiculaire organique considérée comme hysléro-traumatique.
M. D... manœuvre, est âgé de 45 ans. Il jouit d'une bonne santé habituelle et ne présente pas d’antécédents personnels ou héréditaires (son père est inconnu) notables. Il est impressionnable. |
Le 27 février 1909, le sujet, qui est gaucher, était occupé depuis 6 heures du matin au travail suivant. Pour alimenter une chaudière de puissance considérable, il déplaçait, avec une grande pelle, du charbon qu'il transportait ensuite rapidement dans une brouette jusqu'au foyer.
La manœuvre considérée se poursuivait avec précipitation et sans arrêt notable durant toute la journée.
Vers 9 ou 10 heures, le patient accuse quelques douleurs dans le coude, la région cervico-dorsale. Les phénomènes s’accroissent et vers 3 heures la main gauche ne peut plus s'étendre complétement. Le malade continue son travail le lendemain, mais avec une peine plus grande encore.
Après quelques jours, le médecin consulté arrête tout travail, conseille un traitement,
Mais au bout de plus d’un mois les phénomènes décrits persistant toujours, le médecin, après consultations diverses, conclut à de l’hystéro-traumatisme.
Le D' Albertin, chargé de l'expertise, constate ce qui suit vers le 20 avril.
1° L’avant-bras, le bras gauche sont un peu atrophiés. Les éminences thénar, hypothénar sont un peu diminuées d’épaisseur.
2° Les mouvements de l'épaule, du bras sont à peu près normaux. La force du biceps, du triceps est diminuée : on perçoit nettement la corde du long supinateur.
La flexion des doigts se fait avec moins de force que du côté droit. L'extension du poignet est possible, mais se fait avec effort. L'extension des doigts est impossible.
3° £a sensibilité à la piqûre est un peu modifiée, diminuée légèrement le long du bord cubital de lavant-bras gauche...
4° Le malade présente une sudation abondante de la partie inférieure de la main.
d° IL existe une très légère diminution de l'ouverture pupillaire.
Pour avoir des renseignements plus précis sur l'état fonctionnel des nerfs et des muscles du membre malade, M. Chanoz pratique l'examen électro-diagnostic.
Cette recherche indique : en plus d'une légère diminution de l'excitabilité faradique et galvanique de la plupart des muscles étudiés, des signes de réaction électrique de dégénérescence dans une portion du territoire du nerf radial.
L'analyse des résultats conduit à admettre le diagnostic de lésions intéressant le plexus brachial et particulièrement la septième racine cervicale.
Voici le résultat de l'examen électrique pratiqué par M. Chanoz
et les conclusions qu’il en tira au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement.
A. — Les nerfs médian, cubital et les muscles sous la dépendance sont à peu près normalement excitables,.
B. — 1° Le nerf radial est partiellement excitable. On note la contraction provoquée par son excitation dans les triceps, long supinateur, extension du poignet. La secousse est rapide, mais on ne peut provoquer, par l'excitation du nerf radial, la contraction des exténseurs des doigts.
20 Les muscles : long supinateur, biceps, radiaux, cubital postérieur sont excités à peu près normalement par les courants faradique et galvanique.
Les muscles extenseurs des doigts ne sont absolument pas excités par le courant faradique (réaction de Duchenne). Le courant continu ne donne rien aux points moteurs correspondants, mais si l'électrode est déplacée vers le poignet, l’excitabilité galvanique reparaît (réaction de Remak-Doumer). Pour une intensité de 3 milliampères, des secousses apparaissent à la fermeture du courant au pôle négatif et au pôle positif (égalité polaire). Les secousses ainsi provoquées sont très lentes.
En résumé, ce malade qui montre de légères modifications électriques dans son membre supérieur gauche présente des signes indiscutables de D R complète dans une portion de son territoire radial.
Si l’on tient compte de cette autre constatation qu’il existe une bande légère d’anesthésie sur le bord cubital de l’avant-bras, bande répondant à une distribution radiculaire, on acceptera sans doute qu'il s’agit bien de lésions du plexus intéressant particulièrement la septième racine cervicale.
Voilà pour le diagnostic.
En ce qui concerne le pronostic, il doit assurément être réservé, mais d’après les cas assez nombreux de paralysie du plexus brachial que j'ai pu recueillir, j’estime cependant que D... peut guérir
avec un long temps (plusieurs mois) et un traitement électrique approprié.
Comme traitement et d'accord avec le D' Aïbertin, on va instituer des applications de courant continu descendant le long du membre supérieur avec secousses galvaniques rythmées intéressant particulièrement les muscles malades.