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SEMEIOLOGIE DES PARALYSIES RESPIRATOIRES

Les paralysies respiratoires ont seulement une importance clinique quand elles frappent les muscles essentiels de la respiration. Leur atteinte peut être isolée ou simultanée; elle peut aussi être associée à la paralysie d’inspirateurs auxiliaires. Celle-ci, isolée, aurait peu de traduction clinique et aucune gravité, mais si elle survient alors que certains des muscles respiratoires essentiels sont touchés, elle aggrave le pronostic.

Nous étudierons successivement:

— la paralysie du diaphragme,

— la paralysie des intercostaux,

— la paralysie simultanée du diaphragme et des intercostaux,

— Les formes plus frustes de paralysie respiratoire, .

— l'atteinte des expirateurs,

en illustrant chaque forme par une observation clinique.

I. — Paralysie du diaphragme . £a paralysie du diaphragme fut décrite pour la première fois par DUCHENNE de Boulogne. Avant lui, la symptomatologie en était inconnue. L'existence de cette paralysie ne semblait pas impossible, mais elle était considérée comme trop rapidement mortelle pour permettre . son observation clinique. 6

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Les. faits publiés par DUCHENNE de Boulogne, et dépuis, de nombreuses observations, sont venus démontrer la relative fréquence de l'atteinte paralytique du diaphragme. Si elle constitue un trouble respiratoire grave, elle n’est cependant pas immédiatement mortelle. Lorsque les intercostaux sont indemnes, ils suffisent à assurer l’hématose. Et si une ventilation plus active est nécessaire, les inspirateurs auxiliaires prêtent leur concours. s

Avant de décrire la symptomatologie des paralysies phréniques, nous allons rapporter ici l’histoire clinique d’une polynévrite saturnine avec atteinte du diaphragme.

OBSERVATION I. — Polynévrite saturnine généralisée.

Mme Renée Tl'.…, 28 ans, sans profession.

Entre le 15 décembre 1938 dans le service du Professeur Agrégé ÂLAJOUANINE, à l'Hospice de Bicêtre, pour une paralysie flasque et dôuloureuse des membres supérieurs et inférieurs qu'elle met sur le compte d'une intoxication par le plomb.

2 mois 1/2 avant (fin septembre), elle a repeint sa maison avec du blanc de céruse. Ce travail x duré 19 jours et les troubles nerveux seraient apparus 15 jours après la fin de.ce travail (c'est-àdire vers le début de novembre). Mais la malade n'a pas préparé elle-même la peinture et elle se lavait toujours les mains avant de toucher aux aliments, Par contre, un interrogatoire plus poussé fait avouer à la malade qu'elle à pris par voie buccale de l’ÆUxtrait de Saturne, daus un but abortif. Elle a commencé à en prendre, au milieu de septembre, 1 goutte, puis a augmenté chaque jour d’une goutte, et cela pendant 40 jours. C'est alors que l’avortement S’est produit (mi-octobre). Au total, la malade a absorbé

720 gouttes d'Extrait de Saturne, soit 85 grammes environ.

. — 15 jours après (au début de novembre), ont apparu des douleurs dans les membres inférieurs, puis dans les membres

supérieurs.

— Fin novembre, apparaissent des troubles moteurs : lour-

deur des jambes, maladresse des mains, qui vont en s’accentuant progressivement en même temps que s'exacerbent les douleurs.

— Depuis 8 jours (7 décembre), la malade est confinée au lit.

A son entrée, le 15 décembre 1938, on constate l'existence d’une quadriplégie flasque et douloureuse. ; Les membres inférieurs sont inertes, seuls quelques mouvements spontanés des orteils, une ébauche de flexion du genou peu-

vent être obtenus. à

La force musculaire est presque nulle.

L’hypotonie est manifeste, au .palper des masses musculaires ; le pied est ballant. Spontanément, il est en varus équin.

Les réiiexes tendineux rotuliens er achiiléens, sont abolis.

Le cutané plantaire s’ébauche en fiexion des 2 côtés.

Aux membres supérieurs, l'atteinte paraiytique est moins Coliplète, la force musculaire est aboiie aux excenseurs, Elie est Lres diminuée sur les fléchisseurs.

La mobilisation passive 11et en évidence une très grosse hypotonie avec ballottement de la main (main en fléau). À

Les réiiexes, olécranien, cubito-pronateur, stylo-radial, Sont abolis,

Les troubles sensitifs sont surtout subjectits ; douleurs Fos fondes dans les masses musculaires permanentes, mais s exagérant à la mobilisation passive, à la pression des masses musculaires. Objectivement, on trouve une hypoesthésie aux membres inférieurs, /surtout pour le tact, avec retard de perception de la piqûre, sans topographie précise. |

La sensibilité profonde est normale.

Les troubles trophiques consistent seulement en une atrophie musculaire discrète des muscles de la loge antéro-externe de la jambe.

. Les sphincters ne sont pas touchés.

L’atteinte paralytique intéresse — les muscles lombaires et abdominaux : spontanément, la

malade ne peut s'asseoir; mise dans cette position, elle ne peut À la garder.

— les réflexes cutanés abdominaux sont abolis.

Les muscles respiratoires sont touchés.

La malade se plaint d’une sensation permanente d’'oppression, de blocage thoracique.

1l n'existe pas de crises paroxystiques, la respiration est régulière, non accélérée, sans battement des ailes du nez,

La respiration calme est uniquement costale.

L'ampliation thoracique inférieure est diminuée, sans mise en jeu des muscles inspirateurs ‘accessoires.

L'abdomen ne se gonfle pas à linspiration; au contraire, l'épigastre se déprime,

Lors de l'inspiration forcée, les inspirateurs accessoires : sterno-cleido-mastoïdien, trapèze, se contractent, mais l'inspiration reste uniquement costale supérieure sans participation abdominale. Au contraire, la dépression de l'épigastre et des hypochondres s’exagère par rapport à ce mouvement dans la respiration caline.

Il existe donc un véritable mouvement de bascule thoraco-épigastrique, symptômatique d’une paralysie phrénique.

La voix est faible. Lorsqu'on fait prononcer à la malade une série de lettres, elle est obligée de s’interrompre entre chacune pour respirer.

I1 semble donc que ces troubles de la voix puissent être en rapport avec les troubles respiratoires. Mais de plus la voix est voilée, sans timbre. La malade ne peut prononcer clairement les lettres À ou E. Cela est attribué à une atteinte laryngée; confirmée par l'examen laryngoscopique : les cordes vocales sont immobilisées en position paramédiane, absolument immobiles. Tout mouvement d’abduetion ou d’adduction est impossible.

Paires crâniennes : normales (mise à part l’atteinte des récurrents).

j L'examen général décèle :

— la pâleur du visage avec décoloration des lèvres,

— un liser4 de Burton très net.

Rien au point de vue digestif.

Au cœur, pas de souffle orificiel, mais le pouls bat à 130, il est petit, régulier; la T, A. est à 12-8.

Dans le sang : anémie à 4.000.000 avec 9 % d'hématies granulo-filamenteuses. | à

Le liquide céphalo-rachidien est clair ; il contient 0,5 leucocytes par mm&, 0,20 d'albumine (par. néphélémétrie). Le B. W, est néga-

tif. Le benjoin précipite dans les tubes 7 et &.

La température a toujours été normale,

Le 15 janvier, un mois après l'entrée dans le service, on note une légère améliorarion des troubles moteurs, mais la respiration et la voix ne sont pas modifiées.

Le 9 jevrier, l'amélioration de la motilité des imeiubres inferieurs se poursuit surtout à gauche.

li en est de même aux membres supérieurs.

Les réflexes achilléens ont réapparu. =

La contraction des grands droits est ébauchée dans le mouvement de s'asseoir, de même la contraction des imasses sacro-10mbuires s'ébauche.

Le diaphragme est toujours paralyse.

| L'aphonie à disparu : la corde vocale droite à récuperé sa mobiiité, la gauche est un peu moins mobile mais n'est plus paralysée,

Le 17 jévrier, la respiration est plus ample, mais encore presque uniquement costale.

A l'écran radioscopique : la coupole diaphragmatique gauche se mobilise normalement; la droite s'élève paradoxalement penaant l'inspiration (phénomène de Kienbock) ; de plus on observe

des mouvements ondulatoires du diaphragme.

La voix est encore faible ; la malade se fatigue vite au cours des efforts de phonation, mais le timbre de la voix est normal;

l’äphonie à complètement disparu.

Le pouls est à 80, bien frappé.

L'état général est meilleur.

Le 22 mars, la marche est possible; les phénomènes paréti-

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