OBSERVATION VII
Recueillie dans le service de M. le professeur VERGER.
Charles B..., 44 ans, électricien. Entre à l'Hôpital Saint-André, le 3 juin 1925, dans le service de M. le professeur Verger, parce qu'il
présente des paralysies intermittentes au niveau de son membre
supérieur et de son membre inférieur gauches. La maladi : actuelle a débuté il y à un mois ; jusqu'alors le malade
a toujours joui d’une excellente santé. Au début du mois de mai Le Goff 9
one
1923, alors qu'il travaillait, il a ea brusquement une sensation violente de vertige; il voyait tous les objets tourner autour de lui. Ce malaise dura un quart d'heure et s'accompagna de paralysie du membre supérieur gauche et de parésie du membre inférieur du même côté. Le malade se rendit compte de cette paralysie parce qu'il ne put pas ouvrir avec sa main gauche la porte d’un magasin où il voulait pénétrer pour se reposer, el il constata en outre qu'il trainait la jambe gauche pour arriver jusqu’à cette porte. Il ne présenta à ce moment aucune convulsion. Après dix ou quinze minutes, il récupéra intégralement l'usage de ses membres. Au cours de cette crise, il devint très rouge. Cette paralysie transitoire ne fut ni précédéé ni suivie de céphalée. |
Huit jours après cette première crise, le malade en présenta une seconde absolument semblable à la première. Il éprouva d'abord des vertiges et devint brusquement incapable de mouvoir son bris gauche qui pendait inerte le long de son corps. Quant au membre inférieur gauche, le malade ne put donner aucune précision parce qu'il s’assit dès le début de sa crise. An bout de dix minutes, tout était rentré dans l’ordre.
Pendant la fin du mois de mai, les crises devinrent plus fréquentes, survenant au moins une fois par jour et quelquefois deux fois dans la même journée.
Ellés présentaient exactement les mêmes caractères que les deux premières s’annonçant par des vertiges qui cessaient dès l'apparition de la paralysie des membres supérieur et inférieur gauches. Ces phénomènes duraient une dizaine de minutes et disparaissaient complètement sans laisser la moindre trace. À aucun moment, le malade n’eut de céphalée.
Devant la persislance de t2ls phénomènes et sur les conseils de son médecin, le malade entra à l'hôpital, où il fut admis dans le service de M. le professeur Verger.
Antécédents personnels. — Le malade prétend ne jamais avoir été malade en dehors de l'affection actuelle. Il nie tout antécédent vénérien. Il est marié et sa femme, bien qu’elle présente une affection cardiaque, à mis au monde quatre enfants qui sont tous vivants ct bien portants; elle n’a jamais fait de fausse couche.
Antécédenis familiaux. — Fon père est mort à 61 ans de tuberculose et sa mère à 62 ans de la même maladie. Un de ses frères a été tué à la guerre et l’autre est mort de tuberculose pulmonaire à l’âge de 21 ans. Personne dans sa famille n’a été atteint de maladie nerveuse.
Æxamen le 4 juin 1925.— Le malade se présente dans le décubitus dorsal, la tête soulevée par deux oreillers; il a le facies coloré; ilne présente aucun trouble du langage et répond bien aux questions
qu'on lui pose.
[. Face. — Facies coloré, présence de varicosités au niveau des pommettes. Pas de tremblement fibrillaire. Pas de paralysie.
IL. Membres supérieurs. — 1° Membre gauche : Aucune attitude vicieuse. Pas d’'atrophie musculaire. Pas de contracture. Tous les mouvements actifs et passifs sont possibles. Il semble qu’il y ait une légère diminution de force du côté gauche par rapport au côté droit. |
I n'y a pas de trouble de la sensibilité subjective.
La sensibilité tactile est conservée. 11 en est de même des sensibilités à la douleur, à la chaleur et au froid.
La sensibilité stéréagnostique est conservée. Il n’y a pas de tremblement quand on fait mettre la main dans la position du serment. Le réflexe radial est conservé. |
20 Membre droit : Aucun trouble ni de la motilité ni de la sensibilité. Le réflexe radial est conservé.
LI. Membres inférieurs. — Ils ne présentent ni atrophie muscu- Jaire ni contracture. Tous les mouvements actifs et passifs sont possibles Il n’y à ni troubles objectifs nt troubles subjectifs de la sensibilité. |
Les réflexes sont conservés des deux côtés, mais le réflexe rotulien gauche est plus vif que le réflexe rotuliën droit. Les réflexes achilléens sont égaux des deux côtés. Le gros orteil des deux côtés reste immob le quand on recherche le phénomène de Babinski.
Appareil cardio-vasculaire : À l'inspection, on voit la pointe du cœur batire dan; le 5° espace intercosta! gauche, un peu en dedans
de la ligne mamelonnaire.
LE ue
A la palpation, on sent battre la pointe exactement à l'endroit où on la voit battre. +
A l’auscultation, on entend un bruit de galop à la pointe. Il n’y a pas d’arythmie. La tension artérielle est de Mx 13, Mn 8, I, 3 1/2. Les artères sont souples et le pouls bat à 72.
Appareil pulmonaire : Légère submatité aux deux bases. La respiration est un peu soufflante aux sommets et aux bases.
Appareil digestif : Il n’y a rien à signaler. L’appétit est conservé. La langue n'est pas saburrale et les dents sont en assez bon état. L’abdomen est souple ét non douloureux à la palpation, même profonde. Le foie ne dépasse pas le rebord des fausses côtes; la rate n’est pas percutable. Le malade ne présente ni diarrhée ni constipation.
Appareil génito urinaire : Le malade présente des traces d’albumine. Absence de sucre et d’acétone.
Organes des sens : Le malade n’accuse aucun trouble. A l'examen du fond d’œil, on constate des deux côtés, mais surtout à droite, que la papiile est en légère saillie, que ses bords sont un peu flous et que ses veines sont très sinueuses : il semble qu’il y ait un début de stase papillaire.
Examen de laborato:re :
1° Sang : Urée, 0,25 par litre; réaction de Bordet-Wassermann négative. , 2° Liquide céphalo-rachidien :
Examen chimique : Albumine, 0 gr. 60 p. 1.000; sucre,
Examen cytologique : Cellule de Nageotte, 0,8 par millimètre cube. Les éléments cellulaires sont des lympho-
cytes.
Examen sérologique : Réaction de Bordet-Wassermann négative.
Examen radiographique du crâne. — Présence d’une ombre anor-
male au niveau de la zone rolandique droite.
Dans le courant du mois de juillet 1925, le malade a reçu 13 injections de bi-iodure de mercure de 1 centigrarnme chacune. En même