RIDE
qu'un a de la puissance sur moi depuis un certain temps. Parfois je ne suis moi-même plus mon maître. Est-ce le diable ? Non, je ne le crois pas. —— C’est peut-être une femme qui voulait de moi et avec laquelle je ne me suis pas marié qui domine mon corps et mon esprit. J'étais déjà planté là sans pouvoir, et un autre m'a commandé. J’avoue que je mérite tout cela, car je suis un misérable. »
Il fait souvent des rêves religieux angoissants. « Le jugement dernier s’approche. Dieu me repousse. J’ai rêvé l’autre nuit que j'étais assis à l’auberge en train de jouer aux cartes, lorsqu'une voix me cria subitement: « Le sauveur est Jà ! »
Les associations ne montrent rien de positivement parliculier. Cependant il donne quelquefois des définitions inexactes, comme celles qui caractérisent la schizophrénie. Quand il vit la jeune fille l’autre jour, il eut un arrêt total du langage. | |
Sa mémoire semble être intacte. Il se plaint cependant de ne plus bien pouvoir se souvenir des choses qui se sont
passées tout récemment.
Le malade se plaint de ce que tout ce qui le chagrinaït autrefois, tout ce qui lui donnait des soucis, lui est à l’heure actuelle totalement indifférent. « Avec ma femme je joue la comédie en faisant sembler de l’aimer beaucoup, ce qui en réalité n’est pas le cas. >» Cela ne l'empêche pas de pleurer souvent en pensant à ses parents et à ses beaux jours passés.
Il manifeste encore une tendance nette à l’isolement, à se séparer des autres. Il craint les interrogatoires et les visites. « J’aime bien penser pour moi tout seul. J’ai rêvé pour moi dans les derniers temps tellement de choses, qu’il me
faudrait des années pour les raconter. »
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Examen du 18 décembre
Le malade se refuse au début à reproduire des associations. — « Tout cela, c’est pour ine mettre en prison. Pourquoi ? J'ai une mauvaise conscience à cause de mes affaires sexuelles. »
Il manifeste toujours la tendance à la préoccupation sexuelle. — « J’ai tellement peur de devoir commettre un jour un crime. » « Il y a beaucoup de fort jolies personnes jeunes et distinguées qui m’aiment et que je pourrais avoir facilement. Des soeurs de doctoresse. Les plus belles personnes de l’hôpital. On vient me visiter et d’autres en sont jaloux. Il y a dans toutes les cliniques des étudiantes qui voudraient de moi. Les plus chics femmes de la rue me re-
gardent avec convoïtise.
Le surnom qu’on vient de me donner est exact. Je suis un véritable Don Juan. »
Néanmoins l’état général s’est déjà beaucoup amélioré. Les céphalées et les vertiges ont cessé. Révélons encore que notre malade est un alcoolique d'occasion — pour noyer son
chagrin d’amour — comme il s'exprime lui-même.
Discussion du cas
Avant d'entreprendre l'étude des symptômes que présente notre cas, et de lui-assigner la place qui lui est due, il nous semble utile de dire un mot des paraphrénies et du cadre nosologique auquel elles appartiennent.
Kraepelin a essayé de bien définir les psychoses susmentionnées et les a divisées en formes
systématiques expansives fantasques
confabulatoires.
Un certain groupe de leurs symptômes porte l’affection vers la Démence précoce. Dans un autre groupe les symptômes spécifiquement schizophréniques sont peu au premier plan et les processus distinctifs sont discutables.
Si l’on considère l'indifférence affective de certains de ces cas après de longues années comme symptômes de démence, la majeure partie des délires hallucinatoires chroniques périodiques présente en effet cet aspect et l’existence de ce symptôme justifierait Pannexion des délires hallucina-
toires au cadre de la schizophrénie.
Si nous laissons la discussion de la conception Kraepelienne pour le moment de côté, nous constatons que nous retrouvons dans la majeure partie des paraphrénies le délire chronique systématisé de Fallret et Magnan, fait que Kraepelin n’a cessé de souligner lui-même dans son chapitre des
paraphrénies.
pl
Nous pouvons donc, sans entrer dans la discussion de la terminologie (française et allemande) constater avec satisfaction que la description objective des délires en question est identique chez les auteurs, lors même que leur terminologie diffère, et les descriptions objectives forment la base solide de la discussion que nous allons dorénavant
entreprendre.
Le tableau clinique que nous avons sous nos yeux peut
être divisé en deux grands groupes.
Tout d’abord nous trouvons des symptômes, qui, comme nous allons le montrer, sont d'ordre constitutionnel. On est frappé du rôle prépondérant et du genre des représentations sexuelles du malade.
Nous aurons à étudier si ce côté prédomine, et si en vérité il joue le rôle prépondérant que de prime abord il semble tenir. Le malade — onaniste invétéré — se sert du linge souillé de la femme qu’il aime, pour satisfaire ses désirs. Il se sert exclusivement de linge déjà souillé, parce qu’il en aïme particulièrement l’odeur. Il goûte les urines et les secrétions menstruelles à cause du goût et de l’oûeur. Nous le classerons par conséquent dans le groupe des fétichistes du goût et de l’odorat.
Quand ïl contemple et exhibe avec orgueil ses petits pieds, il nous fait penser au Narcisme.
Des cas très semblables de fétichisme sont décrits par Magnus Hirschfeld qui étudie à fond cette question dans le IF volume de sa Sexualpathologie. I décrit en particulier un cas presque analogue de fétichisme de l’odorat chez une femme, dans son IIT° volume (page 26).
Louis Barras (dans une Thèse méd. de Montpellier, année 1920) dit que :
« plus les objets sont souillés et imprégnés d’une odeur sui generis, plus la stimulation est vive. » (Plus l'excitation génitale est intense.)
Le même auteur encore rangerait notre cas parmi les fétichistes renifleurs de sa classification.
Ce tableau sexuel nettement tracé pourrait inviter à faire des analyses plus approfondies et même servirait de base à l’explication de l’anormal de notre cas, qui se révèlera dans la suite.
Si on examinait les données ci-contre d’après Le système des partisans de la psychanalyse, on arriverait aux conclusions suivantes :
Il s’agit là d’un homme qui n'arrive nullement à satisfaire ses désirs sexuels, par suite de l’état de frigidité de son épouse.
Sa constitution plutôt timide, et la peur de complications qui pourrait en résulter lui interdisent de cherchex cette satisfaction ailleurs. Que va-t-il faire ? Où va-til s’adresser ?
Il fera appel à son imagination pour créer un monde irréel, pour satisfaire ses désirs. Il s’enfermera (ceci est d’ailleurs facile à prouver chez notre malade) de préférence dans son moi intérieur. Le monde extérieur perdra de plus en plus de sa valeur. Tous les événements, même ceux d'ordre affectif, lui deviendront de plus en plus indifférents et c’est ainsi qu’il deviendra Autiste, dépourvu d’affectivité, susceptible d’évoluer vers la dissociation psychique.
Pouvons-nous vraiment admettre que ce simple mécanisme de l’esprit, que cette simple opération de pensée, pour-
A | ve rait constituer la cause de tels symptômes qui caractérisent la démence ?
Celle-ci correspond à un état anatomique, à une lésion. La transformation psychogène en processus organique, s’il existait, ne peut pas s'expliquer scientifiquement.
Admettre un pareil processus, relève du domaine de la foi et pas de la science et serait à comparer au dogme de la transubstantiation.
Nous constatons donc jusque-là une forte tendance érotique.
Nous aurons à étudier la question, si la constellation psychique habituelle du malade, imprime une nuance particulière aux symptômes nettement psychotiques que le malade présente. Nous allons les étudier.