‹ Contribution à l'Étude des Parotidites ChroniquesChapitre 19 sur 25 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(Thèse de LouUMAIGNE, Bordeaux, 1911}

X..., 62 ans, vient se présenter à la consultation du docteur Latronche, le 25 septembre 1910. Il est porteur, depuis 8 mois, d'une tuméfaction siégeant au niveau de la région parotidienne gauche.

Rien à signaler dans les antécédents héréditaires.

Antécédents personnels peu chargés. Le malade jouit d’un bon état général et, en particulier, n’a jamais présenté aucune manifestation qui puisse être rapportée à la tuberculose.

Histoire de la maladie. — La tumeur découverte par le sujet, 8 mois auparavant, s’est ensuite accrue lentement sans à-coup, sans poussée inflammatoire franche, sans aucun phénomène douloureux. Elle a acquis, au moment de l'examen, le volume et la forme de la moitié d'une mandarine, et forme au niveau de la région parotidienne une saillie hémisphérique assez irréœulière, sans bosselure, sans ramollissement. Elle est mobile sur les plans profonds, n'adhère pas à la peau, dont le glissement est cependant limité. La consistance n'est pas homogène, mais, au contraire,irrégulière avec des zones de ramollissement, sans cependant de fluctuation bien définie.

La tumeur, par son volume, repousse en haut et en avant le lobule de l'oreille, el vient faire saillie au contact du masséter. La peau n’est adhérente d’une façon assez manifeste qu'en certains points de sa surface.

Le docteur Latronche posa le diagnostic soit de tumeur parotidienne plutôt kystique, soit de ganglion atteint d’adénite chronique. Une intervention étant jugée de toute facon nécessaire, elle fut.pratiquée le"29 mai Toit

L'opérateur rencontra une tumeur formée de masse caséeuse par place, en d’autres endroits de consistance plus ferme, rappelant celle de l’épithélioma. Le tissu friable saigne abondamment ; la tumeur infiltre toute la glande parotide et on doit user des plus grandes précautions pour éviter de léser le nerf facial. La tumeur est enlevée aussi complètement que possible au ciseau et au bistouri; une cautérisation au NaCI complète l'intervention ; on suture et on draine.

Les jours suivants, un écoulement de pus mal lié, séro-sanguinolent, se fait par le drain, précisant si possible encore la nature

AT tee

tuberculeuse de la tumeur. Dans la poche, laissée vide par l’extirpation de la glande néoplasique, on pratique des injections d'huile goménolée à 50 p. 100. Au bout d'un mois et demi, la guérison est parfaite et s'est maintenue depuis.

Examen anatomique de la pièce par P. Nadal. — La masse extirpée est très fragmentée et très altérée. Les détails constatés pendant l'intervention permettent, cependant, de rapporter cet exemple de parotidite tuberculeuse à la forme conglomérée des auteurs. Les préparations que nous avons pu faire présentent deux ordres de lésions : des lésions en masse très étendues, caractéristiques de la tuberculose et ne pénétrant pas intimement la glande. Ce sont des nappes dans lesquelles on trouve diffusément répartis de nombreux nodules caractéristiques, avec follicules de Kôster, cellules géantes, zones épithélioïdes et traînées lymphoïdes. Outre ces zones, on observe en plus d’un point dans les lobules parotidiens, moins atteints, des îlots et des fusées de cellules embryonnaires qui doivent vraisemblablement être rapportées au même processus infectieux, mais qui, elles, ne présentent pas, sauf en quelques rares points, les mêmes caractères évidents de la tuberculose. En dehors de ces altérations, la glande présente une sclérose intense, une sorte de cirrhose salivaire assez bien systématisée à la périphérie du lobule.

Un point de notre préparation nous montre une zone lymphoïde semi-lunaire, limitée par une zone fibreuse, rappelant assez bien la coque d’un ganglion, bien qu'en partie détruite par l’infiltration embryonnaire. Cette masse présente tous les caractères d’un ganglion envahi par une tuberculisation très avancée.

Il est possible qu'il s'agisse ici d’une polyadénite tuberculeuse ayant frappé les ganglions intraparotidiens et secondairement envahi la glande.

Page 1