CHAPITRE V
Symptomatologie.
C'est ordinairement dans les jours qui suivent l'acte opératoire que se développent les complications parotidiennes que nous envisageons, le début se fait ordinairement vers le Ge et le 7e jour. Une de nos observations nous montre les premiers symptômes évoluant dès le 3e Pour Dyrball, on pourrait les voir se produire presque au 54 jour. Cette limite nous parait reculée à l’excès et il est très possible que les coïncidences veuillent qu'une parotidite banale se développe dans la période de convalescence par exemple, période qui commence avant le 54e jour.
Quoiqu'il en soit, on peut considérer schématiquement 3 périodes dans la parotidite post-opératoire:
1o Une période de début;
20 Une période d'état;
30 Une période de terminaison.
C’est ordinairement après une opéralion, 1e plus souvent laborieuse, abdominale, alors que tout semble devoir se passer dans les meilleures conditions que se montrent des signes qui attirent l’attention du chirurgien.
Après quelques jours de calme complet, la courbe thermique s'élève; on s'inquiète, on va voir du côté de la plaie, tout est parfait.
On interroge le ventre, qui reste muct, ne présente aucun
ns
signe de réaction; ies appareils digestif et respiratoire sont également examinés de façon minutieuse et ne décèlent rien. Le malade aura, d'ailleurs, la plupart du temps, attiré l’attention du côté de la région parotidienne.
À ce moment-là, on note de la douleur et de la tuméfaction,
La douleur peut s’observer. au repos et dans le mouvement. Au repos, c’est une sensation de tension désagréable, tout à fait comparable à la tension douloureuse déterminée par la formation de l’abcès en un point quelconque de l'organisme. Les mouvements de la mâchoire exacerbent cette douleur, qui peut présenter des irradiations diverses du côté de la tempe, de la nuque, de l’angle du maxillaire.
La tuméfaction s’observe presque en même temps que a douleur, quoique légèrement plus tardive, elle n’est d’abord, pas très considérable. Il faut examiner de façon attentive pour s’apercevoir que la région sous et préauriculaire est bombée. La palpation détermine de la douleur au-dessous du pavillon de l'oreille, en arrière de la branche montante.
Le toucher intrabuccal est également très utile; il peut, dans certains cas déterminer en arrière de l’amygdale, sur la paroi latérale du pharynx, une douleur assez vive. Ce point douloureux était très net dans l’une de nos observations. Cette palpation nous permet encore de nous rendre compte de l’augmentation de la température locale qui précède la coloration rougeâtre des téguments. Il se peut que linflammation ne reste pas localisée à une seule glande. De l'examen des observations, il découle que dans environ 39 % des cas, l’autre glande parotide ne tarde pas à se prendre à son tour. Il faudra y songer chaque fois que la courbe thermique présentera une exacerbation, une élévation nouvelle.
Période d'état. — La période d'état se caractérise par l’aggravation des signes déjà étudiés. Les douleurs prennent une acuité parfois considérable, Cette douleur est la cause
AO Se
dans les cas où la parotidite est unilatérale, d’un torticolis assez intense qui s'accompagne d’immobilisation de la tête C’est à elle que ressortlissent également les troubles fonctionnels intenses que l’on observe chez ces malades, les moindres mouvements de déglutilion provoquent l'apparition de douleurs nouvelles. C’est pourquoi la sialorrhée est un phénomène fréquent chez ces malades, sialorrhée d'ailleurs, qui peut être excessivement fétide.
L'examen objectif confirme les renseignements du début. Les phénomènes locaux que nous avions observés dans Ia période précédente sont considérablement exagérés.
La fuméfaciion peut prendre des proportions telles qu’elle: donne au visage l'aspect d’un masque hideux. Les téguments sont le siège d’une rougeur érythémateuse; la peau chaude, luisante, vernissée. La pression détermine toujours de la douleur; elle peut, dans certains cas, déterminer un point, siège de fluctuation. L’exploration des groupes ganglionnaires avoisinants, montre un certain degré d’engorgement. Cette atteinte ganglionnaire n’est pas fonclion de l'infection, de l'atteinte du tissu noble de la glande; nous savons, en effet, que les lymphatiques glandulaires proprement dits se rendent dans les ganglions intraparotidiens; elle résulte de la diffusion de l’inflammation dans la couche périglandulaire, dans les téguments qui recouvrent la région.
L'examen de la cavité buccale sera à ce moment-là du plus grand intérêt; là stomatite est en effet la règle dans ces parotidites.
C’est une stomatite érythémaleuse, intense, s’accompagnant de sécheresse de la bouche, de fétidité de l’haleine. En recherchant l’orifice du canal de Sténon on peut voir à ce niveau sourdre une quantité de pus assez considérable, ct on peut augmenter cet écoulement dans de notables pro: portions, par la pression exercée sur la région parotidienne.
On conçoit sans difficulté que ces phénomènes locaux ne vont pas sans s'accompagner de troubles intenses du
Sea =
côté de l’état général. Nous avons affaire à un infecté, le pouls est presque petit, les urines rares, la température peut atteindre 399,5 à 40° sauf dans la forme légère où 370 et 380 sont la moyenne thermométrique ordinaire. Les tintements d'oreilles, la surdité passagère s’observent, ainsi que les éblouissements. La compression des jugulaires et de la faciale ne serait pas étrangère à ces troubles. Enfin, dans les formes graves, tous ces troubles sont portés au maximum et la mort peut se faire dans l’adynamie la plus profonde. |
Période de terminaison. — La parotidite post-opératoire a une destinée variable; elle peut évoluer soit vers la résolution, soit vers la suppuration.
1o Vers la résolution. — C’est la terminaison habituelle des formes bénignes; les symptômes généraux s’amendent les premiers, les symptômes fonctionnels en particulier la douleur diminuent d'intensité, le malade commence à vouloir s’alimenter, et localement on voit se produire la régression des phénomènes locaux. Ce retour à l’état normal met assez longtemps à se produire; le tissu glandulaire est moins souple, plus induré et le reste pendant longtemps et nous ne sommes point de l'avis de Pasqualini, qui prétend que «Ia guérison complète se produit fréquemment dans la semaine même qui a vu le début des accidents ».
20 Vers la suppuraiion. — Mais cette terminaison de la parotidite post-opératoire est malheureusement rare; trop souvent l'affection évolue vers la formation de l’abcès; l’œdème de la région, l'aspect violacé des téguments sont des signes avant-coureurs, Contemporains de la formation de pus qui doivent faire rechercher la fluctuation; livrée à ellemême, ceite collection purulente va chercher à s’extérioriser el l'ouverture la plus habituelle se fera du côté de la peau, l'évacuation du pus durera assez longtemps el des cicalrices déprimées irrégulières seront la signature de cette ouverture spontanée.
Heureux encore le malade qui s'en tire à si bon compte
—ÛLe
el qui n’est point emporté par des phénomènes généraux graves,
Formes eliniques. — Les parotidites post-opératoires peuvent, dans certains cas, revêlir un certain polymorphisme.
On peut distinguer plusieurs groupes, suivant:
1° qu'on les classe d’après l'intensité des phénomènes gé- NÉTAUX ;
2 suivant les lésions anatomiques.
Dans le premier groupe, nous crasserons 1° les Formes legères, où après début qui peut faire craindre une évolution défavorable, tous les phénomènes rétrocèdent, Paffection tourne court.
20 Les formes septicémiques. — Celles-ci ont une évolution très rapide, la mort peut survenir au milieu d’un complexus morbide, dans lequel la parotidite n’est qu'un épiphénomène:
Suivant la forme anatomique, nous pouvons distinguer:
lo La forme catharrale, qui correspond aux cas tout à fait bénins.
20 La forme canaliculaire ou parenchymateuse, quise caractérise par la pyorrnée sténonienne et qui, au point de vue pathogénique, répond à une infection canaliculaire ascendante.
30 La forme phlegmoneuse. — Ce sont ordinairement des parotidites interstitielles, l'agent microbien est apporté par la voie sanguine; les toxines bactériennes ont rapidement raison de la vitalité des tissus voisins. Il se produit dans cette forme des nécroses plus ou moins étendues. [ci le pus a plus de tendance à évoluer vers la périphérie, rarement il se fait jour dans les canaux excréteurs parotidiens
Complications.
Au cours de la parotidite post-opéraloire, on peut voir survenir des complications qui peuvent être d'ordre général et d'ordre local.