CHAPITRE IV
Il existe donc une péricardite ourlienne, et cette péricardite se conduit comme la généralité des péricardites secondaires. Nous avons fait ressortir ses allures insidieuses et son caractère de sécheresse. C’est bien ainsi que se traduisent en général les manifestations secondaires de ce genre, en dehors du rhumatisme, où la péricardite est assez souvent une péricardite avec épanchement et accompagnée souvent encore d’une endocardite.
Faisons maintenant un retour sur la maladie qui nous occupe. D'Heilly (1) définit les oreillons « une maladie générale fébrile, spécifique, épidémique, contagieuse, caractérisée cliniquement par des phénomènes locaux de fluxions simultanées ou successives vers les paroüdes, les testicules, chez l’homme; la glande mammaire, celles de Bartholin et plus rarement l'ovaire, chez la femme. »
Et, sans citer d’autres définitions des oreillons, nous dirons que tous les auteurs sont aujourd’hui d'accord, Laveran (2) et Jaccoud (3) entre autres, sur les grands caractères de cette affection (généralité, spécificité, épidémicité, contagiosité).
La contagiosité est démontrée par les nombreux cas cités par Mancor, Bretonneau, Rilliet, Trousseau et tant d’autres.
L'épidémicité ! L'histoire de la maladie est faite d’une série presque non interrompue d'épidémies d’oreillons.
« Dans les maladies locales, un seul organe est atteint, dit M. le
(1) D'Heilly, art. ORgiLLONS. (Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques de M. Jaccoud, t. XXV, p. 93.)
(2) Laveran, art. OREILLONS. (Dictionnaire de Dechambre, 1882.)
(3) Jaccoud, Cliniques de l'hôpital de la Charité, 1885.
professeur Castan (1). La lésion peut rester isolée ou susciter des souffrances éloignées et sympathiques. Dans les maladies générales, plusieurs points sont simultanément atteints; les forces sont affectées: une cause générale à présidé à l’évolution de tous les phénomènes. »
On voit bien que les oreillons appartiennent à la seconde classe des maladies énoncées ci-dessus.
Enfin, le caractère de spécificité, nous le trouvons dans les déterminations nombreuses et diverses que nous avons exposées dans notre historique de la maladie. Mieux que cela, la maladie n’a-t-elle pas son microbe particulier, comme il ressort des recherches récentes de plusieurs auteurs ? Capitan et de Charrin (2) ont trouvé le micrococque des oreillons dans le sang de 19 malades; Bouchard (3), dans la salive et l’urine d’un malade, Netter (4), dans le sang d’un malade de M. Jaccoud; Boinet (5), chez 15 malades, et Ollivier (6), dans la salive, le sang et l'urine de ? enfants. Et l'existence d’une péricardite secondaire vient combattre encore, à notre sens, en faveur de la nature spécifique de la maladie.
Ce sont là tous des caractères primordiaux communs aux oreillons et aux fièvres éruptives. Carpentier (7), dans sa thèse inaugurale, insiste surtout sur ce fait que la parotidite doit être considérée comme une maladive générale et éruptive. Nous avons vu, dans le précédent chapitre, l’opinion de Guéneau de Mussy sur la nature de cette affection, et l’illustre Trousseau, après Rilliet, s'exprime dans ses Cliniques ainsi qu’il suit:
« Les oreillons sont une maladie spécifique que l’on peut, à beau-
(1) Castan, Traité élémentatre des diathèses, 1867, p. 9.
(2) Capitan et Charrin. (Société de biologie, 28 mai, 3 décembre 1881.)
(3) Karth. (Thèse de Paris, 1883.)
(4) Gazetle des hôpitaux, 1°* mai 1884.
(5) Lyon médical, 1° mars 1885.
(6) Revue des malades de l'enfance, juillet 1885.
(7j Carpentier, de l’Oreillon considéré comme maladie générale et éruptive. (Thèse de Paris, 1869.)