‹ Contribution à l'étude des perversions de l'instinct de conservationChapitre 10 sur 31 · HISTORIQUE. 19 LAS TE EE OMR · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. 19 LAS TE EE OMR

Tous les auteurs, sans exception, adopteront cette étiologie, conforme aux préceptes de la morale et de la religion.

Le morceau d'éloquence de Moreau de la Sarthe est étendu ; il fait espérer un plus long chapitre de faits : une seule observation illustre ses considérations générales. Nous verrons tout à l'heure ce qu’il faut en penser (1) (Obs. IV).

Dans les premières années du x1x° siècle, les thèses, les mémoires, la plupart des ouvrages sur la mélancolie et le suicide contiennent des considérations sur le spleen. Ils ne font, le plus souvent, que reproduire ce qu’en a dit Moreau de la Sarthe et sont aussi avares que lui d'observations personnelles, Nous ferons un choix des plus caractéristiques.

« Une autre variété de la mélancolie, dit Charpentier, est ce qu’on appelle le spleen ou la maladie anglaise, dans laquelle le dégoût de la vie est l’objet du délire exclusif, et devient une idée dominante qui semble absorber toutes les facultés de l’entendement » (2).

Il donne comme exemple l'histoire bien connue des filles de Milet, l'histoire semblable des femmes de Lyon racontée par Primerose, et rapporte le cas d’un habitant de Mantoue qui vient instamment prier le magistrat d'ordonner qu'on le mette en prison. « N'ayant pu l'obtenir, il se rendit au camp, supplia le commandant de le faire enchaîner, de le plonger dans les cachots, parce qu'il avait commis des crimes abominables qu'it

voulait avouer ; il proposa même aux gardes de l'argent, s'ils

voulaient le faire prisonnier ; ne l'ayant point obtenu, il chercha à escalader les murs de la prison ; il tomba dans les fossés qui l’entouraient, et y fut noyé. » Mais il semble difficile d’admettre que ceci corresponde bien exactement à sa définition du spleen.

(4) MOREAU DE LA SARTHE annonçait en outre son intention de reprendre le sujet dans un travail plus vaste. Nous n'avons point découvert qu'il ait donné suite à son projet. Son article du Dichonnaire des sciences médicales (1812), est seulement un résumé de celui de 1798.

(2) Essai sur la mélancolie, par C.-A.-T. CaarpentiEr. Th. de Paris, an XI, 1803.

L’agitation anxieuse et les idées de culpabilité de l'habitant

de Mantoue constituent certainement plus qu’ « un désir ex-.

clusif de se donner la mort. »

Un auteur peu connu, André Matthey, dans ses Nouvelles recherches sur les Maladies de l'esprit (x), éme tcet avis que la mélancolie dont parle Sauvages n’est pas propre aux Anglais. Il retrace l'observation d'un jeune homme qui se tue sans raison apparente. Elle rentre dans notre sujet (Obs. VIT. L'auteur distingue parfaitement ce suicide réfléchi et chronique du penchant au suicide qui se « manifeste brusquement, naît avec l'agitation, le trouble de l'esprit qui occasionne une émotion de l’âme, vive, secondaire et propre à bouleverser entièrement la raison lorsqu'elle ne porte pas directement au suicide. » « La perte des biens qu'on estime le plus ici-bas » peut également produire ce suicide brusque. Il propose pour cette forme le nom de mélancolie suicide aiguë. Les exemples en seraient très communs, et Matthey rapporte quelques cas très nets de suicide impulsif qu'il appelle assez heureusement un délire instantané de l'imagination. Enfin, dans la mélancolie suicide avec délire, il signale les caractères d’une dépression psychique et physique.

Mathey nous semble donc avoir établi, un des premiers, une séméiologie du suicide à peu près définitive dans ses grandes lignes et à laquelle les modernes ajouteront peu de choses. La

place qu'il donne au spleen nous en paraît d'autant mieux .

établie.

Citons encore Dubuission, Roubaud-Luce et Anceaume, avant d'arriver à Esquirol.

Dans la mélancolie avec tendance au suicide, dit Duübuisson, les aliénés sont portés à l’abnégation de la vie par défaut d'énergie morale propre à supporter les chagrins et les adversités, soit réels, soit imaginaires, qui

(4) Nouvelles recherches sur les maladies de l'esprit précédées de considérations sur les difficultés de l'art dé guérir. Paris et Genève, 4846,

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