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les tourmentent : dans le spleen, l'impuissance de jouir fait regarder la vie comme un fardeau que l’on ne peut plus supporter (r).
Le spleen, maladie anglaise, ou consomption, est une variété de la mélancolie avec tendance au suicide. Ce ne sont plus les chagrins, les adversités, ou des passions violentes qui sont les causes de cette maladie. Au contraire, ceux qui en sont atteints, exempts de peines et de tourments, ont vécu dans l’opulence, se sont adonnés avec excès et satiété à tous les genres de jouissances qui ont énervé leur sensibilité ; ils n'éprouvent plus ces sentiments d'affection, de tendresse et d'intérêt qui nous attachent à notre famille, qui nous lient à nos amis, qui nous font aimer la patrie comme le berceau qui nous a vu naître. Enfin, ils deviennent incapables d’éprouver aucune émotion, d’avoir aucun désir, ni aucun regret, de concevoir d'espérance, ni d'inquiétude. Cet état d'inertie et d’épuisement des facultés sensitives et morales jette ces malades dans l’amaigrissement, le marasme et la consomption, leur rend l’existence à charge, et les incite à s’en délivrer par un funeste attentat.
Le spleen est une affection nerveuse qui diffère de l’hypocondrie et de la mélancolie, en ce qu’elle ne présente aucun symptôme d’altération physique ou d’aliénation mentale, si ce n’est un ennui, un dégoût de la vie (taedium vitae), dont ces malades cherchent à se débarrasser comme d’un fardeau insupportable, non par suite de désespoir, mais par l’effet d’une volonté calme et réfléchie.
Cheyne dit dans un chapitre du spleen (p. 198), qu’il a observé des intermittences d’un jour bon et d’un jour mauvais ainsi que des retours périodiques tous les mois (2).
Le spleen figure ici à côté de la mélancolie et de l’'hypocondrie, avec lesquelles on ne l’assimile pas. Aussi est-on déçu par l’absence de toute observation personnelle ow rapportée.
Dans ses Recherches médico-philosophiques sur la mélancolie, M. Roubaud-Luce décrit une mélancolie avec douleur de
la vie qui porte au suicide, et parle d'individus « qui ne peuvent
remplir le vide de leur âme. Ils se dégoütent d'une vie doulou-
(4) J.-B. Jacouerix Dueursson. Des vésanies ou maladies mentales. Paris, 1816,
reuse et songent continuellement à s’en délivrer... Ils meurent volontairement, même au sein d’un bonheur apparent » (r). Cependant, il est probable qu'il comprend dans sa douleur de la
vie, toutes les variétés de mélancolie. Nous lui empruntons une observation (Obs. VIII).
Toute mélancolie, dit Anceaume, lorsqu'elle est parvenue À son plus haut degré d'intensité, peut produire le suicide qui n’est alors que l'effet de la fureur ou du désespoir.
Mais il est une mélancolie d’un caractère fort singulier, dont l’unique objet est l’ennui, le dégoût de la vie et une impulsion invincible à se détruire : c’est de celle-ci que nous voulons parler.
Les Anglais ont donné à cette maladie le nom de spleen, et les Français celui de maladie anglaise, comme si elle était particulière à l’Angleterre, et que nous n'’eussions pas quelquefois l’occasion de l’observer parmi nous.
Il est vrai qu’on a voulu établir une différence entre le spleen et la mélancolie, qui, en France, comme dans d’autres contrées, fait naître un penchant indomptable au suicide.
Chez les Français, dit-on, ce sont les revers de fortune, et plus encore la lassitude de l’existence qui font naître cette maladie ; en Angleterre, au contraire, c’est un état opposé ; c’est le bonheur même qui produit le spleen. :
Il ne fallait rien moins que l’autorité de l’immortel auteur de l’Esprit des lois pour accréditer cette opinion.
Ne pourrait-on pas expliquer, par des raisons au moins plausibles, la fréquence du suicide chez les Anglais de la classe élevée de la société, qu'on appelle ordinairement les heureux du monde ?
La vie n’a d’appât pour l’homme qu'’autant qu'il a quelque chose à désirer : dès qu’il est parvenu au sommet de la fortune, qu'il a contenté
tous ses désirs, il s’ennuie ; et cet ennui peut être porté jusqu’au point
de désirer la mort (2).
Suivent deux observations, l’une personnelle ; l’autre est le
suicide fameux de Philippe Mordaunt (Obs. IX, X).
(4) Maurice Roupaun-Luc. Recherches médico-philosophiques sur la mélancolie. Paris et Montpellier, 1847.
(2) H. Ancraume. De la mélancolie. Th. de Paris, 1848.
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