‹ Contribution à l'étude des perversions de l'instinct de conservationChapitre 13 sur 31 · PS PEER SP PET · texte numérisé non relu

PS PEER SP PET

Tel est le tableau de cet état de l'âme qui conduit au suicide ; il doit être considéré comme un délire. |

Les infortunés qui succombent sous le poids de la vie, appartiennent presque constamment à des familles dont quelques membres ont été victimes de l’aliénation mentale.

La monomanie-suicide est comprise dans Falret comme la mélancolie suicide aiguë de Mathey, c’est-à-dire de même que le suicide impulsif des modernes. C’est d’ailleurs le sens dans lequel cette monomanie est entendue par les autres auteurs. Elle n'offre donc rien de commun avec le spleen.

Coste, dans son compte rendu critique de l'ouvrage de Falret (x) s'inscrit en faux contre celte opinion que le taedium vitae n’est qu'une période de-la mélancolie suicide.

Il me semble, dit-il, que l’ennui de la vie est tout simplement une cause de mélancolie, et qu'il conduit naturellement à l’idée de suicide, idée que l'intelligence raisonne et à laquelle la volonté résiste ou obéit. Quelques hommes tombent dans cet état par intervalles, d’autres l’éprou-

vent continuellement.

Guislain, donne cette définition du spleen, variété de monomanie.

Toutes les facultés morales et physiques du malade sont absorbées dans le dessein de nuire à sa propre personne, ou de porter atteinte à sa vie : cet état constitue le spleen, le suicide ou le taedium vitae (2).

Plus loin, c’est la même confusion entre le spleen et les autres mélancolies suicides :

La dénomination de spleen, que les Anglais emploient pour désigner

ce genre de délire (mélancolie suicide), dénote et la source du mal et

l'organe atteint (3).

(4) Urgain Cosrs. Sur le suicide, in Journal universel des sciences médicales. Paris, 4822, t. XXVII, p. 31 et XXVIIL, p. 257.

(2) Traité sur l'aliënation mentale et sur les hospices des aliénés, 1826, t. I, Dur

Ce qui est assez vague. D'ailleurs, pas d'observation. Les descriptions du spleen se font maintenant plus rares. Cependant Broussais dit dans son Traité de l’irritation et de la

folie (x) :

Enfin, et c’est là le comble de l'indifférence pour la vie ; il se trouve des gens qui, sans souffrances physiques ou morales, sans emportement, sans désespoir, sans donner aucune preuve de déraison, se détruisent par le pur et simple effet de l'ennui, soit qu'ils se voient privés de certaines jouissances habituelles, soit même sans ce prétexte, et par la seule raison que rien ne leur fait plaisir dans le présent et ne leur promet plus de bonheur dans l'avenir.

Ces organismes ont existé dans les anciennes civilisations, car Virgile a dit : Sibi lethum insontes perperere manu, lucemque perosi, projecere animas.

En note il remarque :

On dit qu'ils sont blasés sur toutes les jouissances pour les avoir épuisées. Que les gens du monde tiennent ce langage, on le pardonne à leur ignorance ; mais le fait est que la sensibilité n’est pas une collection emmagasinée qui s’épuise par la dépense ; la source en est infinie tant que les fonctions peuvent s’exécuter, car elle est dans les impondérables et les aliments, Ce n’est pas dans le jeune âge, qui d'ordinaire fournit les exemples de ces sortes de mélancolies, qu’on peut la voir se tarir. Ces spleens accusent un vice radical dans l'éducation, qui n’a exercé l’intelligence ni à l'observation des faits curieux dont la nature est prodigue, ni au raisonnement, et qui n’a point eu pour objet de donner l’essor aux sentiments supérieurs. Ces malheureux ne savent ni observer, ni réfléchir, ni sentir au-delà de la sphère étroite dans laquelle a été circonscrite leur éducation ; ils ne savent point chercher dans le trésor de leur encéphale le neutralisant du sentiment destructeur qui les domine.

Ces considérations théoriques ne sont appuyées par aucun fait.

Cazauvieilh, dans son ouvrage Du suicide, de l’aliénation mentale et crimes contre les personnes, parle encore du spleen.

(1) Paris, 1839, 2° édit., t. I, p. 404-405.

Page 1