‹ Contribution à l'étude des phénomènes physiologiques concomitants de l'émotionChapitre 10 sur 17 · MÉCANISME DE L'ACTION PATHOGÈNE DES ÉMOTIONS · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE L'ACTION PATHOGÈNE DES ÉMOTIONS

Roll est impossible de tracer une limite entre la phy- Siologie et la pathologie des émotions » disait Féré. En effet, c’est d’une façon tout à fait insensible que les phé- nomènes physiologiques des émotions deviennent des troubles morbides. A quel instant précis pouvons nous dire que l'émotion a proyoqué une altération morbide ? Féré donne trois critériums : l'intensité excessive des modifications, disproportion avec l'insuflisance de la cause déclenchante et persistance bien au-delà de l’excitation.

Nous ne pensons pas que ces critériums aient une valeur absolue. L’intensité des phénomènes nettement disproportionnée avec l’insignifiance des causes provocatrices est le caractère dominant de toutes les mani-

‘ festations émotionnelles. L'effet survit toujours à la

cause dans cet ordre d'idées, soit sous la forme origi-

RO

nelle, soit sous forme d’une réaction dépressive par épuisement.

La question nous semble beaucoup plus complexe et mérite d’être discutée longuement. Le passage à l’état morbide des modifications émotionnelles semble exiger une certaine quantité d'énergie qui peut provenir de deux sources essentielles : la cause provoeatrice d’une part, l'individu récepteur d’autre part. Nous pouvons dire tout de suite que les facteurs individuels, intrinsèques nous semblent de beaucoup les plus importants.

En ce qui concerne les facteurs externes, rien ne prouve que l'intensité de l'effet est proportionnelle à celle de la cause. Bien au contraire, conformément aux lois de l’excitabilité cellulaire, le rapport entre les deux intensités n'intervient qu’à deux points : le seuil et l’intensité maximale. Il est probable que pour un individu donné l’augmentation de l'intensité de l’excitation au delà d’un maximum ne produit pas d’augmentation de la réponse. Nous pouvons donc conclure que chez le même individu, à excitabilité émotionnelle moyenne, une seule émotion à grande intensité a peu de chance de produire des effets morbides. Mais il y a lieu de tenir compte là d’un autre facteur, c’est la répétition des émotions. Leur action est certainement très complexe dans ces cas. Nous n'avons aucune certitude à ce sujet, mais on peut concevoir l'effet des répétitions de deux façons : d’abord une sorte de sommation qui, au cas d'émotions assez rapprochées les unes des autres, provoque une augmentation de l’excitabililé et une aptitude à la fixation moroide ; d’un autre

“côté, quand les émotions sont moins rapprochées on peut supposer au contraire une sorte d'oscillation de grande amplitude entre les phénomènes dépressifs

hi

post-émotionnels et l'excitation émotionnelle. Cette oscillation ne peut pas manquer de provoquer des troubles graves surtout au niveau de l'appareil circulaloire. On sait combien facilement le cœur s'adapte aux différents régimes circulatoires périphériques, mais il s’en suit fatalement que les changements incessants et de” grande amplitude ne tarderont pas à avoir un retentissement important sur la valeur fonctionnelle de cet

organe. ue

Le rôle du facteur interne nous semble néanmoins infiniment plus important et demande à être précisé.

= On sait depuis les travaux de E. Dupré qu’il existe une

constitut'on hyperémotive que cet auteur résume dans

les termes suivants : « C’est un mode de déséquilibra-

tion caractérisé, à la fois, par l’exagération diffuse de

la sensibilité et par l’insuffisance de l’inhibition motrice

(réflexe et volontairé), en vertu duquel l'organisme présente aux ébranlements, qui le sollicitent, des réactions anormales par leur vivacité, leur extension et leur durée et se montre ainsi plus ou moins incapable de s'adapter aux circonstances soudaines, aux situations imprévues, aux milieux nouveaux ». Ce que décrit Dupré sous le nom de constitution hyperémotive est une exagéralion presque morbide d’une disposition normale qui se retrouve chez un grand nombre d'individus à des degrés variés. Dans ce que nous pourrions appeler la disposition ou la tendance émotive, il \ a un

abaissement du seuil de la sensibilité affective qui prôbablement déclenche également des réactions fortes mettant en liberté, selon la conception de James, une quantité d'énergie considérable. ;

Nous rappelons que nous avons fait dépendre les réactions morbides de la quantité d'énergie mise en liberté. Cette quantité d’énergie libérée au moment d’une émotion peut être schématiquement fixée comme la somme de celle qui est fournie par l'excitation extérieure et de celle que cette excitation met en œuvre dans l'organisme. Ce dernier facteur dépend avant tout de l’état antérieur du sujet : tendance innée, augmentation de l’excitabiiité grâce aux émotions antérieures par sommalion ou enfin dépression antérieure qui ne fait qu’exagérer la brusque oscillatin de grande amplitude que l’émotion imprime à l'organisme. « |

Voici donc les trois conditions schématiques dans lesquelles une modification émotionnelle peut devenir pathologique :

1° Excitant émotionnel d’une * intensité exceptionnelle ;

20 Emotions Fabcte par sommation ou par grandes oscillations ;

3° Emotivité exagérée.

Tous les intermédiaires peuvent être imaginés entre ces trois catégories, mais pratiquement il y a lieu de retenir deux cas extrêmes : émotion unique chez le prédisposé et les émotions répétées chez n'importe quel sujet.

Comment concevoir maintenant le mécanisme d’action des modifications émotionnelles ? Les modifications

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pathologiques ne sont que l'exagération des manifestations normales de l'émotion. Il est entendu que ce principe n'est vrai que pour la modification primitive qui va déclencher ensuite dans l'organisme un grand nombre de modifications secondaires et souvent ces dernières seules vont constituer la maladie. Néanmoins, nous

pouvons poser comme principe que tout d’abord il ne

s’agit que d’une exagération d'un phénomène normal. . L’exagération peut se porter d’une part sur la durée du phènomène, d’autre part sur son intensité. Dans le premier cas nous avons affaire à un accident chronique, dans le second à un accident aigu. Il est inutile de montrer combien cette distinction est schématique et que le plus souvent il y a, à la fois, exagération de la durée et de l'intensité. Pour la clarté de l'exposition, nous sommes obligé de maintenir cette division.

« Les émotions provoquent des accidents morbides, elles déterminent des aptitudes morbides et elles éveillent des prédispositions morbides ». Cette division de Féré ajoute un troisième facteur à la nôtre, c’est l'éveil des prédispositions morbides par l'émotion. Ce que cet auteur appelle des prédispositions morbides nous semble intervenir uniquement à titre de facteur localisateur, « d’épine irritative ». Ces prédispositions nous expliquent pourquoi tel sujet fera un ictère à la suite d’une émotion, tandis que tel autre aura une éruption culanée. Elles sont aussi bien valables dans la première catégorie que dans la deuxième et notre division peut être ainsi maintenue pour l’exposé des divers troubles déterminés par l'émotion.

Lacroix ; 3

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