‹ Contribution à l'étude des phénomènes physiologiques concomitants de l'émotionChapitre 9 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

___ PHÉNOMÈNES CONCOMITANTS sue ___ PHYSIOLOGIQUES DE L'ÉMOTION | ;

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Depuis toujours, on a noté que les émotions s’accom-

à pagnent d’un certain nombre de manifestations qui, il à est vrai, ont beaucoup plus attiré l’attention des artistes = que des savants. On trouve chez les poètes et chez les É % 7 sculpteurs antiques des observations minutieuses de la 3 terreur, de la colère, de la joie et de la douleur. Ce que

2. peu ont noté, sans doute à cause de son caractère paradoxal, c’est l’analogie frappante de ces manifestations = même au moment d'émotions très diverses. La pâleur ou la rougeur de la face, l'éclat des yeux, la tension des muscles squelettiques, le frisson avec érection des poils, la sécrétion lacrymale, la sécheresse de la bouche, la 5e sensation de constriction thoracique, la suspension de la respiration et tant d’autres modifications encore peuvent accompagner aussi bien la joie que la douleur, l’effroi que la colère. Il y a donc un certain nombre de

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phénomènes qui pourront représenter à nos yeux l’émotion pure, l'émotion sans objet, pour ainsi dire désintéressée « l'émotion pour l’émotion ». ;

Ces manifestations extérieures de l’émotion ont été étudiées par Darwin, puis par William James et son école, surtout actuellement par Watson au point de vue de la psychologie et par Cannon par les méthodes physiologiques. En France c’est surtout Féré qui a beaucoup étudié la question et nous aurons lPoccasion de faire de larges emprunts à son ouvrage d'ensemble.

Dans ce chapitre nous ferons une description sommaire des concomitants physiologiques de l'émotion en essayant d’en faire une interprétation au point de vue. de la biologie générale. Ce ne sera qu’une introduction aux chapitres suivants dans lesquels nous reprendrons les mêmes faits et la même interprétation au point de vue de la pathologie.

L'’émotion provoque dans l’organisme un effet diffus sans aucune localisation nette. On peut dire sans exagération qu'il n’y a pas d’organe ou d'appareil qui échappe à son action. Nous envisagerons celui-ci sur lappareil circulatoire, sur l'appareil respiratoire, sur le tube digestif, sur les sécrétions, sur les muscles, sur le système nerveux et enfin sur les humeurs.

L'APPAREIL CIRCULATOIRE subit cet effet d’une façon tout à fait remarquable. Le rythme du cœur est toujours modifié, le plus souvent dans le sens de la tachytardie. La force des battements augmente et il se produit dans la règle une hypertension artérielle, constatée par tous les auteurs (Féré, Cannon, etc.). En même

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temps il se produit d'importantes modifications vasomotrices; le plus souvent vasoconstriction cutanée et vasodilatation abdominale (Vulpian) ou comme l’admet plutôt Cannon hyperirrigation du cœur, des poumons, du système nerveux central et des membres et hypoirrigation des organes abdominaux. Quelles que soient les modifications, nous tenons à y insister, car ce bouleversement de la circulation, consacrée par l'expression

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populaire « mon sang n’a fait qu’un tour », nous semble être particulièrement susceptible de provoquer des

3 désorüres graves dans l'organisme soit par sa répétition, soit par une prédisposition morbide de l’orga- “à nisme. PE

Au niveau de l'appareil respiratoire on peut constater également des eftets souvent inverses, soit arrêt plusou moins long, soit au contraire une hyperventilation. = François Franck a insisté sur ces faits en montrant une | certaine synergie de tous les muscles annexés à la fonction respiratoire, comme par exemple l’existence des Fe battements des ailes du nez. L'augmentation de l’intensité réspiratoire va être à la base d’une exaltation géné- .rale des échanges organiques, comme nous le verrons dans un instant. , ; 3 Il y a dans la règle une inhibition du TUBE DIGESTIF, | | comme l’a montré Cannon. Cet auteur constate qué la digestion est défavorablement influencée dans l'angoisse, la peur et la douleur. Par contre Brunswick a constaté chez l'homme que les émotions désagréables stimulent, au contraire, la motricité intestinale, alors que les émotions agréables la dépriment. Il importe de souligner

d’une façon générale que ces réactions opposées dépendent non point de la qualité de l’émotion, mais presque uniquement de son intensité. « Il n’y a pas d’expressions physiologiques définies et certaines des émotions agréables et désagréables (Piéron) ».

L'état des sécrÉTIOoNS est très variable. En général, les sécrétions externes, sueurs, larmes, urines, lactation se tarissent dans une émotion intense. Au contraire dans l'émotion plus légère, toutes les sécrétions s’exagèrent. On rattache à ces phénomènes de sécrétion et, partant, de perméabilité cellulaire, la diminution de la résistance électrique des tissus et la réaction psycho-galvanique (Dumas et Malloizel).

L'action sur le SYSTÈME NERVEUX et sur les MUSCLES SQUELETTIQUES êst déjà beaucoup plus difficile à analyser. Il s’agit là de dissocier ce qui est volontaire et adapté de ce qui est végétatif et instinctif. Dans cette catégorie, nous devons citer la mimique du visage qui, dans une certaine mesure, est indépendant de la volonté et surtout les tremblements. En voulant rester dans ce qui est purement physiologique nous insistons beaucoup plus sur des modifications motrices du domaine du système nerveux autonome,comme la dilatation pupillaire, l’érection des poils; etc.

Toutes ces modifications ont été étudiées depuis bien longtemps, et l’on comprend que leur banalité n’ait suscité qu'un intérêt médiocre. Il n’en est pas de même des modifications humorales qui éclairent d’un éclat singulier le mécanisme même des autres phénomènes. Tout d’abord ce furent les éléments figurés qui retin-

rent l'attention. Féré constata en 1893 qu’une émotion forte produisit une forte diminution du nombre des leucocytes.

D’autres auteurs, par contre ont vu une Fa | du nombre de tous les éléments figurés du sang. Aug- % Er mentation de nombre qui ne peut être due qu'à une li- ___ bération de ces éléments, car elle se produit instantanément. Il s’agit là d’une contraction de la rate, chassant dans la circulation un Rtend nombre d'éléments rouges et blancs.

La coagulation est également très variablement modifiée. Hunter a déjà constaté l’incoagulabilité du sang

chez un individu mort à la suite d’un accès de colère.

Par contre Cannon insiste sur l'augmentation considérable de la coagulabilité du sang chez les animaux qui .

viennent de subir une émotion. ne . Aupoint de vue chimique, un fait considérable doit à être mentionné. c'est l'augmentation de la glycémie, pouvant provoquor une glycosurie. Constatée pour la

première fois par Bôhm et Hoffmann en 1878, l'hyper- __ glycémie émotionnelle a été éludiée surtout par Can- non qui en a montré toute l’importance et la fréquence.

Voici les faits, tels qu'ils existent incontestablement, voyons maintenant leur interprétation. Nous ne revien- - drons pas, bien entendu sur la relation entre ces manifestations somatiques et les éléments psychiques de EE l'émotion. Cette relation nous impor te peu au point de z vue purement biologique. Nous voudrions savoir à quoi correspondent ces changements subits intéressant

d’une façon diffuse tout l’organisme, déterminant des désordres de courte durée, mais profonds semblant nettement disproportionnés à la cause déterminante.

Quand on attribue à la périphérie (au point de vue nerveux) un rôle dans le déterminisme des émotions, on ne fait que revenir sur l'opinion des anciens qui, ne connaissant pas les fonctions du système nerveux, attribuaient certaines fonctions psychiques à des viscères. « Splene rident, felle irascuntur, jecore amant, pulmone jacantur,corde sapiant » disaient nos ancêtres et ils étaient peutêtre plus près de la vérité que les pionniers des localisations nerveuses. Lallemant en 1751 disait que les émotions sont dues aux vibrations du corps calleux. L'étude sérieuse des localisations cérébrales n’a commencé qu’à la suite de Gall vers

Huschke place les émotions dans la région temporopariétale du cortex. Bien d’autres hypothèses ont été émises jusqu’au moment où l’on s’est aperçu de l’analogie des réactions émotionnelles avec certains syndromes d’excitation du sympathique. Féré, en 1895, déclare que « le grand sympathique préside à l’extériorisation des émotions ». Ce que l’auteur français a pressenti d’après des données assez vagués, Cannon l’a démontré d’une façon précise par l’expérimentation.

Son opinion peut être résumée de la façon suivante : Les modifications physiologiques des émotions se produisent par une hyperactivité du système sympathique sous l'influence d’une hypersécrétion d’adrénaline. Il démontre que l'injection d’adrénaline chez l'animal re-

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produit les mêmes phénomènes que l'émotion. Nous verrons la théorie qu'il édifie à l’aide de ces constata-

tions. ie En considérant tous les phènomènes concomitants psysiologiques de l'émotion comme des phènomènes réflexes il reste encore à savoir sices réflexes ont un but utilitaire ou non. = Alors que toute l’école américaine penche nettement vers une conception utilitaire, l’école française avec . Dumas, Piéron, etc., reste sur une prudente réserve et se contente d'admettre les faits comme ils sont sans se hasarder à construire des hypothèses imprégnées d’un finalisme un peu naïf. Voilà ce que dit exactement Cannon : ( L’adrénaline sécrélée au moment de l'émotion a la même action dans l'organisme que celle qui y est injectée expérimentalement. Elle collabore avec le système nerveux sympathique pour libérer les hydrates de carbone du foie et augmentant ainsi le taux du sucre

sanguin; elle facilitera l'irrigation du cœur, des pou-

mons, du système nerveux central et des membres, tandis qu’elle soustraira le sang des organes inhibés de l'abdomen ; elle abolira rapidement l'effet de la fatigue musculaire et elle rendra le sang plus rapidement coagulable ». | |

ILest évident que lesréactions qu’il cite semblent particulièrement prédisposer l'organisme à la défense ou à la fuite, mais « peut-on parler de finalité pour les dérobements de jambes, les tremblements, les relàâchements sphinetériens, etc., qui paralysent tout défense ? » (Piéron). Il est néanmoins possible que dans

pire

une certaine forme d'émotion (appellée par Dumas et Delmas raptus émotif par opposition à ictus émotif de Dupré) il s'agisse d’une activité instinctive maladroilement adaptée, mais représentant grossièrement une réaction de défense. ;

En dehors de toute question de finalité, nous pouvons néanmoins considérer les expressions émotionnelles comme une « réaction », réaction à une excitation qui tend à modifier l'organisme. Il ya dans notre organisme des « réservoirs d'énergie » selon l'expression de James qui peuvent se vider sous l’influence d’une excitation néuime dont letype est précisément l'émotion. Transportéesur un terrain plus matériel,cettemêmencotion de déclenchement de réactionsimportantesse retrouve dans les chocs humoraux,et nous savons actuellement que la

> É . Pal : DE La La modification la plus insignifiante de notre milieu intérieur peut occasionner des désordres profonds dans

l’économie. L'idée de considérer les chocs humoraux comme un cas particulier des émotions, nous semble séduisante, mais, faute de preuves expérimentales,

nous ne pouvons la considérer actuellement que comme

une hypothèse. Nous y reviendrons dans le chapitre

suivant où nous envisageons les divers mécanismes

qui peuvent être à la base d’une action pathogène des émotions.

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