MOUVEMENTS ANORMAUX
Les auteurs qui se sont occupés des mouvements anormaux post-hémiplégiques, ceux-mêmes qui les avaient différenciés au point de vue clinique, les ont tous confondus au point de vue anatomo-pathologique. Les autopsies du reste étaient rares au début, surtout en ce qui concerne l’hémiataxie et l’hémisclérose en plaques. Mais dans ces dernières années, depuis que l'attention des cliniciens a été attirée de ce côté, ces autopsies sont devenues plus nombreuses, et M. Bidon a pu en réunir 81, qu'il a reproduites dans un tableau synoptique que nous allons largement mettre à contribution. Examinons rapidement ce qu'elles nous apprennent pour chacune des formes de mouvements anormaux.
Hémichorée. — Nous ne nous occuperons ici que des cas d’hémichorée pure, laissant de côté les formes mixtes.
Sur 37 cas d'hémichorée avec autopsies signalées dans le tableau de M. Bidon, nous trouvons :
A. — Lésions n'intéressant qu’un seul organe
Couche optique...... ondes re oh cas
Noyawlenticulaire..".2..%,... 2.0. è Noyau coudé..... Éd RC PAR ne RON Capsule interne....... APRES Le EU Pédéncule GCréDrAlT2 EC a messes
PVO LUE ANS ER E at eeie se semer ds BHIDE ren Pme MÉCRALR ACT ARE T DE
COMRORC CORNE ET |
B.— Lésions intéressant plusieurs organes
Circonvolutions et couronne rayonnante.. 3 Cas Capsule interne et noyaux gris centraux... 12 — Capsule interne et circonvolutions...... SRE Poe Plusieurs noyaux gris, noyaux et circonvolutions, ou noyaux et pédoncules....... 4 — Bulbe et protubérance ou cervelet........ 4 —
Totake "ra
Que nous indique cette statistique ?
1° Que 21 fois sur 37, l’autopsie s'est montrée favorable à la proposition formulée par M. Charcot : la lésion de Fhémichorée a son siège dans la partie postérieure de la capsule interne (région lenticulo-optique), dans ses faisceaux situés en avant et en dehors de ceux de l'hémianesthésie et recouvrant la partie postérieure de la couche optique; que 16 fois sur 37, la lésion siégeait en dehors de la région indiquée par M. Charcot. Remärquons cependant que sur ces 16 cas, 2 fois la capsule interne a été signalée lésée en même temps que d'autres parties du cerveau.
20 Elle nous indique en outre que les lésions siègent toujours dans un point du cerveau que traverse le faisceau pyramidal où qui est en rapport très intime avec lui, dans son trajet de l'écorce cérébrale au bulbe. Nous pouvons donc admettre, avec Ricoux et Fournier (1), que l'hémichorée reconnaît pour cause anatomique une lésion du faisceau pyramidal dans son parcours depuis son origine dans les circonvolutions motrices jusqu'à son entre-croisement dans les pyramides.
Mais, si au résultat fourni par les autopsies nous ajoutons les
(H)ALOC Ci:
a AO Le
résultats obtenus dans leurs expériences par Pierret et Chauveau, qui ont démontré que le cordon latéral de la moelle (continuation du faisceau pyramidal dans cet organe) était choréigène, nous pourrons étendre la localisation de lhémichorée, et dire qu'elle reconnait pour cause une lésion du faisceau pyramidal, dans son trajet des cellules motrices de l'écorce cérébrale jusqu'aux cellules motrices des cornes antérieures de la moelle.
Pouvons-nous aller plus loin et dire qué ce symptôme tient à une lésion plutôt irritative que destructive? Il nous semble qu'ilest difficile de se prononcer; car, dans bien des cas, nous trouvons signalées des destructions assez étendues des portions motrices du cerveau (noyaux gris et à circonvolutions motrices), qui doivent intéresser le faisceau pyramidal dans une certaine étendue.
Hémiathétose. — Pouvons-nous appliquer à l’hémiathétose ce que nous venons de dire pour l'hémichorée ?
Qu'on nous permette ici un tres court aperçu historique.
Hammond localisait la lésion de l'hémiathétose dans les ganglions intra-crâniens (le corps strié en particulier) ; Eulenburg, dans l’écorce grise du cerveau ; Bernhardt et Charcot surtout, faisant de l’hémiathétose post-hémiplégique une variété de l’hémichorée post-hémiplégique, en avaient induit
que le siège de la lésion de lhémiathétose devait être à peu
près dans les mêmes régions que pour l’hémichorée. Les auteurs qui ont écrit dans la suite (Ricoux et Fournier), continuant cette assimilation, se sont crus autorisés à dire que lhémiathétose était due à une lésion du faisceau pyramidal dans son trajet de l'écorce cérébrale au bulbe. Nous pourrions, à notre tour, continuant cette assimilation, dire que la lésion de l’hémiathétose a son siège dans le faisceau pyramidal dans son trajet jusqu'à la moelle; mais, comme le fait observer
M. le professeur Grasset, si l’hémiathétose rentre dans le type des chorées, nous ne sommes pas autorisé à l’assimiler complètement à l'hémichorée post-hémiplégique; elle s'en différencie assez nettement au point de vue symptomatique pour que nous puissions rechercher si elle ne tiendrait pas à une lésion spécialement localisée.
Les autopsies d'hémiathétose sont encore peu nombreuses, nous en trouvons réunis 12 cas dans le travail de M. Bidon.
Voici comment ils se répartissent au point de vue de la
localisation des lésions :
A. — Lésions intéressant un seul organe Couche "6phques Tr este MOREL 24 Cas Noyau lenticulaire ....... See ee a + 1 — Noyau coudé.........." SES RE sie
B. — Lésions intéressant plusieurs organes Circonvolutions et couronne rayonnante............ 6 cas
Capsule interne et noyaux gris centraux ............ 3 —
Nous négligeons les faits rapportés par M. Audry(1) d'hémiathétose d'origine médullaire, car ils ne nous paraissent pas convaincants. Donc, sur 12 cas, 6 sont favorables à la localisation de M. Charcot (capsule interne) ; 6 sont favorables à la localisation d'Eulenburg dans l'écorce cérébrale.
Certes, ces 12 autopsies ont une signification, mais elles sont trop nombreuses pour que nous puissions en tirer une conclusion solide et définitive. |
Mais la clinique ne pourrait-elle pas nous venir en aide pour
(4) Audry. Revue de médecine, 1887.
SR lo 2
la localisation de l’hémiathétose ? Si nous revenons aux antécédents personnels du malade qui fait l'objet de notre observation XI, voici ce que nous y trouvons : « En 186%, ce malade, qui était soldat au 45e de ligne, est condamné, pour voies de fait envers un supérieur, aux travaux publics. Tandis qu'il purgeait sa condamnation, il eut, pendant un an environ, des attaques d’épilepsie (1886). » Dans ce cas particulier, les attaques d'épilepsie signalées ne pourraient être qu'une simple coïncidence ; mais si nous les constations dans un certain nombre de cas d’hémiathétose, nous ne serions pas autorisé à les regarder ainsi et cette constatation nous servirait peut-être à la localisation de lhémiathétose. Cette idée, émise par M. le professeur Grasset (1), nous à amené à rechercher, dans la Hitérature médicale française, tous les cas d’hémiathétose dans lesquels on signalait soit des accès d’épilepsie, soit des convulsions épileptiformes. Nous les citons ici avec l'indication des auteurs auxquels ils ont été empruntés.
Observation I (Brousse, Montpellier médical, octobre 1879). — Hémiathétose post-hémiplégique : homme de 50 ans, qui fut atteint de convulsions dans son jeune âge ; à l’âge de 2 ans, attaque convulsive à la suite de laquelle hémiplégie.
Obs. II (BROUSSE, loc. cit.). — Hémiathétose post-hémiplégique : femme de 29 ans ; convulsions dans l'enfance, ayant laissé une hémiplégie gauche avec atrophie légère. Attaques épileptiformes (tantôt véritables attaques, tantôt vertige).
Oucmonr (Thèse sur l’athétose. Païis, 1878).
Obs. V. — Hémiplégie gauche ; hémiathétose de la main et du pied gauche ; renseignements obtenus vagues ; cependant la malade raconte qu'il y asept à huit ans, elle a eu {rots attaques dans la même année, toutes accompagnées de perte de connaissance; mais la première n’a pas amené de paralysie après elle.
(4) Clinique de l’hôpital St-Eloi, mai 1888.
one
Obs. XI. — Atrophie cérébrale de l'enfance; épilepsie; hémiplégie droite ; mobilité maniaque ; légère athétose des doigts de la main droite.
Obs. XXV (fHusrarn, cité par Hammond). — Accès d'éptlepsie ; hémiathétose de Ja main et du pied droit.
Obs. XXVI (Hammonp, /oc. cit.). — Accès d'épilepsie ; engourdissement et douleurs dans le côté droit ; hémiathétose des doigts et des orteils du côté droit.
Ricoux (Thèse de Nancy, 1882).
Obs. IX (Sturges Lancet, 1879).—Hémiathétose post-paralytique, limitée au membre supérieur gauche. A trois ans, attaques de convulsions suivies d’une hémiplégie gauche.
Obs. XXX VIII (Boucaup, Lyon médical, 1877).—Hémiathétose ; accidents syphilitiques. Entré à l’Hotel-Dieu, «et a, à intervalles réguliers, des crises passagères d'étourdissement, avec perte de connaissance.
Obs. XXXIX (FLEcuTER, Beach. Brit. med. Journ., 41880). — Hémiathétose du côté gauche, survenue à la suite d’une série d’attaques d’épilepste.
Obs. XLII (MackENSIE, Bacon, cité dans la Gazette des Hôpitaux, 1879). — Hémiathétose post-hémiplégique : femme de 44 ans, etc., sujette à des attaques d'épelepsie, qui ont été accompagnées d’un affaiblissement progressif du côté gauche.
Obs. XLIV (Caza., Soc. méd. des hôpitaux, 1881). — Mouvements athétosiques du membre supérieur droit ; fièvre typhoïde suivie d'hémiplégie droite avec aphasie. A faque épileptiforme unique.
‘Obs. XII (empruntée à GowErs). — Atrophie cérébrale de l’enfance: hemiépilepsie et hémiplégie gauche ; hémiathétose de la main et du pied gauches. ,
En
Obs. XIII (LiNCOLN, Transact of 1. Amer. nevrol. assoc. 1873).
Atrophie cérébrale de l'enfance : épélepste ; parésie du bras droit ; hémiathétose de la main droite.
Obs. XIV. — Atrophie cérébrale de l'enfance : hémiplégie droite congénitale ; épliepsie; atrophie du côté droit; hémiathétose de la main droite.
Obs. XV (GowErs). — Atrophie cérébrale de l'enfance : hémiplégie gauche avec convulsions ; hémiathétose de la main et du pied gauches.
Obs. XVI. — Atrophie cérébrale : épilepsie; hémiplégie gauche; hémiathétose du pied et de la main gauches.
Obs. XVII (0. Bercer, 'Berl. An. Woch., 1877). — Atrophie cérébrale de l’enfance : hémiépilepsie gauche ; hémiathétose des doigis el.de:la main gauche.
Obs. XIX. — Aitrophie cérébrale de l'enfance: hémréprlepste ; hémiplégie et hémianesthésie droite ; légère hémiathétose limitée aux doigts de la main droite.
Obs. XX. — Atrophie cérébrale de l’enfance : épilepsie ; hémiplégie ; hémiathétose de la main et du pied gauches.
Obs. XXI. — Atrophie cérébrale de l’enfance : éprlepsie ; hémiplégie gauche ; hémiathétose.
Obs.XXII. — Atrophie cérébrale de l'enfance : éprlepsie ; hémiplégie ; hémiathétose très marquée de la main droite, DEMAxGE (Revue de médecine,'188)3.
Obs. TI — Hémiplégie gauche datant äe trente-trois ans; hémianesthésie ; épilepsie jacksonnienne ; hémiathétose.
Sur 47 cas (y compris notre observation) que nous avons trouvés dansles auteurs français, nous notons 23 fois soitdes accès
PÉNEASSE
d’épilepsie, soit des convulsions épileptiformes. Nous n'en conclurons pas avec Eulenburg que l'hémiathétose est due à une lésion de l'écorce cérébrale ; mais, nous basant à la fois sur la clinique et l'anatomie pathologique, nous nous croyons autorisé à dire que l'hémiathétose paraît être due à une lésion du faisceau pyramidal dans son trajet intra-cérébral de l’écorce au pédoncule.
Hémiataxie ; hémisclérose en plaques ; hémiparalysie
agitante. — Nous sommes obligé de réunir dans un même paragraphe l'anatomie pathologique de ces formes de mouvements post-hémiplégiques ; les autopsies en sont trop peu nombreuses pour qu’on puisse faire autrement.
Sur 16 autopsies réunies par M. le docteur Bidon, voici comment se répartissent les lésions :
À. — Lésions n'intéressant qu’un seul organe
Couche optique
PR reves CR Lo 4 cas Noyaulentieulaire rer eee À — Capsule intOTRen Te SE Re Re 1 —
B. — Lésions intéressant plusieurs organes Circonvolutions et couronne rayonnante.. 3 cas. Capsule interne et noyaux gris........... D, «= Capsule interne et circonvolutions........ 1 —
Si nous ajoutons à ces 16 autopsies le cas rapporté par M. Demange (1)dansla Revue demédecine(hémiataxiebilatérale
(1) Demange. Revue de médecine, 10 février 1887.
ons . nn dure actuelle, ces trois re de
ëno nomèn ion du faise faisceau tpyramidal dans son trajet intra-cérébral. Mais
us
{ons-nous d'ajouter qu'il faut attendre avant de se prononcer
RE sd >
s post-hémiplégiques paraissent tenir surtout à une: