IT. — AGTION DE L'HYDROGÈNE PHOSPHORÉ SUR LES MÉTAUX
Quelques chimistes avaient pensé préparer facilement des phosphures métalliques en chauffant les métaux dans un courant de phosphure d'hydrogène. J'ai repris leurs
expériences en opérant avec de l'hydrogène phosphoré
bien pur. Le gaz était préparé en chauffant une solution de chlorure cuivreux préalablement saturée des produits gazeux provenant de la décomposition par l’eau du phosphurede calcium. Comme l’a indiqué M. Riban, la dissolution est totalement exempte de phosphuresolide, si l’on a eu le soin de bien laver le gaz avec de l'acide chlorhydrique.
Il n’y a aucun avantage à opérer de cette manière ; l'hydrogène phosphoré est facilement décomposable et, au voisinage de 500°, il y a déjà suffisamment de phosphore mis en liberté pour que l’on puisse considérer le dispositif comme une variante de la méthode précédente, puisque l’on se trouve ramené à chauffer un métal dans la vapeur de phosphore au sein d’un gaz inerte.
IIT. — ACTION DES MÉTAUX SUR L'ACIDE PHOSPHORIQUE ET LES PHOSPHATES SEULS OU EN PRÉSENCE DU CHARBON.
Dans son second Mémoire, Pelletier abandonne l'emploi du phosphore; il préfère chauffer le métal en présence d'acide phosphorique vitreux additionné de charbon; cette modification revient à produire le phosphore au sein même de la masse. En opérant ainsi, il a pu obtenir quelques phosphures, mais les inconvénients reprochés à sa première méthode se retrouvent dans la seconde, car il est obligé de chauffer fortement et de maintenir une température élevée pendant un certain temps. Néanmoins d’autres expérimentateurs, tels que Landgrebe, Berthier, Wôller, ont repris ce mode opératoire. Ces savants, à leur tour, ont modifié cette méthode en remplaçant Île métal par un mélange d'oxyde et de charbon, et l'acide phosphorique par du phosphate de calcium additionné de charbon. Tous ces chimistes ont eu, comme on devait s’y attendre, des résultats analogues à ceux de Pelletier; les phosphures qu'ils ont décrits ne sont pas des composés
définis. Cependant, plus tard, deux phosphures ont éLé
obtenus dans ces conditions défectueuses ; mais cela tient à ce que ces deux corps (que je vais citer), sont stables à haute température. Renault a pu préparer un phosphure de zinc cristallisé en chauffant du sulfure de zinc avec du phosphate de magnésie additionné de charbon. Garnier a isolé un phosphure de nickel également cristallisé, en faisant réagir du phosphate acide de calcium sur un mélange de charbon et d'oxyde de nickel.
Pelletier signale aussi, dans son travail, que quelques métaux facilement oxydables jouent le rôle de réducteurs vis-à-vis de l’acide phosphorique. Ces métaux agissent de même sur les phosphates alcalins. Il se produit un oxyde qui se dissout dans l’acide phosphorique, puis il y a mise en liberté de phosphore dont une partie est retenue par le métal. À mesure que se produit le phosphate métallique, la fusibilité diminue et l’on se voit obligé d'élever la température ; mais alors du phosphore se dégage, et l’on ne trouve plus, après lexpérience, qu'un culot métallique ne contenant que fort peu de phosphore.
Comme on le voit, cette ranière de procéder est moins avantageuse que la première.
IV. — RÉDUCTION DES PHOSPHATES ET DES PHOSPHITES PAR L'HYDROGÈNE OU PAR LE CHARBON.
La réduction des phosphates par l'hydrogène peut en eflet donner naissance à des phosphures, mais elle nécessite une température élevée. Comme il est difficile de séparer le phosphate non décomposé du phosphure formé, on est amené à faire passer un courant gazeux prolongé dont l'effet est naturellement de provoquer la décomposition, si les corps que l’on cherche à préparer sont dissociables.
Rose n’a pu préparer ainsi qu'un seul phosphure ayant une composition définie. Struve, qui a repris ces expé-
riences, n’a pas été plus heureux. En réfléchissant à l’impossibilité de maintenir une atmosphère saturée de phosphore, on peut s'expliquer aisément ces résultats.
J’ai essayé de réduire quelques phosphites, mais quoique l’opération ait été effectuée à une température moins élevée qu'avec les phosphates, les résultats n'ont pas été plus satisfaisants.
On peut également obtenir les phosphures en traitant les phosphates par le charbon. Nous ferons encore la même remarque que plus haut; il faut chauffer fortement pour provoquer la réaction et, comme la quantité de phosphore mise en Jeu est limitée, la destruction du corps produit peut s'effectuer aisément.
V. — ACTION DE L'HYDROGÈNE PHOSPHORÉ SUR QUELQUES COMBINAISONS MÉTALLIQUES.
Rose, en étudiant le phosphure d'hydrogène, avait cherché à isoler des combinaisons de ce corps avec les chlorures métalliques, combinaisons qui devaient lui permettre de montrer les analogies de sa constitution avec celle de l’ammoniaque. Contrairement à son attente il y eut, dans la plupart des cas qu'il examina, formation d’un phosphure et dégagement d’acide chlorhydrique. Ce résultat imprévu lui fit essayer d’autres réactions du même gaz sur des corps contenant un élément non métallique susceptible de s'unir à l'hydrogène. Le sulfure de fer, par exemple, est transformé en phosphure quand on le soumet à chaud à Paction d’un courant de phosphure d'hydrogène.
La méthode n’a donné que des corps pulvérulents sans composition bien nette.
Je ferai remarquer, qu'ici encore il peut facilement se produire une décomposition du corps produit, pendant la réaction; l'hydrogène phosphoré ne pourra pas toujours
régénérer le phosphore perdu.