‹ Contribution à l'étude des Plaies de l'ŒsophageChapitre 15 sur 24 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

1* GROUPE (plaies petites).

4. (nédite). Hôpital Saint-Léon de Nancy, service de M. Gross. — Plaie pénélrante de l'æsophage, compliquée de plaie de l'artère vertébrale droite. Observation recueillie par M. Jacquinot, interne du service.

ANTÉCÉDENTS. — Le dimanche 11 décembre 1881, P. Hauer, journalier, âgé de 30 ans, au milieu d’une rixe, recut un coup de couteau dans la région médiane du cou. La blessure ne provoqua aucun accès de suffocation, elle s’'accompagna seulement d’une petite hémorrhagie. Le sang qui s'écoulait en bavant et non par jets, put, au bout de quelque temps, être arrêté par un tamponnement à l'amadou.

Le lendemain, le blessé fut visité par un médecin qui sonda la plaie (le stylet put être enfoncé jusqu'à une profondeur de 7 cent.), et constata l'écoulement par la plaie, de la salive et des liquides avalés. Prescription de lait et de bouillon. Interdiction des aliments solides.

Depuis ce moment jusqu'à son entrée à l'hôpital, le malade ne présenta d’autres symptômes, qu'une gêne douloureuse de la déglutition et une légère toux sèche et fréquente. Une partie des liquides avalés s’écoulait toujours par la plaie qui dans les derniers jours a donné aussi issue à du pus. Etat général apyrétique.

ETAT ACTUEL. — 16 décembre. La plaie occupe la partie moyenne de la région cervicale antérieure. Elle est située au niveau du bord inférieur du cartillage thyroïde et à 4 millimètres à gauche de la ligne médiane; la distance qui la sépare du bord supérieur de la clavicule est de 2 centimètres. La situation de la plaie correspond donc à la membrane cricothyroïdienne et au cartilage cricoïde. Elle a la forme d’un ovoïde allongé, dônt le grand axe vertical mesure 15 millimètres et le petit axe horizontal 4 millimètres. Elle a un aspect blafard, on n’y découvre aucune trace de bourgeonnement ; elle est recouverte d’un pus sanieux fétide.

Le pourtour de la plaie est le siège d’un léger emphysème occupant à peu près la place d’une pièce de 5 francs en argent ; les partiesenvironnantes du

cou sont un peu tuméfiées, montrent une légère rougeur diffuse, paraissent chaudes au toucher et présentent l’'empâtement caractéristique du phlegmon. Une petite sonde en gomme, introduite par l’ouverture, s'enfonce de 7 à 8 centimètres dans une direction oblique d'avant en arrière et de dehors en dedans. Cette exploration n'est pas douloureuse et ne donne lieu à aucun écoulement de sang, à aucun accès de suffocation.

La plaie donne issue à 2 sortes de liquides : 1° à un liquide purulent, produit du phlegmon ambiant; % à un liquide particulier mêlé aux boissons et exhalant une odeur aigre, rappelant celle des vomissements. L'écoulement du liquide purulent est intermittent, et se fait surtout pendant les efforts de la toux ; il est alors accompagné d’un certain nombre de bulles gazeuses. L'écoulement du liquide alimentaire coïncide généralement avec la déglutition du lait ou de la salive. La déglutition est pénible et douloureuse. Le malade a une légère difficulté de respirer, et la phonation est rendue difficile et pénible ; le timbre de la voix est altéré. Une toux sèche très-fréquente, fait craindre quelque complication du côté de la trachée ; à l'auscultation on entend quelques rhonchus an niveau des grosses bronches.

Etat général apyrétique.

Le blessé présente en outre plusieurs petites plaies sans importance : à) au niveau de larcade sourcilière gauche ; b) au niveau de la 9° côte gauche sur la ligne axillaire ; c) à la partie antérieure du pouce gauche.

PRESCRIPTION. — On proscrit toute boisson (le lait y compris) et on permet seulement au malade de sucer des fragments de glace.

Application tout autour de la plaie de quelques pointes de feu ; pansement au coton salicylé. Quatre lavements de bouillon.

17 décembre. Même aspect de la plaie. Disparition de l’'emphysème. Le malade se plaint de douleurs assez vives, partant du creux sus-claviculaire et s’irradiant le long du bras. Ces douleurs sont lancinantes et paraissent occuper plus spécialement la région du nerf cubital. Le malade paraissant très-affaibli par la privation d'aliments, on se décide à lui faire prendre du lait par la sonde œsophagienne. L'introduction de la sonde occasionne un accès de suffocation ; on introduit dans l’estomac 1/2 litre de lait pur.

Le soir 1/2 litre de lait est encore introduit par la sonde œsophagienne. 4 lavements de bouillon dans la journée. Le malade se trouve mieux, il se plaint seulement d’un point de côté à gauche. Sinapisme.

18 décembre. Le phelgmon du cou a considérablement diminué ; la plaie a meilleur aspect ; l'écoulement de pus a un peu augmentée. Un litre de lait est introduit par la sonde œsophagienne ; à l’auscultation râles aux deux bases, surtout à gauche, pas de bruit de souffle; à la percussion sonorité normale à droite ; à gauche, à la base, diminution de la sonorité. Sinapismes. — Etat général : mouvement fébrile très léger. Température 87° le matin ; 37° le soir.

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